‹ Mon berceauChapitre 38 sur 43 · CONSENTI AUCUNE RÉDUCTION SUR SES MÉ- MOIRES · texte numérisé non relu

CONSENTI AUCUNE RÉDUCTION SUR SES MÉ- MOIRES

On sait que lorsqu'un entrepreneur travaille pour un particulier, on lui règle son mémoire à 10, 15, 20 7o de rabais ; lorsqu'il travaille pour la Ville de Paris, ces rabais vont jusqu'à 50 °/o, surtout si l'on y trouve un peu de musique, suivant le terme consacré dans la bâtisse.

Là rien de semblable, car l'heureux constructeur a touché intégralement le prix des mémoires qu'il a daigné présenter à la Société anonyme des chalets de nécessité.

Celte dernière, trouvant la note un peu salée, a, pour l'acquitter, porté de cinq à dix centimes, ses

prix de location au public : vous voyez bien que c'est clair comme le jour et que la compagnie est plus à plaindre qu'à blâmer. Voilà du moins ce que les amis de la compagnie veulent bien raconter.

Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble que le conseiller municipal ancien camelot, directeur du plus grand bazar du monde et capitaliste vrai des chalets de nécessité, et le conseiller municipal, entrepreneur de travaux publics connu sous le nom d'enfant chéri de V administration, doivent se regarder comme deux augures et doivent bien rire dans l'intimité de la bonne farce qu'ils viennent de jouer au public, en lui faisant payer la différence.

Pensez donc : des chalets à 8 ou 10.000 francs pièce, ça monte vite et, en vérité, étant conseiller municipal, on serait bien bête de faire régler ses mémoires, quand le bon public est là pour solder

le tout.

Du reste, ces deux aimables édiles font la paire ; si le premier est arrivé camelot à Paris et finit dans la peau d'un millionnaire, le second, avec une bonhommie charmante, se plaît à raconter lui-même son histoire :

« — Je suis arrivé compagnon à Paris, ne parlant que l'auvergnat et ayant un pauvre

BUDGET, peu d'années après, entré au conseil municipal avec 10.000 francs de dettes et dix ouvriers sous mes ordres, aujourd'hui, moi aussi, je suis millionnaire, je possède des maisons dans tous les coins de Paris, je commande à 300 ouvriers, et que le diable m'emporte ! il me faudrait bien trois bons bougres de becs pour commander à toute cette vermine. »

La providence, dans sa bonté divine — je dis cela pour ceux à qui ça fait plaisir — ou le hasard, si vous aimez mieux, l'ont servi à souhait car la légende dit que l'enfant chéri de l'administration a trouvé, un beau matin, devant sa porte, les trois becs tant désirés. Il a de plus trouvé, fort à propos, un morceau de cimetière à acheter, ce qui est toujours une bonne fortune, car la terre y est excellente, et l'on assure qu'aujourd'hui son bonheur est sans mélange .

Et voilà pourquoi votre fille est muette. . . Non, pourquoi les chalets de nécessité sont à dix centimes et non plus à cinq ; et dire qu'il se trouve encore des gens grincheux pour regretter qu'il soit permis aux conseillers municipaux de se livrer à ces bons petits commerces, si lucratifs et si faciles sur le dos des contribuables.

— Quoi, il n'y aurait pas moyen de devenir millionnaire en trois ans ? qu'on le dise alors !

Maintenant ne me demandez pas dans quelles rues ou ruelles habitent ces messieurs, en voilà assez : vous finiriez par dire que je vous bassinais !

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