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LE TOUT A L'EGOUT

SA NÉCESSITÉ ABSOLUE — LA CAMPAGNE DES VIDANGEURS — LA STATUE DE DURAND-CLAYE.

Depuis trois mois, les puissantes compagnies de vidange de Paris, qui possèdent un yéritable monopole, ont fait mener, dans une partie de la presse, une campagne vigoureuse contre le tout à Végout; cela ne leur portera pas bonheur, car l'opinion publique, un instant hésitante, est aujourd'hui enfin éclairée sur les bienfaits du tout à l'égout et sur les graves dangers, surtout en cas d'épidémies, du vieux système des fosses.

Aussi bien, puisque la lumière se fait et que le calme commence à renaître dans les esprits, c'est le moment de parler d'une question qui intéresse à un si haut point toute la population du département de la Seine.

Je vais commencer par poser nettement la question, pour qu'il n'y ait point d'erreur possible :

1" Il ne faut pas contaminer la Seine avec les eaux d'égout. C'est entendu, quoique les porteparoles des vidangeurs aient bien exagéré cette contamination, dans un but facile à saisir. 11 suffit

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de visiter le grand égout collecteur lui-même pour en être convaincu.

2° Il faut que tous les habitants de Paris et de la banlieue aient de l'eau pure, de source, à boire. C'est encore entendu et tout le monde est d'accord sur ces deux points, qui n'ont rien à voir avec la solution normale et nécessaire du tout à l'égout.

On n'a pas fait Paris en un jour, et si l'on avait apporté un peu plus de bonne foi dans la discussion, on aurait avoué que le gouvernement et la Ville travaillent activement à ce double résultat.

En effet, les travaux d'adduction de l'Avre et de la Vigne sont fort avancés, l'aqueduc de Saint- Cloud, sur la Seine, est terminé, et de ce chef les Parisiens vont bientôt avoir une excellente eau de source qui viendra se joindre à ses aînées. De plus, on étudie les moyens d'amener à Paris d'autres sources : le Loing, le Lunain et même une partie des eaux du lac de Genève. Je ferai remarquer, en passant, que si nous allons avoir l'eau de l'Avre et de la Vigne à Paris, c'est en grande partie gi'âce à l'énergie et à la ténacité de M. Yves Guyot, alors ministre des Travaux publics, que nous le devons.

Enfin la question du tout à l'égout et de la salubrité de la Seine est étudiée et en partie résolue, avec non moins d'esprit de suite, par les ingénieurs de l'administration, attendu que les

travaux du pont de Colombes-Argenteuil, destiné à l'adduction des eaux d'égout de Paris à Achères, sont fort avancés et que le jour n'est pas loin où les plaines stériles d'Achères seront enrichies et transformées par les eaux d'égout de Paris ; un beau boulevard va réunir Colombes à Argenteuil et le grand canal des eaux d'égout sera installé sous ce boulevard.

Comme on le voit, la double solution des eaux de sources pures amenées à Paris et des eaux d'égout conduites à Achères, après Gennevilliers, en dehors de la Seine, est donc bien près d'être en partie un fait accomph. Voilà ce que l'on ne dit pas et ce qu'il faut savoir, car cela vaudrait mieux que de monter la tête aux habitants de la banlieue pour la seule fortune des vidangeurs; là, comme dans toutes les autres questions d'ailleurs, les intérêts de Paris et de la banlieue sont absoment connexes et identiques.

Ce serait encore demi-mal si ces mêmes vidangeurs ne faisaient pas courir les plus graves dangers à la santé publique, en voulant maintenir quand même l'antique procédé des fosses dans nos caves.

Depuis le commencement de l'année, je me suis livré à une longue et minutieuse enquête sur le tout à l'égout et j'en appelle aujourd'hui à tous

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les ingénieurs, chimistes, hygiénistes et docteurs de bonne foi, je suis bien convaincu que sur le terrain scientifique pas un ne démentira les lignes suivantes :

Allez à n'importe quel jour de l'année — parles temps d'humidité, c'est effrayant — sur les hauteurs de Saint-Cloud ou de Montmartre, vous verrez Paris écrasé par une calotte épaisse et intense de vapeurs, de brouillards.

