‹ Mon commandement en OrientChapitre 54 sur 91 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Une trag"édîe en grec moderne,

(Décembre 1916.) (ÀYait été rédigé le 18 décembre 1916.)

Juin 1916 avait tu une comédie athénienne.

Fin août, commencement septembre une seconde édition (revue et augmentée) de la même pièce ne dessillait pas davantage les yeux de ceux qui ne voulaient pas voir. Il advint môme peu après un parlementaire français, qui, sans mission officielle bien définie, fit signer un arrangement aux termes duquel le roi de Grèce retirait ses troupes de Thessalie, livrait sa flotte, son matériel de guerre. A ce sujet, Constantin avait donné sur ce document sa parole de roi et <le soldat. Mais quand arriva l'heure où il fallut passer aux actes, une agitation fut créée par l'émule du Kaiser. Pour tout simplifier, les ministres de l'Entente avaient chacun des directives diff'érentes et l'amiral Dartiges du Fournet suivait de son côté un programme spécial ; quant aux forces alliées, à Salonique,qui cependant étaient intéressées au premier chef, puisque la guerre se poursuivait, puisque tout devait converger à faire aboutir cette guerre, elles

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étaient dans l'ignorance complète de ce qui auaii se passer.

Au jour le jour, voici ce qui arriva. A chacun de conclure.

/" décembre 4916, — Après mille palabres et tergiversations, l'amiral Dartiges du Fuurnet avait exigé des arrhes pour le l*"' décembre : iU batteries grecques de montagne. Pour peser sur le roi, l'amiral inventa d'occuper ce i^' décembre une série de points dans Athènes. Pour bien prouver notre inhostilité, l'ordre de ne pas tirer fut donné aux détachements, et, dernière ironie, le plan de notre action coercitive fut communiqué d'avance au monarque, dit ami.

2 décembre. — Le 2 décembre, je recevais une série do télégrammes relatant les événements. Le premier arrivé émanait du contre-amiral anglais, qui était resté sur rade, l'amiral Dartiges ayant voulu aller voir par lui-même ce qui se pas-.iil à Athènes, t Le détachement du Zappion et le détachement principal entre Athènes et le Pirée étaient attaqués et ..Sur

l ordre du commandant en chef donné du / ^ ^ i, plusieurs coups de 305 furent tirés de Salamine.,, La légation britannique est entourée par les troupes grecques.,. Le combat semble augmenter d*intensit>\.. Jasquà dir-huil heures, le commandant en chef était en avec la flotte par T. S. /^... » (Dépè( ii . à vingt heures). Notre attaché naval, de son côté, télégraphiait le 2, à zéro heure quarante ; t Un armistice est intervenu ce soir, les marins, en dernier lieu, se rrj ' ' ^ En réalité, A " alliées sont }> firecs. i A si v arrivait un long téiégrammo expédié le 1" à dixsept heures par notre ministre M. Guillemin. Il y était question de 6 batteries, de pourparlers engagés à ce sujet, de refus du roi. J'ai su, par la suite, que l'amiral avait proposé un cv>mpromis : livraison de six batteries grecques au lica des dix primitivement

S annulation de toulo antre demande de . C'était le commencement des capitulations. A Ijiut heures, de M. Guillemin, parvenait un nouveau télégramme donnant simplement une description de Taspect d'Athènes au milieu de la fusillade. A treize heures, un dernier télégramme de ce même jour résumait la situation : « L'amiral nous ayant mis au ml de la situation qvi laissait nos forces absolul à la merci des trovpes grecques et nous ayant exprimé sa décision d'accepter 6 baltenes au lieu de 10, il y a eu à la légation de France une conférence entre les ministres de Irance, d'Angleteire, de Russie et d'Ita' une autre conférence à vingt-trois heures

à la d'Angleterre pour discuiei' avec les Grecs

sur les 6* batteries. » La noto arrêtée par les quatre ministres se terminait ainsi. « Le gouvernement hellénique déclare de son côté qu'il consent à ce que 6 batteries soient mises à la disposition des Alliés. » Après l'amiral, c'étaient les ministres qui offraient de capituler. M. Guilh^min plaidait d'ailleurs les circonstances atténuantes, c'est-à-dire la gravité de la situation et se trouvait forcé d'avouer que nos détachements étaient c au Pirée sous t escorte d'officiers grecs. » Il ajoutait également : Une soixantaine d'hommes ont été faits pi-isonniers ». Avaient-ils tiré? Non, par ordre» Je passe sous silence de plus tristes suggestions : sauver par des manœuvres diplomatiques nos troupes restées au Zappion, ne rien faire qui pût compromettre les membres de la colonie. A Athènes, capitulation ; pour Paris, demande de capitulation.

Devant ces renseignements, il fallait prendre un parti. Je demandais carrément à jeter mon épée dans la balance.

A vingt heures, j'envoyai par suite le télégramme suivant à Jogal (1).

