ACTE 1, SCÈNE VUI
effet; mais je n'admets pas que l'on touche à certaines personnes.
MADAME ROUCHER
Mais, voyons, mon cher... ce dessin est un des plus amusants que je connaisse...
DIDIER-MOREL
Vraiment, vous trouvez, sans plaisanterie?
MADAME ROUCHER
Comment! mais... je suis toujours sincère... c'est ma qualité. Vous ne trouvez pas que c'est tout à fait moi?
DIDIER-MOREL
Oui, il y a quelque chose... En y réfléchissant, ce n'est pas mal.
MADAME ROUCHER
L'homme qui a fait cela est un grand artiste.
C'est notre cousin.
MADAME ROUCHER
Mes compliments... Et il n*a pas encore fait votre tête?
DIDIER-MOREL
Non, il n'a pas osé, sans doute. Je l'intimide tellement, ce petit.
MADAME ROUCHER
Mettez-le à son aise. Et suppliez-le, au besoin! Ce serait excellent pour vous en ce moment. Vous ne faites pas assez parler de vous, mon cher député ! Vous n'avez pas le sens de la popularité. (Se tournant vers Madeleine qui cause avec Verdier.)
Vous permettez, ma chère petite, que je donne quelques conseils à M. Didier-Morel?
MADELEINE, ironique.
Je vous en prie, madame.
MADAME ROUCHER
Ce sont les conseils d'une femme d'expérience.. . La popularité par l'image : voilà le grand secret pour réussir. Et l'image, aujourd'hui, c'est la caricature. Je l'ai assez dit à mon pauvre président, qui avait la manie d'être représenté chaque année aux deux Salons, à l'huile et en pied, je le lui ai assez dit! Tous ces grands portraits, c'est de la pose perdue! En France, un homme n'arrive à être vraiment pris au sérieux qu'à force d'être blagué, caricaturé, chansonné.