Mon ami Piffard
Le temps élail lourd, le ciel devenait sombre et annonçait un orage; mais les passagers qui se trouvaient sur le bateau à vapeur qui va de Paris à Melun, redoutaient peu la tempête; un orage n'est point effrayant pour les marins d'eau douce, et l'on n'a pas encore fait naufrage eu allant de Paris à Melun.
Un monsieur d'une quarantaine d'années venait de passer dans la salle à manger du bateau.
C'était un homme petit, un peu replet de corps, mais cependant encore assez bien fait de sa personne.
Une figure assez aim&ble, ronde ; des yeux très-vifs, tantôt malins tantôt curieux, mais le plus liabituellement remplis d'un air de satisfaction parfaite, disposaient favorablement en faveur de ce monsieur, qui était revêtu d'un léger paletot-sac en iasling noir, dont les larges poches étaient bourrées d'une infinité de clioses; le reste du costume annonçait un homme aisé.
Un autre personnage élail alors assis dans un coin de la salle, et semblait, tout en regardant l'orage qui se formait, se livrer a des réflexions assez tristes que probablement l'état de son âme plulôt que l'état du ciel faisait naître dans son esprit. Ce second individu, dont la mise annonçait aussi un homme du monde, pouvait avoir quelques années de moins que le premier.
Sa personne n'avait rien de remarquable; il était grand, mince, assez mal bâli ; et ses genoux décrivaient une courbe qui les faisait souvent se renconlrer lorsqu'il marchait.
11 el.iit blond de cheveux, rose de visage, et ses yeux d'un bleu (uri clair, ma'is [lar trop saillants, élaieni d'une dimension fort
honnête; son nez et sa bouche étaient irréprochables; ses dents étaient un peu jaunes, mais pas une ne manquait à l'appel ; au total ce monsieur pouvait passer pour bien. On était même libre de le trouver joli garçon, mais pour cela il ne fallait pas tenir à une physionomie s'piri'tuelle. car la figure de ce monsieur exprimait tout autre chose que de l'esprit.
Cependant en ce moment une altération dans les traits qui ne lui était pas sans doute habituelle, donnait à la figure de C9 personnage une expression singulière; il y avait dans son regard une tristesse qui allait presque jusqu'au désespoir; il roulait ses yeux à fleur de tête, tantôt regardant le ciel, lanlôl regardant à ses pieds; mais l'air de bêtise naturelle à l'individu, se mêlant toujours à tout cela, empêchait que l'on ne prît trop au sérieux la peme qu'il paraissait alors éprouver.
Celui qui venait de passer dans la salle à manger n'a pas plutôt jeté un coup d'œii sur le personnage occupé à se désespérer dans un coin, que poussant un cri et faisant un bond de surprise, il court à lui en s'écriant :
— Ne me trompé-je pas!... Pifïard!... Sigismond Pifïard!... un ami., un ami... ici, sur l'eau, avec moi...
C'est charmant cela.
Celui auquel ces paroles venaient d'être adressées, semble tout étourdi par cette brusque apostrophe, on dirait qu'il est contrarié d'êtr oreconnu, et qu'il ne trouve pas la rencontre aussi charmante que son ami veut bien le dire.
Cependant, comme il ne peut nier son identité, ni éviter la reconnaissaiice^ il se soumet :i la nécessité en répondant :
— Oui, c'est moi... Donjour, Pavillon .. ça va bien... Merci... et loi'!'
MUN AMI l'U FAUU.
M I>.i\illon (car nous sarons mainlonani In nom du poill monsiriii il In ngiiro ri^joiiic) rouri prendre l.i main di- sciti ami l»i(T.ird, cilii lui iccuiii-cummi' s'il oui eu drss' iii de lui di^loi|ucr rf|i.iul<', ni.'itiiern di- proiiM-r ^un nuiitu- (|iii' Ipimucoiii» di; kimis croiful de- M)Mfni|(lo\rr, iiiliiiis la(|Uflli' cviix (|iii seuil dcut-s d'uiu; ci-rlaino forci- uiiiit'iii de I .iiuuur-propi»; a vuiij fain; taire la grimaco.
— Co clu'r l'ifTard .... Comme on se rencimlro!...
Si j(i m'alleiidais ii trouver ipii lipi uu de connaUsjiicc sur le liijieau à vaiipur de Melun, m.i fui te n élail pa.s loi.
As-lu dOjouné? moi, j'ai Irés-faim. ... Tu déjeuneras avec
moi...
J'ai emporli' de"; provUlmis, lu sala (|ue je sul« iiti K'ullard de pn'eaiiliim. on Ninilde me dire i|u'(*li Innivail ici l.mi ce i|u'(iii Noiiiail... iiiaisju n'en savais nun... C'cit tiyal, je demanJerui un jdat... du poisson.
R.s-iii coMiiiie mal?jc no puii pasùlrosur l'eau lans avoirScnvio de maiii,'cr du poisson...
M. IMTinl so mouche, tout en munuuranl .
— Moi, je ne tiens pas uu poisson Dailleiirs Je n'ai pas
faim.
— Tu n'as pas faim... Balil -Tu me tiendras compagnie... le grand air fait digérer...
Je mo crois sur mer, mol... parole d'honneur, jo mo croi:} sur iiHT... d'aui.int plus que n'y ayant jamais été, ju suis libre do me faire illusion...
Ne (las avoir vu la mer à (|u.iranlc-riiii| ans!... c'est honteux... aussi je n'avouornis pas cela ,i tout le monde... Je le le dis, à toi, parce (luo lu es un ami Tu as mi la nicr^ toi, l'ilfard?...
— Oui.
— Tu as été dessus?
— Oui.
— nien loin?
— De nmilogno jusqu'en Angleterre...
— l'iulitrcl... c'est un trajet... .\s-tu essuyé une tempête?
— Oui.., c'est-à-dire, la mer était gro.s.sc... Il y avait du vent beaucoup, et on était terribiemelit ballotté!
— Tiens... la rivière fait des flots... ceux de lu mer sont-ils plus forts que cela?...
— C'est, comme si tu comparais une noisette à un melon.
— Ah! mon Dieul... Quel dommage que le temps soit à I orage...
Il pleut maintenant, nous aurons do l'eau pendant loiil le voyage... cela nie contrarie, carj'ainieà nie promener sur li- pont, à èonsidérer le timonier à sa barre, le mécanicien a la chaudière. J'aime à écouler le clapoleiiienl de l'eau contre le bàliiiienl... Tout cela fait battre mon co'iir...
Oh! mon cher PiiTard, j'étais né marin... j'en suis sur... et dire que je n'ai pas vu la mer!...
Mais je la verrai, je ferai le voyage du Havre avec madame Pa- \illoii ; il y a bien longlemps que j'ai promis à mon épouse de lui piiicuriT cet agiénieni... elle qui adorj les écrevisses... Mangelon beaucoup d écrevisses au Havre?
Monsieur PilTard ne répond pas à son ami; il est allé se rasseoir dans uu autre coin de la salle, cl semble de nouveau absorbé dans de tristes pensées.
Cependani le garçon du restaniant établi dans le baloaii s'est empressé d'exécuter les ordres du pciii monsii^iir; il a dressé une labli>. il a mis deux couverts, et pendant que nioiisieiir Pavillon siu'l des poches de son palelol sac la moitié d'uni' \olaille froide, un saucisson el du jainlion, le garçon \a commander des côlelelles il la ininiue, tpii lUiivont remplacer le poisson qui manque au reslauranl du b.ilciu.
Monsieur Pavillon s'iiuialle à table comme un homiuo décidé a y bien employer sou temps, co qui ne l'empcche pas de dire à son ami :
— Kh bien, PilTart, voilà un couvert qui t'attend .
Viens donc... Si tu fais des façons, tu as bien tort M lu crains que cela ne le f.isse nuil de m.iugi'r, c'est dillerenl... Je ne veux pas coinpromellre la santé... Je mangerai pcuir deux ..
Diii donc, Pilfard. j'ai acheté uui' maison do campagne., une
autre maison de campagne, car j'en avait déjà une petite... mais j en ai acheté celle fois une belle... grande .. commode
On ne »e moquera plus de mon jardin qui ressemblait un peu à
une cour...
J'ai un arpeiil cl demi a pn^ent .. hein... di« dûnc:... un arpenicl demi., ça peut s'appeler un jardin... Un a de quoi se prumoner au luuiiis...
J'ai déjà éprouvé avec ma femme i|u'.ipréii en avoir fait quatre fois lu tour... du jardin, pas de nu femme, un était eilrémeuienl fatigué.
