CHAPITRE IV
Le camp retranché de Salonique.
(20 décembre 1945-10 mars 1916.]
La dernière orientation donnée à l'armée d'Orient <e résumait ainsi :
« Se réunir à Salonique et s'y fortifier. »
La première partie du programme était terminée ; Anglais et Français entouraient Salonique. Restait à remplir la deuxième partie : s'y fortifier.
Pendant plusieurs mois, l'activité de tous fut concentrée dans cette organisation du camp retranché de Salonique.
Primitivement le camp s'appuyait à l'Est à la mer, vers le golfe d'Orfano ; une brigade anglaise tenait ntre la mer et le lac Besikgolu, deux autres brigades lises étaient chargées de la défense entre ce lac lac Langaza ; douze autres brigades anglaises, en première ligne ou en réserve, couvraient directement Salonique.
Malgré tous mes efforts les lignes britanniques n'étaient qu'à une dizaine de kilomètres de Salonique, du côté de la route Salonique-Sérès ; c'était trop rapproché ; une artillerie lourde ennemie, puissante, aurait mis la ville et la rade en fâcheuse situation ; pour y parer, dès que je pus disposer d'une réserve française, je décidai de la jeter éventuellement vers Langaza, pour prendre l'air nécessaire. Les trois divisions françaises, 57* (à cheval sur le Galliko) 156" et 122", tenaient la partir ori^ntrilp ''•• ^-^Tip retranché, jusqu'au Var<lar.
La marine n'ayant pu, par suite de la constitution même du lit du Vardar, intervenir dans la défense de Salonique avec ses bateaux, même les plus légers, quelques chaloupes, avec mitrailleuses, tirant seulement 50 à 60 centimètres, furent achetées et organisées pour croiser dans les méandres du fleuve; le Vardar fut on outre saigné et dérivé en partie.
Malgré tout, le point faible du camp retranché était vers le Vardar, que longeait le chemin de fer venant de Serbie, et qui par suite pouvait amener le matériel de siège. En outre les hauteurs de la rive droite du Vardar permettaient à l'ennemi un déploiement d'artillerie qui aurait pris de flanc nos positions perpendiculaires au fleuve ; pour contrebaltre ces deux inconvénients, une sorte d'avancée perpendiculaire au Vardar fut établie sur sa rive droite, maîtrisant en même temps le chemin de fer de Monastir et prenant en flanc les emplacements éventuels de l'artillerie onnemie sur la rive droite, permettant enUn de manœuvrer sur cette rive.
L'organisation môme variait dans la partie î>ri».innique et dans la partie française.
Chez les Anglais, qui étaient évidemment ii[ir«»s du choix des fortifications à employer, il y avait surtout de longues lignes avec une série de points d'appui.
Chei les Français, en principe. j)as do lignes con-
tinuos mais des ouvrages do sections, pelotons, compagnies, se flanquant récipro(iuement, appuyés en arrière par d'autres ouvrages analogues formant soutien et battant les intervalles entre les ouvrages de première ligne. En arrière de cet ensemble, une deuxième ligne.
Dès le 10 janvier 1916, le camp retranché présentait une véritable solidité, comme le montre la dépêche 558/3 aux annexes. Il semble inutile d'ailleurs d'insister sur sa valeur, l'ennemi ne l'ayant jamais l'jué. Comme il n'esquissa aucune tentative pour
i incer, d'aucuns ne manqueront pas de prétendre qu'il y avait une entente quelconque ou une série de tractation^ -^viP !<>< Grecs à ce sujet. Il y a là une erreur.
Les Bulgares ii ont pas poussé en Grèce parce que le temps était mauvais, surtout en Serbie, parce qu'ils ne disposaient d'aucune route, pas plus en Serbie qu'en Grèce ; parce que la voie ferrée avait été mise hors d'usage en plusieurs points (tunnel de Demir- Kapou, pont de Stroumitza, etc..) en un mot parce qu'ils ne pouvaient pas se ravitailler. D'autre part, lors de notre repli, n'avaient-ils pas reçu quelques rudes leçons?
Pendant ces trois mois de travail incessant, bien des incidents et parfois de véritables événements compliquèrent la tâche de chacun.
