ACTE I, SCÈNE VII
même pas où les prendre! Une journée où tout allait si bien ! Le ministère a des ennuis par-dessus la tête avec cette grève des marchands de vin ! Une autre affaire excellente pour moi : M"® Théodule Roucher, qui, depuis sa présidence, a gardé les meilleures relations avec la haute aristocratie, m'avait signalé hier soir que la princesse de Rastignac, très gênée en ce moment, voulait se défaire d'un Rubens admirable : la Vierge aux orties. J'ai couru ce matin chez la princesse. Elle laisserait son Rubens aux Protecteurs du Louvre pour quatre-vingt mille francs. C'est donné. Je n'ai offert que soixante-quinze mille, pour la forme, mais je suis très décidé à lâcher les cinq miUe demain matin, et vous voyez cette note dans les journaux du soir : € M. Didier-Morel, le sympathique député, président des Protecteurs du Louvre, rapporteur, etc., etc.. vient de doter encore le Louvre, etc., etc.. » Quel coup de publicité! Et il faut que votre cousin, ce petit imbécile qui n'a aucune espèce de talent...
VERDIER
Vous êtes injuste pour d'Allonne ; il a beaucoup de talent.
44 MONAMITEDDY
DIDIER-MOREL
Parce que nous sommes un peuple de chansonniers et de caricaturistes! Moi, j'ai horreur des caricatures!... Vous verrez qu'il fera ma tête un de ces jours.
MADELEINE
Mais non, il a trop d'amitié pour moi, pour nous, n'est-ce pas, papa?
VERDIER
Peuh!
DIDIER-MOREL
Vous voyez, votre père est de mon avis... Il me fera... Ça, j'en suis sûr! Je le sens qui me guette, qui suit mes gestes! Dès que ce gamin de Paris entre chez moi, je n'ai plus aucun naturel, je n'ose plus dire que des choses banales... Je finirai par le foutre à la porte.