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LES PARISIENS RECONNAISSANTS

SON VOTE DÉFINITIF PAR LE CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS ET LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS — TRIOMPHE DE LA SCIENCE, DE l'HYGIÈNE ET DU BON SENS SUR LES VIDANGEURS.

La question est enfin élucidée et jugée et il

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paraîtrait oiseux d'y revenir s'il n'était pas intéressant de préciser encore quelques points douteux dans l'esprit d'un certain nombre de nos lecteurs. Et puis, le Premier arroiidissement a bien le droit d'être satisfait d'avoir été l'un des premiers à démasquer la campagne des vidangeurs et des tripoteurs d'affaires, qui en tenaient absolument pour le canal du tout à la mer.

On a accusé la Ville et l'Administration de marcher avec une extrême lenteur et il s'est même trouvé, à la Chambre, un député qui, gardant courageusement l'anonyme , a interrompu le représentant du gouvernement pour lui crier : a Oui, dans quarante ans ».

Je n'ai pas une admiration bien profonde pour les lenteurs administratives et pour toute la paperasserie ofticielle; cependant, il faut bien reconnaître que le reproche, cette fois, n'est pas aussi justifié qu'on voudrait le faire croire. Si l'application définitive et complète de l'admirable plan de Durand-Claye ne s'est point faite en un jour, si elle demande quelques années et non pas quarante ans, il ne faut pas oubher les résistances irréductibles que l'on a trouvées, en province, toutes les fois que l'on a voulu capter une source ou une partie seulement du débit d'une rivière : témoins les campagnes si ardentes menées par les riverains contre l'adduction de la Vigne et de l'Avre.

Il ne faut pas oublier que l'argent, le plus souvent, a fait défaut, et que l'on a été obligé d'attendre de nouveaux crédits, de nouvelles sommes disponibles.

Enfin, il ne faut pas oublier que l'on a déjà beaucoup fait ces dernières années dans cet ordre d'idées.

Est-ce que les merveilleux réservoirs de la Vanne à Monlrouge, établis sur les catacombes ne sont pas là, excitant l'admiration de tous les ingénieurs quiles visitent ? Est-ce que le Châteaud'Eau de Montmartre ne fonctionne pas régulièrement ? Est-ce que les travaux d'adduction de l'Avre et de la Vigne ne sont pas à la veille d'être terminés, comme je le faisais remarquer plus haut? Est-ce qu'il ne va pas en être de même pour les travaux d'adduction des eaux d'égoût dans la plaine d'Achères ?

Je ne veux pas dire par là qu'il faille s'endormir, que tout soit terminé, loin de moi une pareille pensée ; je crois au contraire que, forte des 299 voix de la Chambre, l'administration doit tout faire pour achever promptemenl le plein fonctionnement du tout à l'égoùt, mais je dis qu'il y a injustice à nier tout ce qui a été fait dans les

dernières années. •

Les porte -paroles des vidangeurs insistent

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fortement sur les dangers de l'épandage sur des terrains déterminés et trouvent tout naturel d'aller chercher à grands frais du guano en Amérique, pour fumer nos terres.

J'avoue que je ne comprends pas du tout cette différence subtile, car enfin je suppose que les microbes existent dans tous les modes de fumiers possibles, lorsqu'il s'agit de matières organiques et si l'on ne voulait pas nier de parti pris l'évidence, on n'aurait qu'à consulter les chimistes et les hygiénistes, qu'à lire le discours du préfet de la Seine, en séance du Conseil municipal du vendredi 21 octobre 1892, pour savoir que les déjections, avec le tout à l'égout complet, ne seront que dans la proportion de 3/4 de mètre cube pour cent mètres cubes d'eau. Lorsqu'il en sera ainsi, la fumure du tout à l'égout sera encore infiniment plus inoffensive que les diverses fumures en usage. Or, comme à l'heure présente, sur 147.600 chutes, il n'y a encore que 34.679 tinettes filtrantes et 7.398 seulement allant directement à l'égout, on voit tout de suite que les adversaires du tout à l'égout l'attaquent de parti pris, sans se rendre un compte exact de son fonctionnement.

