BISMARCK ET LA REPUBLIQUE
Berlin, 3 décembre 1876.
En commençant, je lui demandai des nouvelles de sa santé; je lui rappelai le motif qui l'avait fait revenir de la campagne, et il me répondit : « J'ai un vif regret d'avoir perdu trois semaines que je comptais rester encore à Varzin et qui eussent été si nécessaires à ma santé. C'est pour trouver ici le marquis de Salisbury et non pour le Parlement que je suis revenu à Berlin. Ici, on discute des lois de compétence civile, criminelle, de presse, de jury, etc., auxquelles je n'entends rien, dont je ne veux pas me mêler. Ce n'est pas mon affaire. Je sais que ces messieurs voudraient bien que j'emploie mon influence à servir leurs griefs contre les petits États de l'Allemagne, à les battre en brèche, mais je ne le ferai pas. Qu'ils s'arrangent et qu'ils fassent ces lois comme ils l'entendront. »
Quand je me levai pour prendre congé de lui, il me reconduisit et, avant d'ouvrir la porte, je lui dis quelques mots très courts, réservés, sur les difficultés du moment en France, sur la crise ministérielle déjà annoncée. Il sourit et signala en termes généraux les difficultés de faire marcher une république. « Avez-vous lu, ajouta-t-il, dans un journal de ce matin, qu'on a émis l'idée, en Amérique, de nommer empereur mon ami Grant, en présence de la difficulté de faire un président, et de savoir si c'est Tilden ou bien Hayes qui est élu?