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heurts d’un chariot en retard. Le vent, sifflant dans les roseaux en continuelle vibration, avait une plainte trop monotone pour ne pas créer cette accoutumance de loreille qui s’affranchit des bruits permanents. Rien ne pouvait gêner la perception du son le plus léger, fût-ce le bourdonnement d’un insecte crépusculaire ou le frôlement dans l’air de l’aile molle d’un oiseau nocturne ou le glis-
sement d’une loutre en quête de sa proie. Heure de si-
lence, de solitude et de trouble inquiet qui est un des charmes de l'affût!
Cependant notre espoir, qui d'abord avait grandi avec la dégradation des lueurs du crépuscule, finit par s’éteindre avec lui. On distinguait à peine les tamaris les plus
proches dentelant de leurs
ramures l’'aurou (1) affaibli * . du couchant. La vue et l’ouie découragées se fatiguaient d’une tension inutile. Le froid augmentait; le nez, les oreilles, les doigts ne nous
appartenaient plus. Et pas
un bruit, pas un mouvement décelant l'ombre d’un canard.
Pas un coup de fusil, proche ou lointain, d’affüteur heureux | ?) ri , ° , ° »
Cest un gros préjugé de croire que plus il fait froid,
plus on tue de canards! Rien de plus faux, en chasse, que
l'expression « un froid de canards ». En effet, dès que la
glace devient incassable pour leurs becs dans les marais
et les « baisses » d’eau, ces intelligents palmipèdes ga-
(1) Lueur rougeûtre ressemblant à celle de l'aurore.
gnent la mer où ils se nourrissent de petits poissons, : d'insectes et de plantes marines, renonçant momentanément aux succulentes châtaignes d’eau douce qui leur ont
si souvent fait tirer les marrons... de l’eau pour les chas-
La nuit était venue, envahissant le ciel troué déjà de
quelques étoiles. Euryale siffla. Ce cri laconique est la
sonnerie du départ pour le chasseur à l'affût. Cette fois pourtant, le sifflement fut suivi de ces mots : « Partons, Jai trop froid! » envoyés avec une intonation à la fois suppliante et impérieuse ne permettant pas d’hésiter. J'allai rejoindre mon camarade.
Parbleu! il avait raison; une de ses bottes buvait et le froid d’un pied s’accroît alors de la chaleur de l’autre. Je lui offris une gorgée de rhum, liqueur secourable, dont le nom semble à tort être la racine de rhume et de rhumatisme; puis pour lui réconforter le moral, je lui expliquai que le froid aux pieds, à jeun, était simplement désagréable, et en tous cas préférable au froid à la tête, froid de sensation étrange, que je venais d’éprouver pour la première fois, bien que j'eusse déniché pour la circonstance dans mon armoire de chasse une vieille casquette d’affüt qui avait vu bien des giboulées. Seulement elle n'avait plus sa doublure de bons cheveux épais que le peigne hersait autrefois avec difficulté. Ce retour dans
mes plus vieux souvenirs fut le salut pour mon crâne