Monsieur Pilhrd continue à ne (Mjinl répondre, il n a même pas
l'air d'écouler.
Mai» il V a des pefMnnes qui ne liennrat p*< » ** qii'nn U«r
réi onde ol qui, lorsqu'on le fait, n) foui > ' ' ui
toujours leur liain cuiinue si on ne b-ur ;i hh-
manière de conserver toujours la parole >> ' '^u du nombre de eus per*uniie^la.
Il aimait beauctiup à parler el n'éroiilail presque Jamais.
Il poursuit donc, tout en fais^mi dispitraltre l'aile el lacuiiwde la Volaille, avec un appétit (|ui faisait plaisir à voir.
— Oui, mon cher, ou a une lui Jcrois que je te l'avais dcjadit .. M:> I' monde... On est si conleiil... quani ■ iti excessivement heureux...
C'est grâce à l'heritago de mon oncle que j ai pu me paiscr celte envie...
C'est agréable d'hériter... surtout de quelqu'un qu'on n'almaii giit-ru... El cet oncle-là éuiii si maussade... si mérlianl mânie .. Il mo tapait quand jetais petit el que je ne savais pas me* versions...
Mais aujourd'hui jolui pardonne tout cela...
Ces cùleleites à la minule mo paraissent bien longues à venir...
Décidément tu ne veux rien prendre '.'... liunsieiir PilTarJ se contente de reg; rdtr le ciel, l'eau el la pointe de .ses boltos.
— Ce .saucisson est délicieux... moq ami, j ai une foule d'arfarrf fruitiers... en plein rapport!... J'aiirti enormemenl de fniil . Kl des légumes donc!... Oh! le potager est ravissant: Il y a de loul!... C'est bien agréable 1ors<]u'on mange des choux... dos petits pois, de pouvoir dire... c'est de mon jardin... de mon potager.
(".arçon!... r.arç(ml... el ces côtelettes h la minute . Il faut doue une heure pour les faire?...
— Dans un moment, Bionsicur, elles voni bien.
— Ah! c'est heureux que je me sois muni de provisions!... Car quand on a faim, ici un doit se faire beaucoup de mauvais sang...
Je le disais donc. Pillard... que j'ai un potager... co qui n'empêche pas le jardin dagrémeni ... avec des arbres rares. . des arbres exotiques .. Je ne les connais pas encore tous, mais je les étudierai, moi qui aime le jardinage, moi qui pisse deux henrvs devanl un poirier rien que pour ôlerles vers, les chenilles el les mauvaises feuilles... J espère que je vais avoir de l'ouvrage...
Sapristi ' ces côtelettes à la minute sont bien mal nommées.
I.e garçon aiqiorle enfin les coteleltes »i loii;. Monsieur Pavillon en ronge leslemenl deux ; mence à se calmer, et eesl alors que levant | fois les yeux sur son ami. il remarque sa trisies-e. s.i p.ilcjr, cl lo bouleversement qui règne dans toute st porsoune.
Monsieur Pavillon n'<^<]it point un homme égoïste et insMi^ihle aux peines de ses amis, ce que l'on aurait pu rruire d'abord eu le voyant dijeuner seul.
Il pose près de son assiette sa fourrheiie el son.'coulMu, el rvgardant tlxement sou ami PilTard, s'ecrie :
— .Vil çà. mais !.. je n'av.iis lias ciicon- remanqiié... Qu* diable as lu donc, mou pauvre PilTard, la ligure est toute renversée... Que lest il arrive?
Aurais-tu éprouvé quelques revers do fortune?... Mais Im as de bonnes rentes, loi. et tu ne joues p.is à la llourso, tu es Iro^ .sage pour Cela...
l'ilTard f.iit un signe de léte néfatif en luuruiuraiit .
— Non .. je II ai nen perdu...
^Maib aiors c'est donc un événement dans ta famille... Je ne te demani'.eiai pas des nouvelles de les enfants, puisque lu n'en as pas. mais ta femme, la ctière Clodora... est-ce qu'elle serait ma lade?
En entendant prononcer le nom de sa femme, monsieur PilTard a fait un mouvement brusque qui pouvait passer pour une crispation ; il est quoique temps sans répondre, on croirait qu'il n'a plus de voix et qu'il s'efforce en vain à la chercher dans son gosier.
Cependant après quelques moments passés en grimaces, il murmure d'une voix à p^ine intelligible :
— Clodora... se porte bien... Du moins quand j'ai quitté Paris... elle n'avait qu'un commencement de rhume di; cerveau.
— Eh bien! alors, ce n'est pas cela qui doit t'inquiéler... un rhume de cerveau... j'en ai deux par mois réguliëremenl.
Voyons, Piffard, sois donc franc avec un ami...
Rappelle toi que nous avons été en pension ensemble...
Nous nous disputions toujours, nous nous baillons même quelquefois, et c'est lie là que date noire amitié.
Puisque ta femme n'est pas malade, que ta fortune n'est pas dérangée... qu'est-ce qui peut donc te causer cette tristesse qui te rend si pâle... car tu es bien pâle, mon cher ami... Je ne suppose pas que ton épouse, ta Clodora t'ait fait... t'ait causé... que tu soupçonnes ..
Monsieui Piffard se lève, et, s'avançant comme un furieux sur son ami, s'écrie :
— Clodora est la vertu nème, enlends-tu. Pavillon, et quiconque oserait se permettre le moindre mot équivoque sur elle... je le briserais comme je brise... celte assiette.
En disant cela Piffard enlevait et jelait à terre l'assiette sur laquelle était la troisième côtelette à la minute que monsieur Pavillon n'avait pas encore mangée.
Celui-ci reste tout stupéfait de l'aclion que son ami Piffard vient de commettre, et regardant d'un air de regret la côtelette qui est à terre avec les débris de l'assiette brisée, s'écrie :
— Mon bon, mon cher ami, je n'ai pas dit le moindre mal de ton épouse... je n'en ai jamais eu l'intention... C'est une question que je t'adressais comme autre chose... et ce n'était pas une raison pour casser celte assiette... et jeter par terre celle côtelette... Je l'aurais mangée... puisque tu ne manges pas, toi...
C'est égal, je vais finir avec du jambon.
Monsieur Piffard s'est calmé, et il se laisse aller sur une chaise qui esl devant la table près de son ami... Celui-ci se remet à manger et à parler, deux choses qu'il avait le talent de faire très-bien à la fois.
— Parbleu, mon cher Piffard... je connais trop bien ton intérieur et l'hisloiie de ton mariage, pour avoir jamais de mauvaises idées sur la vertu de ta femme!...
Je sais que ta Clodora t'a épousé par amour... C'était une riche veuve... toi, tu avais un joli patrimoine... vous vous conveniez parfaitement.
Ta femme est bien... de beaux yeux noirs... c'est une brune piqua,:te... elle est un peu grasse, mais comme tu es fort maigre, ça rétablit l'équilibre. Je croîs qu'elle n'a que trois ans de moins que toi; mais comme elle est plus belle femme que lu n'es bel homme, elle se conservera fort Ijuglomps. Enfin vous êtes parfaitement unis... vous faites un ménage modèle... de vrais tourtereaux... 11 y a cinq ans que vous èles mariés et vous sembiez toujours dans la lune de miel...
C'est fort bien cela... ohl c'est exemplaire.
Au~si dans le monde, quand on parle d'un bon ménage, c'est toujours vous que l'on cite!...
Une mère dit à sa fille en la mariant ;
Puisses-tu être heureuse comme madame Piffard!...
Le beau-père dit à son gendre :
Soyez pour ma fille un second Piffard 1...
Ah! mon ami, c'est beau cela, c'est flatteur d'être ainsi pris pour modèle... Moi. j'aime bien ma femme, je suis très-heureux avec madame Pavillon, mais je crie souvent, elle crie beaucoup. Nous nous dispuions à chaque instanll... ce qui n'erapèche pas qu'on nu soit très-bien e&s«mble...
Ce jambon est dur... je suis fâché que tu aies jeté la côtelette à terre.
Monsieur Pavillon avale un grand verre de vin et reprsnd :
— Je me résume... Garçon !... une demi-tasse... Lien chaud...
— Tout de suite, monsieur.
— Vois lu, Piffard, j'en reviens à mes moulons, lu as quelque chose... tu roules dos yeux d'une façon trop effarée pour ne pas avoir quelque chose...
Pourquoi ne pas confier les chagrins à un ami?...
