NOEL AUX MARAIS
Impressions de froid.
Aqueli Boumian van cerca lou maou de la more; pamen saboun pas se li canar vendran; se venoun, saboun pas se li veiran; se li vesoun, saboun pas se li tiraran; se li tiroun, saboun pas se li tuaran; se li tuoun, saboun pas se lis auran! (Paroles d’un roupillard de Camargue) (1).
C'était vers la Noël de 18...
J'avais, depuis peu, fait la connaissance de mon ami.
(1) Traduction : « Les Bohémiens vont chercher le mal de la mort...
Euryale (1) et nous avions décidé de clôturer nos chasses d'automne, avant son départ pour le Nord, par une station au marais. C'était le 24 décembre. Il faisait un froid très
rigoureux; mais un peu de glace ne nous effrayait pas et
nous primes nos dispositions pour un affût aux canards.
Dans le marais, deux postes furent choisis au milieu des eaux, là où quelques maigres tamaris devaient nous dissimuler un peu, grâce au crépuscule. Un cri de pru-
dence échangé nous renseigna sur nos positions respec-
tives, distantes de moins de cent mètres et nous atten-
dimes, appuyés plutôt qu'assis, sur un siège rustique, composé d’un pieu enfoncé dans la vase et surmonté d’une étroite planchette.
Le soleil avait disparu depuis un moment, un de ces soleils d'hiver qui longtemps avant leur déclin ne répan-
dent plus que de la lumière. Sa disparition avait assom-
‘bri peu à peu, jusqu’à l'obscurité complète, l'horizon ter-
et pourtant ils ne savent pas si les canards viendront; s'ils viennent, ils ne savent pas s'ils les verront; s'ils les voient, ils ne savent pas s'ils les tireront; s'ils les tirent, ils ne savent pas s'ils les tueront; s'ils les tuent, ils ne savent pas s'ils les auront. »
L'expression de Bohémiens appliquée aux affûteurs contient à la fois un sentiment de mépris pour celui qui se livre à une chasse aussi incertaine, et un sentiment d'admiration pour un acte d'énergie et d’endurance dont le roupillard se sent incapable. L'expression de roupillard, usitée en Camargue, à son équivalent dans le mot Zazsarone.
(1) Qui est Euryale? Télémaque vous le présentant comme un être bienfaisant et dévoué, l’auteur de Mon Carnet de chasse aura la modestie de ne pas trahir ce pseudonyme.
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restre autour de nous; mais devant nous, l’horizon du ciel s’illuminait d’une éclatante lueur semblable à un reflet d'incendie et nos regards, concentrés dans cette rouge clarté, cherchaïent si quelque point noir n apparaissait pas, grossissant comme par fantasmagorie Jusqu'à montrer à la portée de nos fusils une silhouette de canard.
Les bruits de la terre avaient pris fin avec celui des
clochettes d’un troupeau ramené à l’étable et celui des