Prenez ces vapeurs et analysez-les, vous verrez qu'elles renferment le germe de toutes les épidémies en cours, de toutes les pestilences et qu'elles sont un manteau sinistre qui recouvre Paris comme un drap mortuaire.

Pourquoi? C'est bien simple, vous n'avez qu'à me suivre le jour et surtout la nuit sur le toit des maisons, où j'ai failli vingt fois me rompre le cou pour mener à bien mon enquête, car je n'ai pas un goût très développé pour les exercices dangereux des pompiers.

Eh bien, vous verrez et surtout vous sentirez au-dessus de chaque maison qui possède le vieux système des fosses, à la hauteur des cheminées, un ou plusieurs tuysLUx d'appel descendant dans les fosses et empoisonnant tout Vair de la capitale.

Dans les vieux quartiers, il y a des centaines de toits où il serait impossible de rester dix minutes

sans tomber asphyxié et cependant on est en plein air, au dessus des maisons, à la hauteur d'un septième étage, en général.

Voilà ce que produisent les fosses, c'est-à-dire qu'elles jettent nuit et jour des milliards de miasmes, de microbes , d'agents mortels dans l'atmosphère de Paris, qu'elles rendent infecte et insupportable et c'est miracle , en vérité , que Paris ne soit pas plus malsain, avec un pareil système, à peine digne du Moyen-Age.

Quel est le remède à cet état de choses? Il n'y en a qu'un, qu'un seul, vous entendez bien, c'est le tout à Végout, complet, parfaitement organisé, sans restriction, car avec lui celte atmosphère délétère n'existe plus.

— Mais c'est la disparition des vidangeurs.

— Ça m'est égal, j'aime mieux cela que le choléra ou la fièvre typhoïde en permanence à Paris.

Qu'on nous amène assez d'eau de source pour la consommation de Paris et du département, oui, qu'on trouve autour de Paris assez de terrains d'épandage, ce qui est facile d'ailleurs, pour ne pas contaminer la Seine, oui encore; mais pour l'amour de Dieu, qu'on ne continue pas à nous empoisonner avec les fosses d'aisances.

On a parlé d'un canal coûteux pour conduire

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les eaux d'égout à la mer, c'est encore une mauvaise plaisanterie des vidangeurs; les terrains pauvres, les plaines relativement arides ne manquent pas aux environs de Paris, qui seront fort heureux d'être transformés par ces matières fertilisantes.

— Mais vous allez empoisonner la province, répliquent les vidangeurs.

— Allons donc, est-ce que cet engrais dilué est plus dangereux que le fumier et que le noir animal, plus ou moins en putréfaction encore, que l'on répand sur les champs? Et ne savez-vous pas que l'on peut facilement aujourd'hui stérihser et rendre inoffensives les eaux d'égout avec l'électricité et cela à bon marché?

Pour achever de purifier complètement la Seine, ce n'est pas un égout latéral à la mer qu'il faudrait faire, mais bien Paris port de mer; cela ne coûterait pas si cher, serait infiniment plus utile à notre commerce et, au fur et à mesure que la Seine serait approfondie jusqu'à 8 et même 9 mètres dans l'avenir, elle entraînerait toutes les matières organiques et serait toujours pure.

Mais voilà, c'est trop simple et puis Paris-Portde-Mer serait la sécurité et la prospérité de Paris, de la France entière et c'est pour cela, sans doute, que l'on n'en veut pas.

Si donc nous venons de passer, cet été, l'épidémie cholérique sans trop de mal, c'est parce que le tout à l'égout commence à fonctionner et l'on peut dire hautement, sans crainte de se tromper, que ce grand ingénieur, que cet innovateur de génie, que cet illustre collaborateur d'Alphand, que M. Durand-Claye, en un mot, a été le bienfaiteur de Paris et a bien mérité de la grande cité.

Un comité s'était formé pour lui élever une statue; ce comité, devant les criailleries des vidangeurs, fait le mort; il a tort, qu'il se montre, qu'il recueille des souscriptions. Pour nous, au Premier arrondisseinentj nous sommes prêts à lui prêter notre appui, à ouvrir nos colonnes à cette souscription pour élever à Durand-Claye une statue digne de lui, avec, au-dessous, comme

inscription :

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