Parle, cela soulage... j'éprouve cela souvent.
Qu'est-ce que tu as?...
Piffard, après une longue hésitation, relève la tète, ctregardant son ami dans le blanc des yeux, murmure d'un air désespéré :
— Je suis perdu I
— Tu es perdu!... s'écrie à son tour monsieur Pavillon, en faisant presque un saut sur sa chaise. Ahl mon Dieu... mais tu m'effrayes...
Qu'est-ce qu'il y a donc... qu'est-ce que tu as donc fait, malheureux?...
Est-ce que par hasard tu te serais fourré dans quelque complot contrôle gouvernement?... Ça m'élonnerait, tu né t'occupais pas de politique... tu ne lisais jamais les séances des chambres.
Piffard fait un signe de tète négatif.
— Est-ce que tu aurais eu une dispute... un duel?...
Tu auras tué Ion adversaire peut-être? et maintenant il y a des lois très-sévères sur le duel... Ai-je deviné?...
Piffard fait encore signe que non.
— Alors, mon ami, je ne sais plus que penser, que croire... à moins... Est-ce que par hasard tu serais affligé de quelque maladie dangereuse?... Est-ce qu'un médecin aurait eu la bonté de te dire que tu couves un anévrisme, ou la pierre, ou que tu as une affection de poitrine? .. 11 y a des médecins qui vous disent cela, en ajoutant charitablement que c'est une maladie incurable, qu'il n'y a rien à y faire et qu'il faut vous attendre à mourir sous peu.
Mais, mon cher ami, ils sont bien peu docteurs ceux qui vous disent cela... (car tu sais que docteur vient du latin doctor, dodoris, qui signifie maître, savant, homme qui enseigne aux autres). Je ne crois pas, moi, qu'il y ait pour les habitants de ce monde des maladies incurables ..
En nous affligeant d'une foule de maux, je crois que Dieu a mis aussi sur la terre de qu.ii les guérir tous: comme chaque poison a son antidote, de mêmeehaque maladie doit avoir son diciame : seulement, oii est-il ce diciame, ce remède? dans le règne s egélal, animal, minéral?... 'Voilà ce qu'il faudrait trouver, ce qu'iF faudrait pour cela se donner la peine de chercher, et c'est ce que ne font pas ces docteurs, qui se contentent devons dire : Votre maladie est incurable, préparez-vous à mourir, au lieu de vous répondre :
Il n'y a rien d'impossible à la science et à la nature, espérez toujours.
C'est une consolation, cela calmera votre esprit, et les tourments de l'esprit réagissent toujours sur les infirmités du corps.
Piffard a laissé parler son ami; mais lorsque celui-ci a fini, il lui répond avec un grand flegme :
— J'ai une bonne poitrine, un excellent estomac, je n'ai ja-? mais été malade, et Je n'éprouve pas la moindre altération dans aucune de mes facultés.
— Alors, mon cher ami, reprend monsieur Pavillon en avalan: son café et payant le garçon, cela devient de plus en plus énigmatique.
Mais voyons... puisque nous nous trouvons ensemble sur ce bateau, dis-moi au moins ce que tu vas faire à Mclun...
Moi, j'y vais régler quelques affaires relatives à ma succession; mon oncle possédait là une maison que j'ai fait- vendre... pour en acheter une fort jolie à Saint-Mandé...
Je t'ai dil que j'avais acheté une nouvelli> maison de campagne à S.;int-Mandé?... ah! oui, jeté l'ai dil... elle est fort grande ..j'ai revendu ma petite... Tu viendras voir ma nouvelle maison avec ta femme...
Piffard a de nouveau une crispation: ^ manque de renverser la
MON AMI l'IFFARD.
table et le couverl; mais celte fois son arni l'aNJilon n'y fait pa^alicMliun, jiar'Nf (Hie, lorsqu'il fsl on train de parler de sa nonvello priipriiile, il ne voit rien de eu qui se passe autour de lui; il poursuit donc :
— J'aurai une chambre d'amis... deux, trois chombreft d'amis mi'^tne... Oh I c'est trL's-grand... ma femme aura sa chambre... ma
flile la sienne, mon fils la sienne la bonne la sienne.... nous
aurons chacun la noire... Ahl je reviens a ce que je voulais te demander :
Qu'est-ce que lu vas faire à .Melun?
— Je n'en sais rien I rrpond PilTard en poussiinl un gros suu|iir.
— Tu n'en sais rien!... s'écrie monsieur Pavillon, qui s'éloigne alors de son ami d'un air inquiet et se dit en Iui-m6me :
Ceci devient trop singulier... il va à Melun... et il ne sait pas pouri|uoi il y va...
Kst-ce (|ue le pauvre l'ilTanl aurait perdu l'esprit... Je sais bii;n qu'il n'en a jamais eu beaucoup, inaiseiilin il savait bien ce (|u'il vouldit faire; et maintenant... diable! cela devient très-inquiétant.
En ce moment le bateau à vapeur s'arrête.
Les passagers étaient arrivés au lieu de leur destination.
La rnmilc PnTillon.
Monsieur Pavillon a quille lestement le bateau, empressé de se retrouver à terre, car tout en allectant un j,'(irit pruMuiici' pour l'eau, il avait mal au neur lors(]u'il restait longtemps ih'ssus; m^is il attribuait cela à l'odeur de la vapeur.
Après avoir fait (pielques pas, monsieur Pavillon se retourne, pensant voir .son ami iirès de lui ; mais il porte en vain ses regards de tous côtes, il n'apen;oit pas Pillard.
— Tiens, c'est singulier... parou donc est-il passé!... se dit monsieur Pavillon en s'arrèianl pour regarder encore autour de lui. Je le croyais près de moi...
Comment, il m'a quitté ainsi... sans rien me dire... pas même adieu!...
De la part d'un ami, je trouve cette façon d'agir peu aiutable...
Ohl PilTard a (pielque chose certainement... il n'est pas dans son état naturel...
Cola m'inipiièle, parce qu'au fond c'est un fort bon enfant... un peubéte... c'est vrai... mais pas méchant...
Ohl incapable de faire du mal à un pierrot...
Cependant il s'est emporté ce matin et il a brisé une assiette... il fallait qu'il fût malade pour faire cela... Par oii diable a-t-il donc passé ?
Et monsieur Pavillon faisant une grosse voix se met ii crier de toutes ses forces :
— Pilfard!... Piiïard!... oh hé! PifTardl
Mais personne ne répond à sa voi.\, et las d'appeler en vain, monsieur Pavillon se remet en marche, en se disant :
— Ma foi!... puis(|u'il ne veut pas venir avec moi, je le laisse... Je suis venu ici pour tiTminer inesalTaires, je veu.v repartir après demain malin: je n'ai nas le temps de m'amnser à chercher Piffard... Je suis pressé de rerourner dans ma nouvelle propriété... j'ai tant do choses ii y faire... quand ce ne serait (|u'a neltoyermes arbres, je suis sur que j'en aurai pour qiiin/e jours au moins.
El monsieur Pavillon se rend rhe/. le notaire, chez l'aequi-reur de la maison qu'il a vendue, chez toutes les personnes auxquelles il a affaire; et dans le courant de la roiuersalion, il est raiv qu'il ne dise pas trois on quatre fois (lu'il vient d'acheter une grande maison de cainp.'ij,'ne ; il est si lieureux de pouvoir dire cela, qu'il en devient ridicule et que l'on se moque de lui.
Mais lorsqu'on n'est pas habitué au bonheur, il rend souveat fort bétc, bien heureux encore quand il ne fait que cela!
On le voit quelquefois changer les faibloses en défauli, le* dcfaub en vices, cl chasser le naturel , qui alors ne revient pai au galop.
Monsieur Pavillon termine prompU^menl les affaires qui rappelaient a Melun. Il louche m.'s fonds et retourne a Fans d ou il doit aller rejoindre sa famille qui est installée a sa camp3|.'ne.
Pi-ndant le peu de temps qu'il a pasM- à nieulun. c't-sl en vain qu'il a es.saye de relrouvi-r son ami l'iffard. il m- l'a plu» r<*ncontrc, i-t 1,1 in'sti-sse de son arni, la !un;.'ularilé de ses rfi>ons«. de sa conduite avec luisurle.bateaua vapeur, occupent souvent muiuieur Pavillon pendant son voyage de Melun à Paris.
Avant de retourner a Saint-Mandé avec monsieur Pavillon, faisons d'abord connaissance avec sa famille.