Il est démontré que ce mode d'engrais n'est pas dangereux, mais que bien au contraire la terre agit sur lui par une double et immédiate action qui consiste dans l'absorption des matières fertili-

santés et dans la filtration de l'eau. La démonstration en est faite à Genneviliiers, où les épidémies sont inconnues depuis l'application du système d'irrigation avec les eaux d'égout de Paris, où la population devient plus dense chaque jour, attirée par la richesse que charrient avec elles les eaux de Paris, où enfin les terrains ont passé de quelques centaines de francs à l'hectare à 10.000 et même souvent 20.000 francs.

Voilà des faits que tout le monde peut contrôler chaque jour et dont les vidangeurs se gardent bien de tenir compte.

Une partie de la banlieue a eu le choléra, cet été, elle l'a donné à Paris ; elle ferait beaucoup mieux, comme l'a si bien dit le préfet, de ne pas s'empoisonner elle-même et de ne pas nous empoisonner par action réflexe, avec ses puits ; elle ferait mieux d'avoir une voirie potable, car la saleté sans nom des rues et voies de communication, dans la banUeuc, est légendaire ; elle ferait bien mieux enfin de mener la campagne sage, honnête et pratique, cette fois, en faveur d'une représentation proportionnelle et suffisante au sein du Conseil général : alors, elle aurait une éhte d'hommes capables de défendre ses véritables intérêts, et elle ne deviendrait [dus la proie d'une poignée de vidangeurs aux abois.

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Il me reste à percer à jour une dernière manœuvre, de façon à ce que l'on sache bien à quoi s'en tenir sur sa valeur. Les députés de la vidange ont beaucoup parlé du canal à la mer, mais ils se sont bien gardés de dire que le canal serait un simple tuyau eh maçonnerie, souterrain et qu'il coûterait des centaines de miUions. Ils se sont bien gardés de dire qu'en privant ainsi les environs de Paris de l'épandage dans un rayon plus ou moins grand, 10 lieues si vous voulez, ils feraient perdre à la culture intensive, aux maraîchers el même à la grande culture des sommes qui ne tarderaient pas à se chiffrer, elles aussi, par des centaines de millions, que l'on peut et que l'on doit économiser sur les engrais que nous allons chercher à l'étranger. Ils se sont bien gardés d'ajouter surtout que le canal de Paris- Port-de-Mer, c'est-à-dire la Seine aménagée et approfondie jusqu'à la mer, était le moyen encore le plus simple de l'assainir définitivement. Ils auraient pu mettre des chiffres sous les yeux de leurs collègues et leur prouver que Paris-Portde-Mer coûterait infiniment moins cher que leur fameux conduit souterrain, lequel appauvrirait une partie de la France au point de vue des engrais, coûterait des sommes extravagantes et, en définitive, ne servirait à rien.

Ils se sont bien gardés de parler de tout cela,

d'élever le débat à la hauteur patriotique qu'il comportait, ils n'ont pas voulu donner la seule solution pratique et possible de l'assainissement de la Seine, en réclamant Paris-Port-de-Mer, parce qu'ils savent bien que ce canal serait pour nous un admirable instrument de lutte contre la concurrence anglaise.

Mais c'est égal, jusqu'à la dernière minute je voulais espérer qu'un homme de cœur se lèverait pour dire ces choses et cravacherait de sa rude éloquence et de son ardent amour du pays tous les vidangeurs anglo-saxons de tendance, qui pullulent en France. Cet homme ne s'est point trouvé. La solution du tout-à-l'égout a été heureusement résolue il est vrai ; mais les débats ont été étriqués, et Paris-Port-de-Mer, le mot magique pour l'avenir et la grandeur de la France, ce mot, qui est la terreur de l'anglais, n'a pas été prononcé. C'est là ce qui m'attriste profondément et me fait douter de l'énergie et du patriotisme de ceux qui devraient avoir pour mission de nous enseigner ces mâles vertus (1).

(1) Daus sa séance du mercredi 15 mars 1893, le Conseil municipal de Paris a voté par 60 voix sur 61 — le jésuite Odelin représente l'unité qui proteste — un emprunt de 116 millions pour l'exécution intégrale de l'assainissement de Paris, c'est-à-dire du tout à l'égout, avec tout l'ensemble de travaux que comporte le plan général.

On ne saurait trop louer le Oonseil municipal à propos de cette sage résolution.

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