Tout d'abord, le général de Castelnau vint en insj)ection. C'était la main-mise du G. Q. G. sur l'armée d'Orient. Le général, en partant, m'envoya un de ses ')fliciers avec une note, dans laquelle il traitait une série de questions plus que secondaires, telles que les détails de fortification à adopter — nous ne faisions quo d'arriver, — l'emplacement de mon quartier général. — il n'ignorait pas cependant mes rapports avec le:»
72 310N C0M31ANDEMEiNT EN ORIENT
Grecs — mais dans laquelle, en réalité, il voulait me lier piedg et poings à des directives données ex cathedra sur la manière d'orfraiiiser et défendre la place et le camp retranché, d'articuler mes réserves, de surveiller l'ennemi, etc.. (Voir annexes.)
J'estimai qu'il méconnaissait mes droits ; je rendis compte au général Gallieni, ministre de la Guerre, par une lettre personnelle en date du 26/1:2 1915 :
Monsieur le Ministre,
La lettre que vous m'avez adressée, le* ordres télégraphiques que vous avez bien voulu me donner lors de mon repli de Serbie, me permettent, — je le crois du moins — de vous faire parvenir ci-joint copie des ordres que je viens de recevoir sur la façon dont je dois défendre Salonique. Je ne discute pas. Toute initiative m'est interdite ; toute responsabilité me sera cependant laissée. Et l'ennemi est à 48 heures de marche. Je désirerais par suite quune décision soH prise, même, si celle que vous croirez devoir me notifier^ prouvait à tous que je n'ai plus votre confiance.
Veuillez m' excuser, monsieur le Ministre, de vous soumettre ce cas, îïiais il dépasse de beaucoup ma personne, et, est à mon avis des plus graves au point de vue général. Veuillez croire aux no>"-'-^^-'^- n<<*"n>"'"< ''» »» ■•? respect et de mon dévouement.
Nulle réponse ne me fut donn<
Par contre, le général Lebliu>, coiniunn k-hU la 57" division, ne fut i>as relevé de son commandemont comme le voulait le général de Cast^'lnau. Le gOnéral Loblois était un homme à l'esprit largemept ouvert, aux connaissances scientiliqoes et littéraires certaines; il avait très bien commandé lors du repli do Serbie; il ne pouvait rien lui être reproché.
LE CAMP HETllANCIIE DE SALONIQUE 73
Je n'eus d'ailleurs qu'à mo louer de la courtoisie «lu délégué du G. Q. G., et je me permis môme de sourire, lorsqu'un jour à sa table, dans un dîner officiel, il m'invitait à prendre des coutumes, orientales, en formant des bandes d'irréguliers, ou en employant tout autre moyen pour faire assassiner le roi de Grèce. Je n'ai jamais admiré Ravaillac.
Il n'est pas moins vrai qu'on Grèce, nombreux étaient ceux qui savaient exactement ce que cachait ce voyage : le G. Q. G. veillait ; nouvelle vestale, il entretenait ju€qu'en Orient le feu de ses haines.
Je citerai à ce sujet le télégramme du 2i8/12 de notre ministre à Athènes :
J'adresse au département le télégramme suivant :
c Je suis avisé qu'à V occasion du voyage du général de Castelnau on préparait ici et sans doute aussi à Salonique wie campagne de presse contre le général SarraiL
Déjà certaines feuilles annoncent que le chef d'étatmajor général aurait critiqué les opérations militaires du commandant en chef de V armée d'Orient, ainsi que ses dispositions pour la défense de Salonique.
Je crois qu'il y aurait intérêt à couper court à ces attaques mensongères en faisant publier par l'agence Uavas un communiqué quelle transmettrait à l'agence d'Athènes et où il serait déclaré au contraire que le général de Castelnau, très satisfait de ce qu'il a constaté sur place, a donné son approbation aux opérations militaires effectuées, notamment aux conditions dans lesquelles a eu lieu le repli de nos troupes avec tout leur matériel et leurs approvisionnements, ainsi qu'aux mesures défensives de Salonique. »
Peu après, le 30 «lécembre se produisit un fait de première importance. Les avions ennemis pour la
première fois faisaient acte de belllL'érant f>n lançant des bombes sur Salonique.
J'estimai qu'il était impossimf; uc Ku^^t r h .-^aiuniquc les consuls allemands, autrichiens, turcs et bulgares, puisqu'ils appartenaient à des nations qui nous attaquaient dans la ville où ils savaient que nous étions.