Monsieur Pavillon, que nous connaissons déjà un peu. esl ua ancien miroitier.
Il s'était marié jeune, il s'était établi jeune, et son rommeree aurait été assez bien pour lui permettre d y amasser une hunnéte fortune si l'humeur de sa femme n y avait pas mis obstacle.
Madame Pavillon esl une toute petite f. .1 'le,
cliétive , mais douée dune vivacité t'xtri'-ni ; au
premier mot, au premier geste, au premier : fait
ou |dutôt devine ce (pi'elle veut ; sans ccsm; allant, venant, remuant, courant, elle esl d'une activité effrayante. Elle voudrait pouvoir tout faire dans sa maison, parce quelle trouve lents, Liches, pares.seux tous ceux qui n'ont pas sa vivacité; endn c'est de la poudre, du .salpêtre sous la forme d une petite femme assez gentille, très-mignonne , et dont l'abord est assez doux.
.Monsieur Pavillon était habitué à l'humeur de sa femme; cependant n'étant pas doue lui-même d'une forte dose de patience, il lui arrivait souvent de s'emporter aussi, et de vouloir surpasser sa femme en vivacité. Mais alors la boutique du miroitier souffrait beaucoup de ces scènes conjugales; dans k-iirs accès de pétulance, il était rare que monsieur et madame Pavillon ne brisassent pas deux ou trois glaces de prix ; leur fortune en souffrait beaucoup.
C'est pourquoi, après avoir amassé quatre mille francs de rente et s'être acheté une toute petite campagne a Vincenncs. monsieur Pavillon avait jugé prudent de sen tenir la et de se retirer du commerce dans lequel d un jour a laulre un accès de vivacité de madame Pavillon pouvait lui faire faire des pertes énormes.
Les ci-devant miroitiers sont à la t^ie de deux enfants, une DUe nommée Felicie, qui esl parvenue à sa seizième année, qui est blanche, blonde , et assez jolie, mais qui esl aussi lenle que sa mère est vive et son père pétulant.
Cette différence a fait naître bien des conjectures, bien des cancans parmi les amis et les voisins des miroitiers; le monde e^t si méchant, et il faut si peu de chose pour éveiller sa médisance:
Il y a ensuite un garçon que l'on a nommé César, qui n'a que huit ans, mais qui en parait six; il est fort laid de flgure. mais sa mère l'appelle l'Amour, parce qu'il a sa vivacité, qu'il saule. bondit, gambade sans cesse , parce qu'étant loul peiilil avait des attaques de nerfs lorsqu'on ne lui donnait pas sur-le-champ ce qu'il demandait et qu'en grandissant il a cintinuc d'élre emporte, colère et même ra^ieur.
i;ne sœur de madame Pavillon, femme sur le retour, qui porte un corset ouate, un caleçon ouaté, des ju^Hins piques et une foule d'autres choses pour se donner de la tournure et tous les appas qui lui manquent, vil presque continiiellemeni chez son beaufrère, chez qui elle a voulu payer pension , pour avoir le droit de trouver tout mauvais, de commander, de gronder et d'être enfin une seconde maîtresse de la maison. Celle s.eur, qui est veuve depuis 1 âge de vingt-tleux ans. d'un gros iKmhomme qu'elle ». dit on, fait mourir d attaque d apoplexie, en lui reprochant de irofi manger, esl d'une lésinerie extrême , excepte pour ce qui concerne .sa toilette.
N'ayant jamais été jolie, mais en revanche ayant toujours été intlniment co(|uette . madame Hortensia l.aminetie se flattait de retrouver bien facilemeni un second mari el de n'avoir qu'à jeter le mouchoir à l'un de ses soupirants qui viendrait lui offrir .«on cœur, mais il n'en a pas ete ainsi.
Quoique madame Laminelle eut soin de faire sonner bien haut qu'elle avait deux mille francs <li> rente el un su|>erb<> iroussMU, aucun homme ne s était pre.senie pour remplacer le défunt.
Les années étaient venues ; Hortensia , déjà laide , av,iii vu arec
douleur son embonpoint disparaître el ses cheveux grisonner ; elle avait remplacé ses formes naturelles par des postiches fort artistement faites, et ses cheveux châtains par un joli tour noir d'ébène; et malgré cela , madame Laminelte était restée veuve.
Mais aussi elle avait soin de répéter sans cesse :
— Ah 1 les hommes!... les hommes I... Qu'on est heureuse lorsqu'on n'est plus sous leur domination l... C'est bien assez d'un mari. Il est permis de se laisser attraper une fois, mais non pas deux; aussi je ne comprends pas comment il y a des veuves qui se remarient.
Mais à part sa ridicule coquetterie et sa lésinerie, madame Laminette ne manquait pas de bon sens , et pour tout ce qui ne lui était pas personnel, elle raisonnait même avec esprit.
Voilà quel était l'intérieur de monsieur Pavillon; en y ajoutant la domestique Angélique, assez bonne fille, qui n'avait que le défaut de prendre du tabac, ce qui est très-imprudent lorsqu'on fait la cuisine.
En se retirant du commerce, monsieur Pavillon s'étant trouvé maître de son temps, el ayant beaucoup de goût pour la campagne, il avait dit à sa famille :
— Maintenant nous passerons régulièrement sept mois de l'année aux champs, à ma maisonnette de 'Vincennes.
•Te garderai un petit appartement à Paris pour l'hiver, parce que l'hivec j'aime le spectacle, les soirées, les concerts et la partie de bouillotte; mais dans la belle saison, je serai tout à la verdure... Quand je trouverai une occasion pour aller voir la mer à peu de frais, je serai complètement heureux.
La maison que monsieur Pavillon possédait à Vincennes était fort modeste , si modeste que quelques personnes la prenaient pour uue chaumière.
Elle ne se composait que d'un rez-de-chaussée et d'un premier, qui faisait mansarde.
Le rez-de-chaussée, divisé en plusieurs petites pièces, avait cependant permis d'avoir une salle à manger, un salon, une cuisine et une chambre de bonne.
Le premier, coupé en quatre, servait à loger à peu près toute la famille. Seulement lorsque madame Laminette couchait à Vincennes, mademoiselle Félicie lui cédait sa chambre et partageait celle de sa mère.
Un petit jardin était placé derrière la maison. Il était à peine grand comme la moitié de la cour d'une belle maison de Paris; et cependant, dans ce petit espace, monsieur Pavillon avait entassé des arbres fruitiers les uns sur les autres; il avait même mis des buissons, des charmilles, fait plusieurs bosquets, des corbeilles de ûeurs; le plus étonnant, c'est que tout cela venait à merveille, que les fleurs étaient belles, les buissons bien verts, le bosquet très-couvert et les arbres chargés de fruits.
Une seule chose avait refusé de pousser dans le petit jardin de la maisonnette, c'était du gazon.
Dans un petit rond de huit pieds de circonférence, et qui était placé devant la fenêtre de la salle à manger, monsieur Pavillon voulait avoir un gazon, parce que cela repose la vue, qu'il y a des pelouses dans tous' les grands jardins, et que le soir, par les grandes chaleurs, il pensait qu'il serait agréable de pouvoir se rouler sur le petit rond qu'il avait l'audace de nommer sa pelouse.
Mais en vain avait-il semé à profusion de la graine de gazon anglais et français, l'herbe avait refusé de venir, et le chiendent même ne poussait pas sur la malheureuse pelouse qui semblait frappée de stérilité, bien que la bonne, le jeune César et monsieur Pavillon lui-même l'arrosassent tous les matins et tous les -soirs.
Voyant qu'il fallait renoncer à l'espoir de voir pousser le moindre gazon sur sa pelouse, un malin monsieur Pavillon sélait frappé le front, puis comme quelqu'un qui vient d'avoir une subite inspiration, il avait pris son chapeau et s'était mis en route pour Paris, ens'écriant :
— Oh 1 fichtre ! nous aurons un gazon. . . J'en réponds cette fois ! . . le vais le chercher...
Je vous certifie qu'il sera d'un beau vert.
Toute la famille s'était regardée avec étonnemcnt, ne concevant pas comment s'y prendrait monsieur Pavillon pour rapporter un gazon tout fait.
Mademoiselle Félicie disait ;
— Mon papa va acheter plusieurs pots de chiendent, et c'est cela qu'il va encore essayer de faire prendre sur la pelouse.
— Non, disait le petit César, papa sera allé dans le bois de Vincennes; là, il empruntera une bêche et il coupera des carrés de gazon qu'il rapportera ici.
