‹ Mon art du chantChapitre 11 sur 52 · V. page · texte numérisé non relu

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maître doit constamment examiner l'élève, se rendre exactement compte de ses sensations vocales et les confronter avec les causes physiologiques.

Les sensations vocales, pour être correctes, doivent concorder avec celles que je décris ici, car j'en ai approfondi les causes physiologiques et elles concordent avec leurs effets. D'ailleurs mes élèves sont unanimes à reconnaître, — parfois après bien des mois, — l'exactitude de mes explications, qui leur ont appris à mieux ressentir les phénomènes physiologiques. Résultat qui ne s'obtient qu'à la longue, certes, car il faut avoir pris conscience de ses défauts et de ses sensations, or c'est très difficile en raison des défauts eux-mêmes et des mauvaises positions des organes. Les fausses sensations vocales, autrement dit les idées incertaines et inexactes sur les phénomènes physiologiques, ne se laissent pas tout de suite

détruire. Beaucoup de temps se passe avant que l'esprit se représente clairement ce dont il s'agit, et c'est seulement après cela que se manifesteront le savoir et les progrès. Le professeur doit répéter à l'élève l'explication des phénomènes physiologiques, et l'élève à chaque incertitude et hésitation doit avoir recours au professeur, jusqu'à ce que la conscience nette des sensations vocales soit immuablement établie en la pensée de l'élève, c'est à dire soit devenue une habitude.

Entre cent chanteurs, à peine en trouverait-on un, dont certains sons répondent à toutes les exigences, Et entre mille auditeurs et professeurs, même des artistes, à peine y en a-t-il un qui sache entendre.

Je reconnais que des sons presque parfaits sont quelquefois obtenus, généralement en toute inconscience, par de jeunes chanteurs, surtout des commençants, et que l'effet produit peut être assez grand. Le professeur estime que c'est bon, le public aussi; mais bien peu de gens, même de chanteurs, comprennent pourquoi, car bien peu connaissent les conditions d'un son parfait. C'est le don naturel de ces commençants, joint à la finesse de leur oreille, qui par hasard les fait tomber juste, alors qu'ils ignorent les causes et ne les cherchent point.

On me répondra qu'il suffit d'obtenir de bons sons chantés, fût-ce inconsciemment. Mais cela n'est pas sûr: Le moindre empêchement, par suite de surmenage, malaise ou manque d'habitude, peut priver l'instinctif de tous ses moyens, ou l'incommoder gravement. Un recours dans cette détresse, comment l'espérer, en toute ignorance des causes? On s'en tire comme on peut. Alors intervient la prétendue individualité, prétexte de tant de choses mauvaises infligées à l'art et au public.

Le phénomène est si complexe, qu'il ne faut point s'étonner. Peu de professeurs ont fait des études approfondies, et souvent ils ne chantent même pas, ou chantent mal; ils ne peuvent donc ni décrire les sensations vocales ni les vérifier sur leurs élèves. Or la théorie toute seule n'a aucune valeur.

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