COMMENT J'UTILISE MON SOUEFLE
La presse formée par l'abdomen et la poitrine serait plus exactement désignée par le nom de soufflet, car les replis d'un soufflet renferment de l'air inerte comme les parties inférieures de nos poumons. Cette couche d'air située trop profondément, c'est seulement par le mécanisme automatique d'inspiration et expiration (c'est à dire, par les mouvements élastiques des poumons) qu'elle est mise en présence d'une seconde couche d'air, active, laquelle vient reposer sur la couche inerte. Au moyen de l'inspiration et l'expiration automatiques, la couche supérieure appelle en collaboration l'inférieure, et détermine des mouvements de continuelle ondulation. Cette instabilité ne nous permettrait pas de chanter, sans le recours à un procédé de réaction. Nous sommes alors obligés de combiner entre eux nos organes de la parole et de la voix, lesquels produiront un arrêt de cette mobilité. Ce n'est donc pas pour rien qu'en établissant le moule du son et de la parole, avant de faire entendre son et parole, on fait une pause, dont le but est de maîtriser l'air qui se meut en nous; d'ailleurs ce sera encore l'objet d'un contrôle spécial et surtout constant, après l'attaque du son et la décroissance de souffle qui en résulte.
Comme je le disais précédemment, nous inspirons et expirons sans cesse, et ce n'est que dans le moule de préparation momentanée et la pause de la parole ou du chant que s'arrête le jeu d'inspiration et expiration, une fois que tout est mis sous la dépendance de notre volonté, par intervention déterminée de nos organes de la parole et de la voix, et de leurs muscles. Aussi ne doit-on inspirer profondément ni dans la déclamation ni dans le chant, car l'excès d'air, faisant pression dans nos poumons, gêne leurs mouvements élastiques; nous pourrions bien nous en défaire dans la marche ou la course, mais non plus dans la déclamation ou le chant.
On se figurera le soufflet: la partie plate entre l'abdomen et la poitrine, la partie large en avant, la pointe vers l'arrière. Le levier supérieur, mû par le larynx, l'inférieur par le diaphragme, travailleront l'un contre l'autre pour que l'air contenu dans le soufflet soit chassé vers l'arrière: de là, s'écoulant par le larynx, il parviendra à ses destinations, dirigé par la langue et le palais.