(i) Jogal était l'adresse qni avait été donnée il y avait déjà

{Or> MOxN CCMMANDEMEiNT EN ORIENT

« Il ne m'appartient pas émettre avis su, o..u.,it->n créée à Athènes par derniers événements et sur solutions à envisager. Mais général Berlhelol (1), me demande intensifier effort. Ai déjà donné ordre pour essayer continuer notre offensive. Je ne puis par suite laisser se former et sur mon flanc sur mes derrières forces nettement hostiles. H xj a làune question militaire au premier chef. J'estime quil ne faut pas être un jour forcé de riposter^ mais que, dès à présent, il faut attaquer pour mettre les Grecs hors de cause. 35'' division italienne se concentre vers Kukus. Nouvelle division anglaise commence à arriver Salonique. Ai ici un bataillon du 34* colonial, 46* division coloniale et fraction destinée à 4 4* division coloniale doivent arriver. Vous demande autorisation avec ces fractions de prendre immédiatement offen* $ive : direction Larissa Athènes. >

5rfJcem6re.— Vers zéro heure arrivait un télégramme de l'amiral Dartiges du Fournet me relatant les événements. En voici les points essentiels : t Malgré les ordres formels donnés des deux côtés de ne pas tirer >.,. « Le roi m' ayant fait demander que Zappion oit je me trouvais cesse le feu en offrant 6 batteries si le feu cetsait... J'attends décision du gouvernement ratifiant promesse livraison de 6 batteries immédiatement sans préjudice du reste du matériel exigé pour le I S ' ' . > Quelciues heures après, alTeclé par les .os

d'Athènes où les royalistes, victorieux d'une laçon inespérée, exploitaient leurs succès et faisaient la chasse aux vénizelistes, l'amiral me demandait du renfort si possible et terminait ainsi : tDe l'artillerie et de la cavalerie seraient probablement utiles. > Je ne pouvais que répondre par lo léh'',?rammo suivant qiin j'expédiais à onze heures trente : « Je ne dispose

longiomi)» pour correspondre à la foi« avec le Q. Q. G. et le ministre. — Jo s JofTre. Gai ss (jailit^ni. (1; Notre repr<îseDt&ot en Uoumaoie.

(f aucune cavalene, d'aucune artillerie de campagne. Je n'ai ici qu'un bataillon infanterie. Vous estimerez comme moi que devant la situation d'Athènes oii parti royal militaire grec organise guerre civile en attendant qu'il marche carrément contre nous, 600 hommes de renfort ne pourraient vous permettre d'attaquer et de reprendre le terrain perdu. T estime qu'une action sérieuse est seule à préconiser avec forces importantes et que cette action est à faire le plus tôt possible quelles qu'en soient les conséquences. >

L'atl" ilemont régnait aussi chez les ministres, qui, au lieu de se retirer, voulaient au contraire jouer un rôle et tous réunis envoyaient à leurs gouvernements respectifs une dépèche qui m'arrivait également pour me mettre au courant et se résumait ainsi : « En ce qui concerne le surplus du matériel de guerre que V amiral Dartiges avait demandé pour le Yô' décembre^ les ministres de France^ de Grande-Bretagne ^ d'Italie et de Russie ont acquis la conviction qu'en présence du soulèvement de l'opinion dans le peuple et dans l'armée, ni le roi, ni le gouvernement hellénique ne seraient en mesure d'autoHser la cession. » C'était complet.

4 décembre. — Un seul télégramme parvenait dans la journée. L'amiral était, depuis le 2, revenu à son bord, laissant ses blessés sur place et tolérant que nos morts soient clandestinement enterrés. Le roi avait profité de sa victoire et continuait à mol)iliser on secret. Une marche de son armée en Thessalie avait notamment été annoncée et exploitée pour démoraliser marins et diplomates alliés. Dans ces conditions, l'amiral qui avait tout d'abord dérouté sur le Pirée les renforts qui m'arrivaient, craignait sans doute d'être rendu responsable de ce qui pouvait arriver en Thessalie et sur les derrières de l'armée d'Orient ; d'autre part ne voulant plus renouveler à terre les essais guerriers du i" décembre, il m'annonçait : g Je renonce à vous demander des renforts et je propose

iJb :....., ^oMMANDEMEiYT EN ORIENT

au ministre de faire suivre sttr Salonique touL.. .;„ ., .upes qui m'étaient annoncées et même de voia envoyer crl\'s que fai ici. » De mon c6të, pour appuy(*r ma • Il mande d'offensive en Thessalio, je prévenais le G. o. G. de la mobilisation clandestine royale hellénique.

' è décembre. — Dès le matin, je reccTais da G. Q. G. la note suivante, datée du 4 : « Le gouvernement a décidé de vous confier la direction des opérations militaires qui pourraient être effectuées dans la région d'Athènes ou sur tout autre point de Grèce.., Vous pouvez effectuer dès maintenant tout mouvement de troupes que vous jwgérez nécessaire... Vous fixerez après entente avec iamirai Davtiges débarquement de t6^ division coloniale. Faites-moi connaître le plus tôt possible vos intentions et votre projet d'opérations. »

N'était-ce qu'une couverture gouvernementale et parlementaire? Non. Le document émanait !" '■ '' ^v qui voulait comme toujours tout ordonner

Le i, j'avais demandé à r sur la

notamment avec la IG^div -l, il est .