J'avais refusé récemment au général Muinv. • .xatorisation d'arrêter ces consuls. Il y avait pour moi une question de droit international. Aucun fait nouveau ne s'était encore passé à Salonique pour motiver un changement dans la conduite adoptée depuis notre débarquement. Néanmoins, comme arrêter un consul est toujours chose grave, afin de mettre le gouvernement grec comme le gouvernement français devant un fait accompli, et pour écarter toutes demandes d'explications, je brusquai la situation; en plein jour, les arrestations s'elToctuaient, et à la miil Us intéressés étaient embarqués.
Le gouvernement était mis au courant par i«.> un grammes suivants : « Aviatiks ojit bombardé Sa!onique; projectiles ont tué un pâtre aux portes de la vilie, sont tombés près d'une compagnie grecque qui manœuvrait et à 50 mètres général Zimbrakakis. Devant cette agression, j'ai donné ordre d'arrêter imm*^^''' ment consuls ennemis. Opération s' est faite sans l'/i arec détachement franco-britannique ; ^0 A' 17 Turcs, i2 Bulgares, 5 Allemands ont cl 16 heures dans les quatre consulats et embarquéi^ diatement. » [30 décembre l'»'- IS l. ...,,•..<.]
Télégramme n» 516/3.
ft Je vieiis de recevoir chcj < J' corj'.^
et commandant gendarmerie M venus pi.,
demander ce qui s'était passé avec consuls tout en arguant de souveraineté grecque. Ai répondu que devant agression inqualifiable d^aujourd'kui, j'avaii voulu traiter en belligérants les agresseurs et que par arresia-
lions f avais mis Grecs devant un fait accompli qui simplifierait leur tâche. Interlocuteurs ont compris et souri. Commandant gendarmerie m'a demandé si je n'opposerais pas force à libération consuls ou occupation de consulats par Grecs. Ai répondu que question ne pouvait même plus se poser, consuls étant embarqués déjà. Entretien a d'ailleurs été très cordial.
il y a actuellement 53 hommes et 6 femmes arrêtés et embarqués. Outre consul Bulgarie, secrétaire ministère Affaires étrangères de Sofia a été an-été. La bombe qui a tué le pâtre que je vous ai signalé avait été lancée sur escadron de cavalerie grecque qui manœuvrait sous ordre de prince André. »
Télégramme ii« 696/2 du 31/12, 18 heures.
€ Calme complet à Salonique depuis arrestation consuls. Ai visité consulat gardé par gendai^mes français et écossais. Consulat autrichien était déménagé; consulat bulgare avait partie mobilier en caisse. Consulat turc était dans situation normale comme consulat allemand. Viens de recevoir protestation écrite préfet Salonique se basant sur violation du droit de souveraineté de l'Etat hellénique et réservant les droits du gouvernement, quant aux suites. Il m'a dit que c était pour dire que Pans ou La Haye pourraient être saisis. Enfin il m'a demandé à occuper les Consulats, lui ai répondu qu'il y avait là une question à élucider diplomatiquement. J'ajoute qu'après avoir vu le consul général Russie, doyen corps consulaire, le consul des Etats- Unis a été chargé de la protection des nationaux turcs, bulgares, allemands et aulnchiens. D'ailleurs il est nécessaire de ne pas se presser pour avoir une solution au sujet des locaux, attendu que je fais procéder à tri des papiers saisis. Des documents déjà lus appartenant à r>,:tsi.'(i( Autriche, il résulte qu'un service d'espionnage lanjciiiciit rémunéré fonctionnait régulièrement, et que certains renseignements étaient envoyés à commandant '^•; ' r, .,.in,.t;,,,,pf^^ D'autre part, le 28, il était
76 MOiN COMMANDEMENT EN ORIENT
annoncé que le directeur des chemins de fer allait quitter Salonique pour Karaferia. Le 22^ le préfet de Salonique déclarait : le gouvernement hellénique ne sachant ni <i, ni quand le départ des quatre consuls serait inévi^ table ne peut prendre Cengagement de les en avertir à l'avance. Le 26, le consul faisait remarquer dans une note que le préfet ne répondait de rien, et que cependant le gouvernement avait promis sa protection. Dès le 20, il écrivait à Vienne que iopinion tournait contre la coalition en faveur Entente. »
La question angoissante était celle des effectifs ; le G. Q. G. ne voulait rien savoir pour envoyer «les éléments en plus des trois divisions et du régiment de zouaves que j'avais.
