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DES ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES DU CHANTEUR

La science a expliqué tous les accidents des organes vocaux dans leurs fonctions principales, et il ne manque point de méthodes de chant basées sur la physiologie, la physique et la phonétique. Jusqu'à un certain point, sans doute, les explications scientifiques sont nécessaires au chanteur, tant qu'elles se bornent aux sensations vocales, pour éveiller la notion du phénomène et faire concevoir à l'esprit ce qui n'était que sensations inexpliquées ou expressions interprétées à faux, telles que: chanter à pleine voix, chanter clair, sombre, nasal, en avant, etc. Mais elles sont inutilisables, à moins d'enseignement pratique des sensations vocales par des chanteurs ayant fixé leur attention persistante sur ces sensations, et capables de les confronter avec la science.

Le chanteur s'épouvante habituellement du seul mot de «physiologie», mais uniquement parce qu'il ne conçoit pas ce qu'il en faudrait savoir au juste. Un peu lui suffirait et lui est nécessaire. Tout se résume comme suit: Les muscles du nez, en gonflant les narines, font que le palais souple s'élève ou s'aplatit et qu'en outre le voile se tire plus ou moins, en haut ou en bas, vers lesdits muscles du nez; la langue est susceptible de bien des positions différentes, le larynx s'abaisse pour la sonorité ou, monte et se rétrécit pour e et i; tous les muscles se contractent dans l'état d'activité, se relâchent dans l'état normal d'inaction; une continuelle gymnastique permettra, en vue de l'effort constant, de les rendre solides ainsi que de les conserver et employer élastiques; en outre il faut connaître l'exact fonctionnement des muscles du diaphragme, de la poitrine, du cou et du visage. Là se borne la physiologie des organes vocaux. L'un n'accomplit rien sans l'autre, tous doivent agir ensemble: si le moindre vient à manquer, le chant tout entier demeurera mauvais, sinon impossible.

La physiologie désigne en outre muscles, nerfs, tendons, ligaments et cartilages dont nous avons besoin pour chanter, mais que nous ne sentons pas séparément. Même de nos ligaments vocaux nous ne sentons rien. Cependant, d'après la tranquillité du son, l'expiration étant contrôlée, notre oreille vérifie leur bon fonctionnement. Leur surmenage, par poussée contre eux de souffle non contrôlé, entraînerait leur relâchement et les mettrait hors d'usage. Craindre aussi les fortes quintes de toux, le bavardage excessif ou les cris immédiatement après avoir chanté, car il en résulte la congestion des ligaments vocaux: le seul recours est dans la lente gymnastique musculaire de la langue et du larynx, la prononciation de

voyelles chantées en liaison avec des consonnes. La mise au repos des organes vocaux n'amènerait pas la guérison, ou peut-être seulement après des années (Voir Exercice ye-yi-you-ya-yu).

Un bon chanteur ne peut jamais perdre la voix. Des émotions, de Sorts rhumes peuvent momentanément porter atteinte à ses moyens vocaux ou les compromettre grièvement. Mais seuls ceux qui chantaient sans être conscients de leurs organes ont lieu de s'inquiéter; ceux qui savent s'en tireront toujours plus ou moins facilement, et par la gymnastique vocale seront sûrs de remettre leur voix en bon état.

Ne fût-ce que pour cela, les chanteurs devraient chercher à acquérir la connaissance précise de leurs propres organes et des fonctions qu'ils accomplissent, au lieu de se faire brûler, couper et cautériser par un praticien qui ne sait pas. Qu'on laisse en paix le larynx et tout ce qui s'y rapporte d'une façon ou de l'autre, qu'on affermisse ses organes par une gymnastique vocale quotidienne, des habitudes d'hygiène et de sobriété; qu'on prenne garde aux refroidissements après le chant, ainsi qu'aux bavardages et à l'atmosphère des cafés!

Quiconque travaille le chant doit commencer ses exercices de bon matin et y consacrer sa journée. Il chantera par intervalles et sans abus, afin de se retrouver le lendemain frais et dispos, car le travail doit se poursuivre régulièrement. Mieux vaut chaque jour une heure, qu'aujourd'hui dix et demain aucune.

Que même le chanteur de carrière s'astreigne à faire ses exercices dès le matin, afin d'être sûr de ses moyens pour le soir. Souvent, le matin, on se trouve mal disposé; quelque malaise suffit à rendre difficile ou impossible de chanter: cela ne dépend pas toujours des organes vocaux, je crois même qu'ils sont rarement en cause. Tout peut avoir changé deux heures plus tard.

A ce sujet je me rappelle un cas frappant rencontré à New-York. Albert Niemann, notre célèbre ténor, devant chanter Lohengrin le soir, se plaignit à moi, le matin, d'un fort enrouement. Les dédits, en Amérique, coûtent beaucoup d'argent tant à l'artiste qu'à la direction; je lui conseillai d'attendre.

Niemann: Que fais-tu, en cas d'enrouement?

Moi: Je travaille, pour voir si cela peut aller.

Niemann: Soit. Mais qu'est-ce que tu fais?

Moi: De grandes gammes lentes.

Niemann: Même étant enrouée?

Moi: Si je veux ou dois chanter, c'est mon remède.

Niemann: Alors, comment les fais-tu? Montre moi.

LA GRANDE GAMME, REMÈDE INFAILLIBLE. (Voirp.53)

Je les lui indiquai: il les chanta, non sans jurer, et peu à peu son enrouement se dissipa; il évita le dédit, chanta le soir mieux que jamais et avec un succès magnifique. Moi-même, il y a quelques années, devant chanter la Norma à Vienne et me trouvant le matin complètement enrouée, j'eus recours à mon remède infaillible; mais je ne dépassais pas le la ft, alors qu'il me fallait le soir ut % et ré tf. Je fus sur le point de me résigner au dédit, le cas semblant désespéré. Pourtant je travaillai, par demi-heures, jusqu'à onze heures, et constatai que cela allait de mieux en mieux. Le soir j'avais l'ut $ et le ré % aigus à ma disposition, j'étais en excellent état; on prétendit m'avoir rarement entendue aussi bonne.

Je pourrais fournir d'innombrables exemples, tous d'accord sur ce point qu'on ne peut jamais savoir le matin comment on sera disposé le soir. Je n'aime guère, par exemple, être trop bien disposée le matin, parce que le contraire peut facilement survenir, ce qui est moins réjouissant. Si l'on ne voulait •chanter que bien disposé, il faudrait remettre 99 fois sur 100. Il faut bien connaître ses organes et savoir chanter, il faut faire tout ce qui doit nous maintenir dispos, et c'est surtout sur le calme des nerfs, les soins du corps, la gymnastique du corps, qu'il faut compter pour parer à toute éventualité. Avant tout, ne point négliger de faire chaque matin des exercices de chant bien appropriés, sur toute l'étendue vocale. C'est une erreur grave, à chasser pour toujours de sa pensée, que la gymnastique vocale fatigue le chanteur. Au contraire, elle rafraîchit et réconforte; grâce à elle on reste maître de ses organes. Or tel est le premier devoir de tout chanteur qui affronte le public.

Côtés de la langue soulevés

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