ACTE III, SCÈNE V
MADELEINE
C'est très mauvais, ça, madame; il faut le secouer.
MADAME ROUCHER
Oh! j'ai essayé!... Il entr'ouvre un œil vague, il dit : « Oui, oui, oui, » et il retombe.
MADELEINE
Ne vous désolez pas, madame! ça passera.
MADAME ROUCHER
Mais non, je sens bien que non... je m'y connais, en hommes!... Celui-là est touché, il ne se relèvera pas.
MADELEINE
Avec vous, madame, oh! je suis tranquille! Vous le remonterez, et, alors, à vous deux vous arriverez aux plus hautes destinées.
MADAME ROUCHER
Mais c'est ce qui vous trompe! Ne croyez pas ça!... Cette histoire va faire un scandale épouvantable. Il y a déjà une note dans un journal
du matin. (Elle cherche dans son réiicule.) Tenez, VOyez...
« Fiançailles présidentielles. .. entre un jeune député à monocle et à barbe blonde, d'ailleurs
marié, et la veuve inconsolable d'un ancien directeur du char de l'État, M"* Théodule R... » Ça y est: Théodule!... En toutes lettres!... On n'a pas idée aussi de s'appeler Théodule!
MADELEINE
Ça, évidemment, c'est un peu voyant, et le président aurait pu prévoir...
MADAME ROUCHER
C'est effrayant, n'est-ce pas, c'est effrayant! Et ce n'est que le commencement! Vous pensez! Des personnages en vue comme votre mari et comme moi! Quelle pâture offerte à la malignité publique! Nous allons avoir à nos trousses tous les chansonniers de Montmartre!
MADELEINE
Je croyais que c'était de la bonne réclame.
MADAME ROUCHER
Ne vous moquez pas... C'est effrayant!... Avec une histoire comme celle-là, surtout quand on saura les détails, la carrière de votre mari est perdue... Nous serons tous ridicules.
MADELEINE, souriante.
Pas moi, madame !