Dans un télégramme se trouvait cette déclaration : € J'estime que forces d'infanterie dont vous disposez, bien outillé en artillerie lourde, et solidement retranché, suffiront pour assurer défense des positions naturellement fortes que vous occupez i. Je ne pouvais souscrire de gaité de cœur à cette assertion ne reposant que sur une simple aflirmation.
Sans revenir à mon < Icit motiv > : qiiali\ . w. j,., j,, réclamais au moins deux nouvelles divisions. Le général Mahon do son c6té trouvait insuffisantes les cinq divisions dont il <lisposait : il en demandait une de plus. Je saisis le G. O. G. do cette proposition et j'insistai pour l'envoi parallèle de deux .lîvi^imw françaises. (Voir annexes, n** 911/2.)
Ce télégramme était parti quand je recevais une dépêche officieuse tie Paris m'engageant à ne rien demander. 11 était trop tar«l. Je ne réi>ondis môme pas. Pouvais-jo, d'ailleurs, faire litière de la sécurité môme de l'armée d'Orient pour unique raison de politique intérieure français* '* ' ' ■ ■ ■ '-■ ■ '^ '
i cris <les renforts, et il m'était répondu : € Intérêt qne / Jogal {{) vous demande si vous êtes en mesure sou- ; nir attaque, répondiez affirmativement, i
Dans ma dépêche du 17 janvier (voir aux annexes) jo maintenais mes demandes. Le G. Q. G. me faisait d'ailleurs connaître officiellement à la date même du 17 1 (n® 69G, M) qu'il n'y avait à espérer aucun r-nfort et maintenait lui aussi son appréciation. Les mesures prises vont porter à 100.000 hommes nviron Veffectif français à votre disposition dans la gion de Salonique. J'estime que ces forces sont suffintes pour accomplir la mission qui vous incombe; ! je vous prie de considérer cette décision comme défiitive. Si modification ultérieure dans les situations tus paraissait nécessiter envoi de renforts, vous auriez motiver expressément demande formulée ».
La question d'augmentation de mes effectifs se rouvait ainsi enterrée. 11 y a plus : pour bien me lire comprendre que mVDn titre de général en chef l'avait aucune valeur, le télégramme se terminait linsi : « Je vous rappelle que vous ne devez correspondre avec le gouvernement que par mon interméiaire ».
11 y avait enfin dans ce télégramme un alinéa où
j'étais accusé de semor la panique parce que j'aurais
iivisagé une retraite en Chalcidique. (Voir aux
iinexes ce téh gramme in extenso.) A ce passage
(Miimeux je répondis immédiatement sous le
! * 5%/3 : « Je n'ai jamais envisagé retraite en Chai-
(lique. Reconnaissances faites dans celte région cor-
spondant à installation éventuelle des Serbes que vous
m'avez prescrit d'étudier ». J'ajoutai la phrase sui-
N.'inte, allusion discrète à la différence qui existait
'•"• "v^s conceptions de positions de deuxième
(1) Jogal : Joffre, Galliéni ou en d'autres termes G. Q. G. et linistèrc.
lii^rie, et colles si chères à cr»ux qui nous avaient fait évacuer une partie <Ie la France en 1914 : « Je nai jainais envisafjé relraile miime sur La deuxif'm>2 ligne de défense que j'organise. J'ai toujours dit et redit en France qu'il fallait tenir coûte que coûte sur la pre^ mière ligne. Je n'ai pas changé ma manière de voir en Orient. y>
A la lin de ce mois de janvier, j'étais d'ailleurs consulté pour savoir si je voulais iramédia 'n
division Brulard qui représentait tout le c ut
français encore aux Dardanelles. Cette unité avait une forte proportion de Sénégalais.
Je répondis simplement que les Sénégalais ne pouvaient supporter 1<) climat lors même qu'ils seraient en réserve dans la Glialcidique, et que la pneumonie enlèverait plus de la moitié de l'effectif. L'affaire était cependant jugée, attendu que l'amiral Gaucher me prévenait que le ministre de la Marine avait donné ordre de transporter la division précitée, et trois batteries étaient même déjà arrivées de Moudros à Salonique.
