P. DE K
y» MON AMI PIFFARD
Cependant monsieur Guiguy veut courir au-devant de sa femme ; au moment où elle entre dans le salon, il s'élance vers elle en lui criant :
— Ma chère amie, je t'ai pardonné... embrassons-nous, et ne parlons jamais du passé !...
Mais la jeune personne repousse son mari avec assez de dignité, en lui disant :
— Un moment, monsieur ; je ne veux pas que l'on me pardonne, moi, car je né suis pas coupable ! Je ne suis revenue que parce que je puis maintenant prouver mon innocence !
— Son innocence ! disent tous les gens de la noce.
— Mais, ma bonne amie, ce n'est plus la peine! reprend Guiguy ; encore une fois ne parlons plus de ça...
— Oh ! si, monsieur ; mon affront a été public, il faut que la réparation le soit aussi.
« Voilà madame Piffard que j'ai ramenée, c'est par elle que l'on saura la vérité.
Madame Piffard, qui est auprès de la mariée, semble alors fort embarrassée et ne savoir comment s'expliquer ; mais la nouvelle épousée s'empresse de reprendre la parole :
— Madame Piffard, pendant que je travaillais chez vous, vous me montriez beaucoup d'amitié, et moi je vous contais tous mes petits secrets. Ne vous ai-je pas conté que je m'amusais aux dépens de monsieur Galoubet le pharmacien, qui me demandait toujours des rendez-vous ?
— Oui, c'est la vérité, dit madame Piffard d'une voix émue.
— Ne vous ai-je pas dit que, pour me moquer de ce jeune homme, je lui avais donné un rendezvous pour la nuit, la veille de la Saint-Jean ;
ce qu'il en était 99
rendez-vous auquel je n'avais nullement l'intention d'aller ?...
— Vous y avez été pourtant, mademoiselle ! s'écrie Piffard.
— Eh ! non, monsieur, je n'y suis point allée ! C'est madame Piffard qui s'y est rendue à ma place, afin, me dit-elle, de donner une bonne leçon au séducteur.
— C'était ma femme !... s'écrie Piffard. Toute la compagnie se met à rire, et madame
Piffard reprend d'une voix émue et en baissant les yeux :
— Oui, monsieur, c'était moi qui voulais sermonner vertement monsieur Galoubet. Je me gardai bien de vous dire que c'était moi, afin de savoir jusqu'où vous pousseriez la trahison.
Piffard est confondu ; la famille Pavillon fait une foule de réflexions, et madame Laminette semble croire que madame Piffard elle-même ne savait pas que son mari avait pris la place du jeune pharmacien, et qu'elle n'était pas venue là dans l'intention de tancer le séducteur.
Mais monsieur Guiguy est au comble du bonheur ; il prend sa femme dans ses bras, il la porte en triomphe dans toute la maison ; il voudrait la promener dans Vincennes et dans le fort, la montrer à toute la garnison ; et ce n'est pas sans peine que l'on parvient à le calmer et à lui faire reposer sa femme à terre.
Bientôt la danse recommence, on saute de plus belle, la gaieté est revenue plus vive, plus bruyante encore qu'auparavant, et la noce du pâtissier se célèbre avec toute la gaieté et toutes les folies d'usage.
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On redouble de petits soins, de galanterie près de la mariée ; car c'est à qui lui témoignera le plus d'amitiés, pour lui faire oublier l'événement qui a eu lieu.
Quant à Piffard, on ne fait plus attention à lui, et il est allé prendre le bra6 de sa femme en lui disant :
— Ma chère amie, puisque tu savais que je n'avais été coupable qu'en idée... pourquoi donc ne pas me le dire quand je t'ai écrit que je t'avais trahie ?
— Parce que je voulais vous punir, monsieur ! 6'écrie madame Piffard.
— Ah ! c'est juste ! répond Piffard, qui pourtant se gratte le front en disant à monsieur Pavillon qui est près de lui :
<( Mais... avec tout ça, mon épouse avait eu une singulière idée d'aller prendre la place de mademoiselle Laurette... car... enfin... si ce n'avait pas été moi... qu'est-ce qui serait arrivé ? »
Et monsieur Pavillon lui dit tout bas à l'oreille :
— Mon cher ami, je ne sais pas ce qui serait arrivé, mais sois bien persuadé d'une chose : c'est que ta femme ne te l'aurait pas dit... et elle aurait eu raison !
A dater de cette époque, monsieur et madame Piffard firent de nouveau un excellent ménage.
La famille Pavillon se trouva très heureuse dans sa belle maison de campagne, après toutefois avoir fait condamner deux portes d'entrée, parce qu'en n'en gardant qu'une, on savait du moins où il fallait ouvrir quand on sonnait.