€ Je vous enlève la 16* division, je dirige tout sur Athènes ; que ferez-vous ? »

Mais la diplomalieveillait et quelques heures après je recevais de M. Guillemin un \"' !i dans

la nuit. Tous les ministres at i| dé-

claraient qu'une i r, que

le roi V!)uluit mon res en

concentrant ses troupes en Thessalie. Je préfère ne pas insister sur ravant-dcriiier paratr—- '^^ • c La Grèce ne tolérera plus pacifiquement auc filment

sur son .v <-

saîices ai ~ ^ ^ rs

destitués sur notre demande viennent d'être rappelés. > Quant au dernior, il montre que la diplomatie, ses us et coutumes planent au-dessus do tous les attentats : « La sécunié det légations et des colonies

compromise si un acte hostile était pris contre la Grèce sans être précédé par rttplure formelle permettant d'invoquer usages internationaux pour le libre départ des légations et nationaux. »

Marchez sur Athènes, dit Chantilly, qui ne connaît peut-être pas la situation. Ne faites rien, dit Athènes, qui doit savoir ce qui se passe en Grèce.

Le Quai d'Orsay devait d'ailleurs avoir la mémo conception ; et cependant 200 des nôtres avaient été mis dans un guet-apens hors de combat. Le ministre de la Guerre me télégraphiait en effet pendant la nuit et je recevais vers dix heures l'ordre suivant : < L'actiono/fensive que vous envisagez aurait en ce moment les plus graves inconvénients... n'engagez pas cette opération sans en avoir reçu V autorisation du gouvernement. it Pour m'enlever toute velléité agressive, il m'était confirmé que la 46' division allait à Athènes. En résumé plus d'opérations en Thessalie ; concentration vers Athènes où les autorités locales déclaraient le même jour qu'il n'y avait rien à faire.

Un télégramme, émanant de la rue Royale, donnait la même note. Il envoyait en effet le général commandant la 16« division coloniale, via Brindisi, à Athènes, avant ses troupes pour juger la situation afin de me renseigner. Puis faisant une incursion hardie dans le domaine militaire, il prescrivait, sans se rendre compte de la situation, des ressources, de ce que je devais décider, — puisque les opérations militaires étaient de mon ressort — de prendre le port de Volo et d'empôcher les mouvements entre Attique, Morée, Eubée « sans toutefois couper les ponts sauf demande du général Sarrail. »

Dans cette dépèche, je m'arrêtai sur ce dernier point. La marine me donnait rautori:?ation sous ma responsabilité de couper les ponts. J'invitai immédiatement l'amiral à prendre les dispositions suivantes ;

t /° Vous serai obligé si pouviez obtenir M. GmUemin que capitaine vaisseau Roquefeuil rejoigne immédiatement Saloniqiie.

2" Vous prie de prendre dispositions pour que 8 décembre tous nationaux qui désirent quitter Athènes aient évacué la ville. Il importe de ne pas laisser au roi liberté d'action.

5"^ Vous demande me faire connaître si troupes autres que 46" D. I. C. vous sont nécessaires au Pirée pour votre sécunté ou tout autre cause.

4" Si le pouvez, dirigez sur Salonique immédiatement sans mettre à terre au Pirée tous éléments de 46* D. 1. C.

5° Dès que le jugerez possible et sans avis préalable, bombardez en rectifiant tir par hydravion, poste T. S. F, qui communique depuis quarante-huit heures avec Sofia et Berlin. Détruisez-le par canon ou par hydravion. Si croyez ne pas devoir agir ainsi, vous serais reconnaissant me prévenir.

6' QuaveZ'Vous décidé sur Volo ? Ai intention ultérieurement y envoyer contingent, par excim'fc de 46' D. I. C.

7'^ Il importe arrêter tout mouvemim ^uuLtnuuiujn grecque en Thcssalie. Par suite, veuillez faire couper complètement pont du canal de Corinthe ' ■ ' < ~

mia. Faites également faire destructions L^ phiques que croyez possibles pour isoler Grecs <': Athènes.

8" Commission ravitaillement Grèce, vu état blocus et situation même à Athènes; ne doit plus fon Vous prie en conséquence dinger sur Salon i, taillcments destinés à Macédoine et lies soumises à gouvernement provisoire.

9" Pourriez-vous éventuellement bombarder Athènes ou quartier avoisinant palais, efficacement avec proj aies en nombre suffisant et produisant réellement t/' .'.^ non de rupture mais de destruction?

40^* Ces disposUions peuvent paraître anormales, mais avec conduite actuelle grecque, il n'y a pas à croire ' ront usages admis et droits consacrés, s'ils itum. Il faut donc agir immédiatement et avec foi tc. Il y a nécessité militaire absolue. Plus de communication du roi avec Berlin , ni avec Péloponèse ou Thessalie,

Accusez réception. »

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