Le général Brulard me réclamait ces trois batteries, le G. Q. G. ayant fait connaître, télégraphiait-il, que ce transport était le résultat d'une erreur de la marine. Aucun contre-ordre n'arrivait cependant, ce qui n'empêchait pas le 1/i l'amiral do me prévenir que, confo; mémf^nt aux ordres formols du G. Q. G., le gi'néral Brulard refusait d'emharquor sa division. En même temps je recevai%avis ofllciol que le général Brulard était mis sous mes ordres. Ne pourrait-on pas prononcer à ce sujet un seul mot : c incohérence? »
Quelques jours après, à la suite d'un rappel à l'ordre et pour sa division et pour des créoles que proprio vwtu il voulait laisser à .Mytilène, le général iîrulard envoyait sa difision (éléments blancs) à Salonique. Il disparaissait d'ailleurs peu après sur le
front français, et le général Gt^rôme, qui avait fort bien coD*iuit la i-li." division lors du mpli de Serbie, prenait le commanderaent delà l7* division coloniale formée avec uno brigade venue do Franco (1'*'' et 3* régiments d'infanterie coloniale) et les débris des coloniaux ayant fait les Dardanelles (54-56* régiments d'infanterie coloniale). J'employai cette division à créer une seconde position derrière les Anglais, vere la Chalcidique.
Je n'insisterai pas sur la première incursion d'un " ! il*'' février), sur ma riposte: bomI)arilement k, qui me faisait donner l'ordre de n^î plus essayor de bombardements sur une localité où pouvaient se trouver des Serbes et des Grecs. Conception étrange, surtout si l'on songeait à ce qui se passait sur le front occidental.
Je ne m'appesantirai pas sur une nouvelle calomnie émanant soit du quai d'Orsay, soit du G. Q. G. J'étais engagé à ne pas traiter de la paix avec les Bulgares. Je répondis immédiatement que jamais je ne m'en étais occupé. J'aurais pu tout rejeter sur les Anglais dont le chef d'état-major, mort depuis sur le front français, était un bulgarophile enragé et ne cessait do faire des tractations avec nos ennemis. Je préférai he rien dire.
De même lorsque les Anglais m'actionnèrent pour lancer aux Bulgares des proclamations écrites en style échevelé, dans lesquelles le tsar Ferdinand était attaqué avec la dernière virulence, je refusai d'entrer dans cette voie. Je me contentai d'un moyen termo; envoi d'un ofQcier au mont Athos, au couvent bulgare, pour tâter le pouls. Les moines répondirent en m'adressant un icône a^c un appel à la Bulgarie libre et amie de la France et de la Russie.
Je déciïlai de faire reproduire ce document pour l'envoyer.en Bulgarie par des intermédiaires, notam-
iiHMit [)ar dos lazaristes. (Mars 1916.)
Sur le front même, l'ennemi ne bougeait pas, bien (|ue l'arrivée d'éléments allemands me fût parfois signalée. Dès que mes positions auraient été bien assises, j'étais décidé à faire comme Mahomet avec la montagne, en d'autres termes, puisque les Bulgares n'étaient pas venus jusqu'à Salonique, d'aller jusqu'à eux. Mais avant que ce projet fut même ébauché, je reçus dès le 28/1 un télégramme impératif, me prescrivant de faire croire que j'allais prendre l'offensive. Pour brouiller les cartes, le 31/1, je poussais donc le 4" chasseurs d'Afrique à Kalinova avec antennes jusqu'à la frontière.
Aliais-je continuer à prendre de l'air vers Doiran? pouvaient se demander les Bulgares. D'autre part le 10/i, le l" chasseurs d'Afrique passait sur la rive droite du Vardar, s'avançanl jusqu'à l'antique capitale d'Alexandre. Y avait-il là le germe d'une ii^'t' offensive le long de la voie ferrée de Monastir? jM)uvaient également se dire nos adversaires. J'avais ( réé la menace. Je cherchais avec le général Mahon )«\s moyens de l'intensilier; je n'osais pas lui dire de la changer en coup do sonde. Le G. Q. G. m'avait en rlXvX averti que la transformation de toutes les Iroupt^s britanniques en éléments pouvant faire mouvement (soit les cinq divisions au lieu d'une seule) était l'objet de l'attention de lord Kitchener. Or lo général Mahon avait été averti qu'il n'y avait rien à espérer à ce sujet. Qui était trompé? Lui ou moi? #
Le problème était »lonc le suivant : que faire avec
une division britannique mobile, et quatre divisions riv<'os au camp retranché; avec trois divisions fran- « aisi'S élayées par un^ quatrième en voie d'organisation?
Quelle qu pût être la réponse, il y avait toujours un fait : le camp retranché de Salonique existait.