— On lui aura parlé de quelque nouvelle graine qui pousse facilement, disait madame Pavillon, et il est allé en chercher.
— Tout cela fera encore de l'argent de dépensé inutilement et mal à propos, disait Hortensia Laminelte; votre pelouse est frappée de stérilité comme Rachel, fille de Laban et femme de Jacob. Et tout ce que l'on sèmera et plantera dessus n'y pourra rien faire venir.
Cependant chacun était bien impatient de voir revenir monsieur Pavillon.
Il revint au bout de quelques heures, il descendait d'une voiture qui le ramenait de Paris. Il portait sous son bras un rouleau très-long et très-gros, et sans s'arrêter dans sa maison, il courut à son jardin, se mit à quatre pattes sur sa pefouse, et défaisant son rouleau, étala sur la terre stérile un fort grand morceau de peluche de soie verte, qu'il coupa en rond, de manière à couvrir exactement sa pelouse.
Puis il appela tout le monde en s'écriant :
— Le voilà, ce gazon que je vous avais promis... le voilà I il est superbe... il est d'un vert magnifique! venez l'admirer.
Au premier coup-d'œil la peluche verte simulait parfaitement de l'herbe et chacun poussa un cri de surprise en voyant ce gazon qui avait poussé encore plus vite qu'un champignon. Mais en s'asseyant dessus, en le caressant, on reconnut la fraude.
Cependant, comme à l'oeil cela jouait parfaitement la verdure, on fit compliment à monsieur Pavillon sur son procédé, et l'on trouva son idée fort ingénieuse.
— Et c'est d'autant plus gentil, un gazon comme ça dit la domestique, qu'il n'y aura pas besoin de l'arroser... Ah! Monsieur, vous devriez mettre tout votre jardin en postiche.
— Mais quand il pleuvra, dit madame Laminette, au lieu d'embellir votre pelouse, cela pourra bien la friper.
— Eh bien, ma chère sœur, ce sera très simple : quand il pleuvra on enlèvera le gazon, et on le rentrera; c'est très-facile, cela s'enlève comme une nappe.
C'est ainsi que monsieur Pavillon avait tâché d'embellir sa maisonnette, dont il aurait voulu faire une villa. Il aimait le jardinage ; il avait acheté râteau, bêche, pioche, binette, sécateur, brouette, enfin tout ce dont se servent les jardiniers.
Il se levait de bon matin, prenait son sécateur d'une main, sa bêche sous son bras, et allait travailler à son jardin.
Il connaissait tous ses arbres, cela n'était pas difficile dans un si petit espace ; cependant il avait eu le talent d'y faire venir trente arbres fruitiers. Il les visitait, les soignait, les nettoyait tous comme une nourrice fait avec ses enfants.
Dès qu'il apercevait une branche douteuse, il prenait son sécateur et la coupait. Il épluchait soigneusement ses poiriers, ses pommiers, ne laissait pas une mauvaise feuille toucher un fruit, et empêchait ainsi les vers de se mettre dans sa récolte.
Grâce à ces soins, tous ses arbres étaient pleins de sève et de vigueur, et ses fruits venaient à maturité.
Madame Pavillon aimait les fleurs, et elle se chargeait de les soigner, mais lorsqu'une plante ne venait pas assez vite, elle l'arrachait et la remplaçait par une autre. La petite femme voulait de l'activité chez les fleurs comme chez les hommes. Elle en voulait dans tout, et reprochait même à sa bonne d'être lente à dormir.
Au total, personne ne s'ennuyait dans la raaisonnelle; lesfenêtres donnaient sur la grande route.
Mademoiselle Félicie travaillait contre une croisée, en regardant passer les promeneurs, les voitures et les cavaliers.
Madame Hortensia Laminette s'asseyait souvent à la fenêtre, et tout en tenant à la main un livre dans lequel elle no lisait pas, elle jetait un coup d'œil en dehors sur tous les militaires qui passaient devant elle, el il y a toujours beaucoup de militaires à Vincennes.
Le polit César polissonnait sur la route, et jouait avec tous les enfanis du voisinage.
Madame Pavillon criait aj^^ sa bonne, repiquait des margue-
MON AMI l'IKFAKl).
riii's ni do la glrudoo, ot fiiltuil » i-li'ii|iii) iiisiani In luiir du s.-i pmjini'lii.
M. I'a\illuii IciDiJI son iii'cnUMir iit su Im^cIk-, Il cuii[i.-iil et labuii' rdil, |iiiis lu.siaii ciui liinraiiiiii liiivaiil un Unit pdii ituiriur, (|>ii j\ail ('iiii|ii»iiic-il(Mi\ |iciii'(>s iiairiilciiioiil Miùies.
Edilri la lioniio iirnil <ln li'aii nu puilii, qui n't-lail pas proruini. et arrusuit tout le jardin, u.\c<-pli.- la pultiusu en suiu vi-rto.
Tous ces p'tis la ('-taioiit pairailiMucnt heureux, ol rien n« les (>nip('<'hail lie I i^tre ciiniiiii! eela liiiiKteuips!... Mais II e>| aiiu\ent aiis^idilllcilu du sa\olr re>ter huuruux (|ue do parvenir à lu devu* iiir.
M l'aviilun aimait à n.-ccvoir à sa canipaijnn ses connaissances do Paris.
il ne pouvait pas recevoir beaucoup de |iersoMiies à In fois, parce (iiie la salle a iiiaii^'or lu: pouvait pa.s un contenir idiis de nrur; on oialt luùinn alors uxirânieiiient gi^né; mais il se (iedoininnt^eail en iiniiaiil plus souvent deux ou trois amis qu'il Irallail de son mieux.
El cependant, en reconnaissance de son iion accueil, do son petit VIII doiii II versait à priiriision, de son dîner qui élait bon, et i\r> fiuils (le sou jardin ipii l'ialeul délieieiix. les amis ^c |ierinettaieiii souvent di; rire quand l'a Villon parlait dosa maison de campagne et de son Jardin.
Les uns lui disaient :
— l'avilloii, quand donc fais-tu tes vendanges?... feras-tu des confitures celle année avec tes abricots?
Ou bit'u encore :
— Pavillon, peut-un so proiiieii r un de front dans les allées do Ion [larc?
— As lu compté combien on mourait do temps à fairo le tour do ton jardin?
— iViiirquoi n'y fais-tu pas faire une pi^ce d'eau?...
— l'avilluii, combien ton gazon te coùle-t-il l'aune?
— Qu'est ce qui l'empêcherait d'avoir un gazon eomnio cela l'hiver, à Paris, dans ta chambre à coucher?
— Ton jardin est-il uno cour, ou est-ce ta cour qui est un jardin?
— - Quand il vient sL\ personnes te voir en même temps, oii les mets tu?
Etc. etc. Ole...
Et mille autre? plaisanteries du môme genre.
Pour des amis c'était assez méchant; mais-ccu.x qui nousniment le plus oui encore du [ilaisir à se moquer de nous: jugez doue de ce (|uece doit èlre (lour les amis (|ui ne nous aiment pas.
M. Pavillon riait du loiiles ces plaisanteries; mais au fond du cœur il en était vexé, humilié, et se disait souvent en soupirant :
— Ah! que je serais heureux si j'avais une belle maison do campagne et un gr.ind jardin !..
Alors je pourrais recevoir beaucoup do monde... Alors on ne se moquerait plus de moi quand je parlerais de ma propriété.
Et madame llorlensia Laminel4o lui répondait :
— Vous êtes bien bon de vous occuper do ce que disent les autres : est-ce que voire maison n'est pas assez grande piuir vous el voire fainllle?... Ksi-ce ipie vous ne vous y plaisez pas?... Esl-c« que votre jardin no vous donne pas assez a faire?...
Endn est-ce que vous n'ôtes pas heureux ici?., yiicllc nécessité d'acheter une grando maisiui?
I,a belle-.sipur raisonnait assez juste quelquefois.
Mais riiérilage de l'iuido était arrivé, et au lieu d'écouler les conseils de madame l.amiiielle, M. Pavillon s'était h.ïlé de vendre sa peiiie maison du VInceiiifes, et d'en acheter une foi i bellcàSainl- Uaua4.
l.n iii;il<toii «Ir rniii|>ngnr dr l»aliil-^nndé«
l,a noiivclli! maison de campagne de monsieur l'a\|io!i eii ittiiéu à Saint Mauile. elle n'est pas préci^meni sur U roule Uq fort grand jardin la piecede.
