‹ Mon carnet de chasseChapitre 62 sur 63 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

RE SOYONS PHILOSOPHES AUSSI. — LE PASSÉ ET L'AVENIR LE PÈRE ET LE FILS. — PLACE AUX JEUNES!

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Me voici arrivé aux dernières pages de mon carnet. Heureusement pour vous, je ne vous ai pas conté tous mes souvenirs de chasse, mais je n’en ai pas moins longtemps regardé en arrière. Et ce regard, je vous l’ai déjà dit, n est point sans mélancolie. Ce seul mot : souvenir, ne

porte-t-1l pas en lui-même sa tristesse ? Peut-on être et

avoir été? Toutes ces bonnes heures vécues à la chasse pourrai-je les revivre. Aurais-je la résignation du vieux chasseur de Saint-Gilles, qui malgré tout chassait encore, malgré la pénurie du gibier, malgré la vieillesse qui lui cassait les jambes et lui voilait les yeux? Viendra-t-elle bientôt pour moi, l’heure sinistre où 11 me faudra compter avec la fatigue et la goutte, le froid, le chaud, la faim, la soif et le sommeil: l'heure où je relirai ces lignes d’un regard triste et vacillant, les lunettes sur le nez, les pieds aux chenèêts, une calotte de velours sur la tête, et l’âme toute rongée de regrets, de désespoir et d'envie. Rien que d'y penser je frémis, car enfin que voulez-vous que je fasse au monde quand je ne pourrai plus chasser. Question terrible que je me suis posée souvent avec effroi. |

Mais heureusement, j'ai fini par trouver la réponse. Et comme ce chasseur devenu manchot qui disait : « Je ne pourrai plus tirer, mais je verrai encore chasser mes chiens »; de même je me résigne, je suis d'avance tout consolé s’il me faut un jour laisser au clou mon fusil: Car j'ai mieux qu’un chien à voir chasser. J'ai mon petit élève, j'ai mon fils, j'ai Jacquot.

Ah! croyez-moi, amis chasseurs, si vous êtes pères, mettez vos fils au dressage ; si vous n'êtes pas mariés encore, ne tardez pas trop et offrez-vous bien vite un

garçon.

* Et alors vous verrez combien douces et violentes, fières et joyeuses les émotions nouvelles que vous éprouverez à revivre avec votre gamin les premières.chasses de votre enfance. Qui de nous ne se rappelle son premier coup de fusil, son premier moineau, puis le premier oiseau tué au vol, la première alouette; la première caille, le premier lapin.

Quant à moi je n’oublierai jamais

le petit fusil à un coup avec lequel

j'ai fait mes débuts; c'était un fusil

à baguette, et comme je n'avais aucune notion des

re de poudre dans toutes les armes. Or la poire à poudre dont) je me servais devait mesurer une charge destinée sans 4 doute à un calibre 12, car leseffets dureculétaienteffrayants. Je me rappelle être Souvent resté, après un coup de fu- Ni sil, quelques minutes assis au rebord d’un fossé ou sur une motte de terre, me tenant l'épaule et la joue, tout ss 4 gémissant et tordu de douleur! A peine avais-je la force

et le courage d'aller chercher le pierrot que j'avais tiré

à CR

se et qui certes avait moins souffert que moi. Aussi je goû- tais toujours un malin plaisir à faire essayer mon fusil à … quelque jeune ami plein d’inexpérience et que le choc

inattendu envoyait rouler à quatre pas de là. IT fallait

. différents calibres, je croyais qu on mettait même

que l’arme en question fût vraiment de bonne fabrique pour résister à de pareilles épreuves. On finit par me révéler mon erreur ; désormais, je diminuai mes charges de moitié et tout rentra dans l'ordre; le fusil n’en porta pas plus mal et ma joue s’en porta mieux. | Aujourd'hui les fusils à baguette n'existent plus, nos fils n'en auront pas connu le maniement délicat, dangereux même. Le mien, Jacquot, a fait ses premières armes à huit ans et demi avec un petit fusil 9"/, système Flobert; il ne.

s'en servait pas trop maladroïtement

sur les moineaux posés et même sur

les bec-figues au vol. Deux ans plus tard, 1l était en possession d’un fusil feu central calibre 28, et c’est, à partir de ce moment qu'ont commencé pour moi, autant et plus peut-être que pour lui, les grandes émotions cynégétiques dont je vous par: lais tout à l’heure.

Rien de plus drôle, que de se revoir ainsi en miniature; car dans ce diminutif de chasseur, vous retrouvez tous les enthousiasmes, toutes les faiblesses, les énervements, les désespoirs, les illusions et les bonheurs que vous avez tant de fois éprouvés. Je vous le répète, les sensations du petit bonhomme vous émeuvent davan-

tage que si vous les perceviez vous-même! Et cest

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ainsi que jai plus de plaisir maintenant à voir mon as fils, tout rouge d’orgueil, ramasser une « grosse pièce » re af

| grive ou geal, pie ou lapin, que lorsque naguère, dans

une forêt de montagne, je voyais revenir à moi mon

épagneul rapportant la tête haute, une gélinotte ou un A coq de bruyère ee cr

Qu'elle arrive donc la triste, l’implacable vieillesse, je Fa attends, je la nargue, je ne la crains plus! Quand le fu- as il me sera trop lourd, d’autres mains le manieront pour , "4 moi. Par les matins frileux d'octobre, là-bas, à Campu- bet, povanc l’alouette “E

celle du miroir cet de faire sautiller la chouette sur son perchoir à bascule.

À ux battues de perdreaux, quand mes coups doubles d'autrefois ne seront plus. que de vieux souvenirs, j'accompagnerai encore mon élève,

à canne à la main et me cacherai avec lui dans un fossé

D'HSETERERS TARN FE ee + y Li ai : os

le suivrai pas un jour jusqu’à Sylvéréal pour le plaisir de revivre à côté de lui, par la pensée, mes chasses d'antan; pour lui conseiller, selon le vent, tel coin d’affüt ou de passade, pour le voir enfin rentrer le soir au mas, la botte boueuse, le pas traînant, mais l'œil joyeux et le carniér plein;..... pour m'asseoir alors en face de lui devant la soupière fumante, lui verser une rasade et lui dire : « Allons, mon garçon, bois un coup et puis tu me raconteras comment ça c'est passé. ».....

Ainsi soit-il!!...

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