Il y a un petit bois, un jardin an!;lal«. un pola^rer. un klovjue, el de grandes allées dans k*»que!res quatre |>ersoniics peuvrit murchiT de front.
La porte principale donne sur un chemin de Irsverv» qui conduit à la i;rande loule ; une autre porte derrière la maivtn donne sur le bois.
(^nc troisit^mo petite porte ouvre du jardin bur un sentier qui mënc aussi au bois.
1,0 jour oii il a pris avec sa famille po$5ossb>n de «s» nouvelle propriété, monsieur Pavillon était comme un f ' .il de
son poiager dans son jardin anglais, entrait dm -. re-
venait à s.i maison, relouniail a son jardin. ■<-- laiion
devant un gros arbre, puis regardait autour d>- lui awc r*vi»senient, en s'écriani :
— El dire que loul cela est à moi! .. C'est Immense... On pourrait bàllr un village dans mon jardin... El trois (lortes... iri>is entrées. .. c'est cxtrèineiuenl commode. . on sort d un eA\o. on rentre de l'autre, ccsl ravissant...
Madame Pavillon ne cessait aussi daller do côté et d autre en disant :
— ici il faudra des Qeurs... là des buissons...
Voilà des b'gumes qui sont bien mal entretenus .. 0<'*l pécheresse, mon Dieu 1...
Tout va périr si on n'arrose pas...
Il n'y a pas assez d'arbres par ici... il y en a trop la-bas... Angéli(|uu!... venez donc arroser les laitues, elles lueuronl de «oif.
.Vngélique (c'était la domestique) an iv ail avec un arrosoir el cherchant des yeux .sa maîtresse, en disant :
— Ou éles-vous donc, madame?... je ne vous trouve pas!... lion Dieu, que c'est grand ici!...
— Par ici, .\ngélique... dans oelle allée.^. Ah l que vous êtes
lente!
— Mais, madame, écoulez donc! Il esl grand ce janlin-ci... Oa ne peut pas arriver tout de suite, comme dans l'autre.
— El vous n'avez apporte qu'un arrosoir... Tenez. v<iil.i iin'i) esl employé.
Allez vite et apportez deux arrosoirs pleins ..
Félicic, César... est.ce que vous ne poiirriei pas a«.<si arroser''
— Avec quoi? dit mademoiselle Felicie. qui aimait autant ne rien faire. Nous n'avons que deux arro^^irs, el Angi'lique les lient.
— Alors il en faut davantage. .. Monsieur Pavillon!... nonsicur
l'avilloii... Eh bien! ou donc est-il?... ou .<e cache-l-il?
.M.idaine Pavillon courait chercher son mari dans la maison, liiidis que celui ci appolail sa feniniu dans le jardiu anglais, puis dans le Kiosque, puis dans le petit buis.
Après avoir passé cinq minutes à sf chercher, le» deux ffiorx s'élaienl trouves en face I Un do r.iuln* au détour d'une allée.
.Madame Pavillon élnit viololh) d'impalienco.
— Ou donc vous carhez-vous, monsieur? Voilà une heure que je vous appelle?
— Ou le fourres-tu loi-mdmet... Voilà un temps intlni quo Jn te cherche.
— Ce sera amusant, s'il faut passer .tinsi son temps à *e eberrher
— Ma chère amie, rosi là l,iv.int.^ge d'une grande propriék-: on ne .se trouve pas loin de suite On n'esl p.is sur le dos les uns des autres. C'est bien meilleur genre.
— C'est possible ; mais quand j'appelle, moi, j'aime beaucoup que l'on me r(<|iondo.
— Que me voulais-ta, ma chère amie?
— Monsieur Pavillon, deux arrosoirs ne sufllsout pas, quand on a un jardin comme celui-ci.
— C'est juste, ma femme; demain j'en achèterai deux autres paires Six arrosoirs! Oh! il faut bien cela!
— Tenez, monsieur, voilà des haricots qui vont mourir, si on he les mouille pas...
Angélique! Angélique! .. Angél... Ah ! mon Dieu ! Voyez si elle me repondra... Angélique..
— Elle ne l'entend peut-être pas... si elleest au bout du jardin... Attends, jo vais te la chercher.
Mad-irae Pavillon, qui est très-impatiente, se remet à appeler sa servante, puis son lils, puis sa fille. Enfin, la domestique débouche d'une allée, portant un arrosoir de chaque main et le front couvÊft de sueur.
Angélique a l'air de fort mauvaise humeur.
— Angélique... il est bien insupportable d'appeler si longtemps.
— Eh ! madame, quand il faut faire une lieue avec des arrosoirs pleins... Je n'en peux plus... je regrette déjà le petit jardin et la pelouse en peluche verte !
C'était bien moins fatigant.
— Taisez-vous, Angélique; si mon mari vous entendait. Userait furieux.
La bonne arrosa en bougonnant, et lorsque le soir était venu, madame Pavillon était enrouée, à force d'avoir crié et appelé.
Monsieur Pavillon était extrêmement fatigué, et la domestique îivail une courbature.
Puis, au moment d'entrer dans la maison pour se coucher, monsieur Pavillon, s'aporcevant qu'il n'a plus de mouchoir, dit à son fils :
— César, va me chercher mon mouchoir.
Je suis certain de l'avoir laissé dans le kiosque, contre le petit bois... tu sais... Va, cours me le chercher. Moi je suis trop las pour bouger.
Mais le petit garçon avait fait la moue et ne bougeait pas non plus. Son père sinipatieute et s'écrie :
— Eh ! bien i César, est-ce que tu ne m'as pas entendu?
— Si, mon papa.
— Pourquoi n'obéis-tu pas?... Ta devrais déjà être revenu...
— Papa... c'e<\. que... le kiosque, c'est si loin... moi j'ai peur d'aller la nuit au bout de ce grand jardin.
— Tu as peur! i'ai-je bien entendu? Est-ce que lu ne co.irais pas tous les soirs sur la pelouse de notre ancienne maison ?
— Ah oui ! mais c'était tout près... du jardin ; on vous entendait parler dans le salon.
— Eh quoi! César, tu as peur?... Tu te nommes César, et tu es poltron ? C'est une anomalie. Je t'ai donné exprès ce nom-là pour que tu sois brave.
Ne démentez pas votre nom, mon fils Allez dans le kiosque, me chercher mon mouchoir.
— Non, je n'irai pas, na.
— Ah! tu n'iras pas!
Et monsieur Pavillon avait donné deux ou trois coups de pied au derrière de son fils, qui ne vuulait pas aller au bout du jardin.
Pendant ce temps-là, madame Pavillon cherchait sa fille dans la maison. Comme il y avait deux élagcs et beaucoup de pièces à chaque étage, on pouvait se perdre dans ses appartements comme dans son jardin. Cela faisait double agrément.
Mais madame Pavillon, ayant fort peu de patience, et n'ayant trouvé sa fille qu'après l'avoir cherchée dans toutes les pièces de la maison, avait commencé par lui donner tin soufflet, parce que mademoiselle Félicie avait eu lair de rire en retrouvant sa mère.
C'est ainsi que l'on avait inauguré la nouvelle propriété; ceiiui n'avait pas empêché niuiisieur Pavillon de s'écrier en se couchant :
— Dieu ! que l'on est heureux d'avoir uue belle maison de campagne.
Le lendemain, madame Pavillon, étant sortie pour aller reconnaître s'il y avait dans les environs un boucher, un boulanger, et tous les fournisseurs indispensables au besoin de lu vie. était revenue par le bois et avait sonné à la porte qui se trouvait derrière la maison.
Les habitants de la grande propriété étaient disséminés de côté et d'autre.
Cependant monsieur Pavillon avait dit à sa fille :
— Il me semble que l'on sonne...
— Vous croyez, papa?
— Oui, on sonne, Angélique.
— A quelle porte, mon>ieur?
— Parbleu, ce doit être à la grande porte principale... Aile? donc; c'est sans doute ma femme, et elle n'aime pas à attendre.
Angélique va à la grande porte de devant, et elle ne trouve personne, par la raison que sa maîtresse sonnait à la porte da derrière. Elle se décide alors à aller voir t l'entrée opposée.
Mais impatiente de sonner en vain depuis quelques minutes, madame Pavillon vient de renoncer à entrer par la porte du bois, et elle va sonner à l'entrée principale.
La domestique a été ouvrir à la porto du bois, et elle ne voit personne.
Cependant on entend carillonner de nouveau, et monsieur Pavillon crie à sa bonne :
— Mais allez donc ouvrir, Angélique... Vous voulez donc que l'on brise nos sonnettes!...
— Mais, monsieur, voilà deux portes que j'ouvre etjene trouve personne.
— Allez voir à la troisième.
La domestique va voir à la petite porte du jardin qui donne sur le sentier, et elle n'y trouve personne. Elle se décide à retourner voira la grande en'rée; mais madame Pavillon, furieuse de ce qu'on ne lui ouvre pas, vient d'abandonner ce poste et se dirige alors vers l'entrée du sentier, où elle fait un tintamarre à tout briser.
— Qu'est-ce que cela signifie? s'écrie monsieur Pavillon, en courant comme un; furibond dans son jardin... Est-ce qu'Angélique a juré de ne pas ouvrir aujourd'hui?
. — Eh! monsieur, je ne fais que cela, moi! je n'y comprends rien. Si, quand j'arrive à une porte, on court à une autre, i a n'en finira jamais.
— Allons, dit monsieur Pavillon, que trni-; personnes aillent ouvrir en même temps, chacun à une porte différente.
Je ne vois que co moyen pour que l'on puisse èlre introdui' chez moi.
Félicie! César! allez ouvrir on même temps que votreboiine.
— C'est agréable, dit mademoiselle Félicie, eu se décidant avec peine à quitter sa chaise. Il faudra a\oir trois portiers ici... Quel genre !
Le petit César no dit rien mais comme c'est lui qui se trouve ouvrir la bonne porte, c'est à-dire, celleoii est sa mère, c'estaussi lui qui reçoit la première bordée de la colère de madame Pavillon.
Elle lui applique une paire de soufflets, en lui disant :
— Voilà pour t'apprendre à me laisser sonner à toutes les portes pendant deux heures.
Le petit garçon s'éloigne en pleurant, en disant que ce n'est pas sa faute. Dans .sa mauvaise humeur d'avoir attendu el sonné à toutes les portes, madame Pavillon voulait rosser tout le monde.
Et madame Lamineile souriait, en disant d'un air moqueur :
— Tout cela n'arrivait pas quand on n'a\ait qu'une seule entrée à sa maison.
Monsieur Pavillon avait fait emplette de deux antres paires d'arrosoirs, mais bientôt on lui demanda une de ces pièces portatives avec lesquelles on arrose de iiès-loln. Cela était indisprnsahle dans un grand jardin. Il voulaii tout faire lui-même dans sa propriété. Mais au bout de huit jours il claii accablé, éreinié, et les trois quarts de son jardin cfiiiMii '.'iiem.' dans un état déplorable. Pi, de son côté, madame Pavillon ne cessait de s'écrier :
— AU! je n'en puis plus... J'ai encore voulu sarcler, planter
MON AMI PIFFAUD,
j,.sileiirs faire des bordures à mes corbeilles... mais Je no
|.iiis plus me tenir... Si je fais longtemps ce métier-la, jeii
mourrai.
— Monsieur, disait la bonne, si vous ne prenez pas un iardinior iiour m'.iider. moi jv rt'nonfi'...Cesl un métier de (?al.|re que \olre jardin... Kl je ne parle pas de la maison ..des enliladfs de chambres a balayer, a frotter... J'en ai un lombayo.
— Et maman qui a voulu avoir des poules et qui me fait chercher du croiiin du cheval sur la route, disait le petit César. Comme c'est ainiisant I
— El les fenûlres, qui ne donnent que sur des chemins de traverse oii il ne passe
personne, murmurait mademoiselle Kélieic.
Comme c'est gail
Madame Hortensia l.aminelle souriait d'un air qui voulait dire :
— C'est bien fait! On n'a pas voulu m'écoutcr.
Mais tout cela n'empi'cliail pas monsieur l>:i\illon d'être ravi, fiii'li.inlé d'avoir iiiio belle maison de caiiipagne, et de le rcpoleC a qui voulait l'eutcn' dro.
la praHp<>rl(A.
Reprenons les choses ou nous les avons laissées.
M. Pavillon a élc de Blelun à Paris, et do la il se hâte di' retourner à s,i campagne do Sainl-Mandé.
II sonne à la porte principale, mais on no larde pas à venir lui ouvrir, cor pour éviter de non V elles scènes dans le genre de celles qui ont eu lieu le lendemain de l'arrivée dans la nouvelle maison, on est convenu que l'on no sonnerait plus qu'à cette portefà.
M. Pavillon entre chez lui on jetant un coup d'iril d'admiration sur la maison. Son arrivée esl saluée par ces mois :
— Mon papa, les poules n'ont point encore pondu.
— Mon ami. si l'on ne met pastroisou quatre voitures de fumier dans ce jardin, rifii ne poussera.
— Monsieur, les petits pois wnlséchés, les choux sont tous verreux, les romaines .sont montées, et les épinards sont nuis.
— Mon beau-frère, si vous ne faites pas rép.ircr vos goultièrcs. vos plombs, je vous préviens que votre maison sera bientôt en fort mauvais état.
— Monami, nousavonseu avnnt-hirr à diner la famille Diiponl. et hier lesMonlrichei, otlous Iimiis enfaiiU .•! loiirs iieveiiv ; ils sont venus sept; il me semble que c'est un peu iiop sans faijon.
M. Pavillon, éiaurdi parce driuec de parol«f. te jeuedansun fauteuil, et s essuie le front en s ecnant :
— Ab! dame! quand on a une belle maison, les amis nous voir plus souvent, c'est tout naturel: je sais bien qu. arrivait tous les jours ^<-pt<"U huit personnes, c.la devirnJio,, .... peu roùteux .. Mais enhii qu onl-ils dil de ma propriélé?... lU en ont fait des compliments, j e^p'-re !
— Eh! mon Dieu! dil madame l.aminelle. est-ce que le monde ne trouve pas toujour% a critiquer' Les Dup<jnt ont préuiidu que c'était dans une position triste. <;t les Moniricbet ont du que I oo devait y être abimC de poussière!
II. Pavillon se frappe sur la cuisse avec dépit, en «'•'rrisnt :
f.rr ; :••
MtuJk di' ina pruprielé, et voila tout'
— El votre voyage.
mon ami, a-l-il été heureux?
— Mon voyage . mais oui... A propos, j ai fait une reuconlrs sur le bateau à vapeur. . Pillard
Vous .«avez bien .
PifTard... mon ami in* lime. je lai trouvé là, mais je ne sais pas c« qu il avait!
Il était d'une irislesse elTrayani*'... je l'ai cru malade. . Je l'ai questionne, il m'a répondu d une façoa iiicohiTente... c'est au point que j'en ai été effraye . Enfln il m'a dit qu il était perdu ..
je l'ai assommé de questions : il a refusé de luen dire davantage...
Puis en quillani le bateau a vapeur je l'ai perdu de vue. et il m'a été impossible de le retrouver dans Melun.
— C'est assez singulier, dil madamo Pavillon ; de notre côté, nons avons reçu la visite de madame Piflard.
— Ah ! diable, et vous a-i-elle parlé de son mari?
— Non, nous lui en avons demandé des
nouvelles, ignorant que tu lavais renronirt'; elle sesl bomé« à nous dire qii il elait en voyage...
Mais elle paraissait préoccupée... il elail facile de voir qu'elle avait quelque chose : n est-ce pas. Ilorlense?
— Oh: certainement, dil madame I-t: ; luejeluiai demande si elle avait mal aux liens, el . ' repondu assez sèchement quelle ne connaissail p<-
— Je l'avais, par politesse, engagi^e h diner, mais henreusemeni elle a refuse, elle esl partie as.se/. brusquement. Ah! elle nous a demandé si son mari t'avait «Hril ..
C'est alor. que levant, pnor 1» pr.n,icrc foi., le» yeux .„r «>» .mi. il remarque sa iristesac.
et que veut-elle donc qu il ait 4 — Puis eu .' en allant elle nous a dit mcore.
— Voila qui est forl divlo in'eeriro.
Si vous recevez des nouvelles de M. Piffard, ayez la complaisance de me le l'aire savoir. Et je lui ai répondu :
— Il est bien probable, madame, que votre mari vous écrira plutôt qu'à nous.
— Tout cela n'est pas clair!... que diable peut-il être arrivé aux Piffard, à ce ménage de tourtereaux qui depuis cinq ans nageait dans une lune de miel conlinuelle!... C'est irès-singulier, et je voudrais bien découvrir ce mystère, car certainement il y en a un.
Après s'être occupé encore quelque temps de son ami Piffard, M. Pavillon va se reposer avec délices dans sa nouvelle propriété; il voudrait voir à la
fois son bois, son kios- •
que , son potager; mais, se sentant trèsfatigué, il prend le parti de ne rien voir et de se tenir tranquille. Ce jour-là, îheureusement, il ne lui arrive pas d'amis de Paris.
Quelques semaines s'écoulent; les visites ont été fréquentes; on a presque tenu table ouverte chez M. Pavillon, ce qui n'amuse pas du tout les dames.
Mais aussi M. Pavillon a pu faire le grand propriétaire, et jouir de sa salle à manger, dans laquelle on peut tenir vingt personnes sans se gêner.
Un malin , cependant, en visitant son cellier, le maître du logis s'aperçoit que son vinQliminue rapidement, effet naturel du nombre prodigieux de gens qu'il traite; puis en fouillant à son secrétaire, il s'aperçoit aussi que sa caisse va comme son vin, et il se dit :
— Hum... il faut pourtant s'arrêter, cela deviendrait trop onéreux.
Un dimanche, en visitant sa maison, il découvre mille réparations à faire: le rezde-chaussée est humide, le papier y moisit; au premier, les plafonds ont des crevasses; au second, le
Eli bieu ! ma cliéi'e sœur, ce sera tri's-simiile, qnasd il pleuvra on enlèvera le gazon.
— Pourquoi... Eh parbleul parce que j'en ai trop maintenant, pour pouvoir les soigner tous.
Quand je n'av?is qu'un petit jardin et une trentaine d'arbres, je les connaissais sur le bout de mon doigt. . Je les savais par cœur depuis le haut jusqu'en bas et j'aurais bien défié que sur un seul d'entre eux on trouvât une branche morte. Mais maintenant que j'en ai plus de trois cents, il m'est impossible d'e les bien connaître!... Je n'ai pas le temps de voir toutes mes richesses, c'est irèsfàcheux!
Et M. Pavillon s'en va assez tristement faire un tour dans ses allées en se disant :
— Depuis que j'ai cette grande maison, où je me promettais
tant de plaisir, le fait est que moi et ma femme nous nous éreintons, nous nous donnons des courbatures en voulant tout faire, et nous ne prenons jamais un moment de repos, d'agrément.
J'ai un petit bois, je n'ai pas env.»ore eu le temps d'aller m'y promener ; j'ai u n kiosque, je ne me suis pas encore assis dedans...
J'ai de superbes arbres, rares, curieux...
je ne les connais pas...
je ne les voisjamais...
D'après cela, quand on a un parc, il est bien probable qu'il y a des endroits de sa propriété oii l'on ne va jamais... et quand on a un immense jardin, ce n'est pas pour soi, c'est pour son jardinier, ou les personnes qui viennent pour vous voir.
Je commence à trouver que tout cela est fort bétel
Pendant que monsieur Pavillon se livrait à ses réflexions, sa femme lui apporte des mémoires qui viennent d'être envoyés de Paris. Celui du tapissier se monte assez haut, parce qu'il faut nécessairement beaucoup de meubles pour meubler une grande maison. Monsieur Pavillon fait une nouvelle grimace, et sa femme lui dit :
vent a endommagé la toiture. M. Pavillon fait une légère grimace, puis il va se promener dans son jardin.
La plupart de ses légumes ont séché sur pied, et cependant sa femme lui présente le mémoire du jardinier qui a Iravailliî chez eux ; les arbres, qui paraissaient couverts de fruits, en perdent tous les jours, parce qu'ils ne sont pas soignés, visités, échenillés.
— Nous avions de si beaux fruits dans la petite maison, mon papa, dit le petit César, pourquoi donc tombent-ils ici?
— Mon fils, c'est que ces arbre.s-là no sont pas nettoyés, tailli-s comme ceux de notre ancien jardin.
papa?
Et pourquoi n'as-tu pas soin de ceux-ci comme des autre
— Cependant, mon
ami, nous n'avons pas
encore tout ce qu'il
faut ici.
Les appartements du has et nos chambres du haut sont meublés,
mais il n'y a encore rien dans les chambres d'amis; tu sais bien
que nous n'avions pas encore décidé quel genre de meubles nous
y mettrions.
— Oh ! ma foi, rien ne presse, répond le propriétaire que la vue du mémoire de son tapissier a rendu tout morose.
Les amis!... les amis... au total je no vois pas pourquoi je les coucherais... C'est bien assez de les nourrir.
Tenez, ma chère amie, je commence à m'apercevoir que co n'est pMS tout pnilit d'avoir une grande maison. Nous avofis un p(jt,i;;rr. . jo pcus.iis ([u'il nous fournirait des légumes toute l'année, ri nous n'i'ii avons tiré encore qu'une ou deux salades bien vertes... et des pois qui auraient pu servir déballes pour dos pistolets.
MON AMI PIFKAf«n.
— Mnii nini, rVsl ([iio non» nf snvoiH pfl« rv pore liidii soiciior IdUl C' la, il iiiius rnuilnill un juriliiiicr a ronnco.
— A rniiiirt;! mcrrli. . ce serait uno aiilro licoiiuiiiiu... Kiiflii il n'y n |i!isjus(|ir;i vus pûiil>'s...
Voiii< nvf*z voulu nvoird(><i iiduIar. en mo ili<nnl : — C'psI clinrmniii. [inrm ijunn n ilns iruf^ loul frniB .. r,'o*i fiirl npn'-nlilc pnur --riii ili'jctiiii'r . CoMiinn J'aiuio ossex Im (ouN ii lo ro(|ii(.-. j ai dil : AiIicIdIimIis iiouli'S.
Vous on ove/. eu lopt ot un coq : tout fîcl.i ù Irni^ frnnct l'un dans l'aiilro.
— Mon aujl, les poules sorii hors do [irix relie annt'o.
— C'est donc! \iii),'l (|ii.iiie fr.uics. I'lu< (|iiamilt'-('in(| francs poiirn\nir fait faire un puolaillcr neuf; l'ancien était en ruine, Pins, pour premiers frais da\oine... de nourriture. cin(| francs, total, soi.vantequalnrzc francs... etjusiprà présent nous avons eu trois (iMifs.. il me semble rpiils nous reviennent un peu cher!... à ce pri\-l:i une onioleiie serait un plat do luxe quo los princes seuls pourraient se pcrmellre.
— Mon ami. mai» nous aurons d'autres œufs... les poules en feront, il faut leur laisser le temps de s'acclimater.
— Pesio, depuis deux mois bientôt que nous les avons, elles so'it longtemps à s'acclimater. Vous avez aussi voulu des lajiiiis, en ni'assurant (pie c'i'iail une i-conoinie, parce (|ue cela man^'eait tous les restants... eu qui était u.ssez Inutile piiiscpie, |;ri'ice aux nombreuses visites quo nous recevons, nous n'avons jamais rien de reste.
Enfin, ma bonne amie, ditos-moidu moins si nom avons réussi de ce côté, car depuis (|iie je possède tant choses, je n'ai plus le temps de rien voir, et je n'ai pas été rendre visite n'ix lapins.
Madame P.ivilloTi fait un «este d impatience, ens'écriant :
— Kli mon Dieu ! si vous n'étiez pas si lonf? a parler, je vous aurai.' déjà appris ce qui est arrivé aux lapins. Mais quand vous vous niellez à narrer, vous allez... vous allez... vous n'en Unissez pas.
— Enfin, madame, ces lapins?. .
— Eli bien! monsieur, il parait que leur tonne;ni avait un. trou en dessous... ou (pi'ils en nui f.iil un... Mais ce qii il y a decerl;iiii, c'est que ce malin, au lieu «le douze, je n'en ai plus trouvé (pi'un.. Ees autres se seront sauves.
— C'est gentil !... c'est ap:réablol... onze lapins de perdus.
— On les retrouvera, monsieur. Ln jardin est rios de murs partout; ils ne peuvent ùtre, soriis de notre propriété. On b^ur donnera la cbasse. Vous achèterez un chien.
— .\h ! oui, une chasse dans le jardin... il ne manquerait plus que cela...
En ce moment le bruit de la sonnelto se f.iit entendre à la grande porte, puis à la porte du bois, puis à cellw du sentier.
— Ah! mon Dieu! qu'est-ce (pio c'est que cela?»'écrio madame Pavillon ; on vient chez lums par Ions les côtés.
— On dirait qu'on a voulu nous cerner. Allons, Félicie , César, Angélique... allez voir... allez.