‹ Mon dernier-né: gaietés parisiennesChapitre 36 sur 58 · DE VILLE EN RONDE DE NUIT · texte numérisé non relu

DE VILLE EN RONDE DE NUIT

Boulevard Barbes. — Les deux sergents de ville marchent à côté Tun de l'autre lentement, d'un pas cadencé.

Premier Sergent. — Nous allons avoir un changement de temps demain.

Deuxième Sergent. — Vous croyez ?

Premier Sergent. — J*en suis sûr.

Deuxième Sergent. — A quoi connaissez-vous cela ?

Premier Sergent. — A mes pieds, qui me font un mal horrible... ils ne me trompent jamais. (Un silence,)

Deuxième Sergbnt. — Avez-vous lu les journaux, ce soir ?

Premier Sergent. — Oui. Rien d'intéressant. Je ne sais vraiment pas par quelles mazettes on les fait rédiger aujourd'hui. {Nouveau silence,)

Deuxième Sergent. — Comme Paris est calme cette nuit !

Premier Sergent. — Nous n'aurons pas grande besogne.

Une voix, dans le lointain, — Au secours! au secours !

Deuxième Sergent. — Allons, bon l

Premier Sergent. — Vous avez entendu ?

Deuxième Sergent. — Parbleu!... C'est de ce côté... encore un bourgeois qui écope!

La voix, s' affaiblissant. — Au secours !

Deuxième Sergent. — C'est bien, on y va. (Au premier sergent.) Au pas de course, mon ancien !

Premier Sergent. — Allez devant... j'ai mal aux pieds. {Le second sergent arrive auprès d'un monsieur renversé par terre,)

Le monsieur. — Oh! la, la!... je dois avoir la tête fendue... Rattrapez-les; ils ne sont pas loin, ils ont tourné par là.

Deuxième Sergent. — Combien sont-ils }

Le Monsieur. — Trois... quatre... je ne sais pas...

mais vous pouvez encore les rejoindre... Ils m'ont

tout pris.

Deuxième Sergent — {Au premier^ qui arrive à

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son tour). — Mon ancien, voici monsieur qui vient d'être attaqué...

Premier Sergent. — Monsieur, j'ai bien ITionneur...

Le Monsieur. — Ne perdez pas une minute, je TOUS en prie... Emparez-vous de leurs personnes.

Premier Sergent. — Monsieur, d'où souffrezvous >

Le Monsieur. — De partout... Mais ce n'est pas l'important... Mettez-vous à leur poursuite!

Premier Sergent. — Rassurez-vous, on ouvrira une enquête demain... Nous ne devons nous occuper en ce moment que de vous, monsieur, et dev<ïtre état affligeant Aidez-nous à vous relever.

Le Monsieur. — Mais... mes voleurs...

Premier Sergent. — Nous allons faire ouvrir une pharmacie et vous y transporter.

Le Monsieur. — Merci... mais... (On sonne -à la porte d'un pharmacien^ chez qui les deux sergents déposent le monsieur,)

Au coin de la rue Myrrha.

Premier Sergent. — J*aperçois un cabaret qui n'est pas encore éteint.

Deuxième Sergent. — Où cela >

Premier Sergent. — Sur la gauche.

Deuxième Sergent. — Allons-y voir. (Ils cognent à la porte d'un marchand de vin.)

Une voix du dedans. — Qui va là?

Premier Sergent. — La police.

La Voix. — Eh benî quoi qu'elle me veut, la police ?

Premier Sergent. — Vous êtes en contravention.

La Voix. — Pourquoi } Je suis fermé.

Premier Sergent. — Vous avez du monde.

La Voix. — Pas un chat.

Premier Sergent. — C'est ce que nous voulons voir. Ouvrez.

La Voix. — Pas moyen... Mon garçon a emporté la clef.

Premier Sergent. — Ouvrez, ou nous enfonçons la porte I

La Voix. — C'est différent. (// s'écoule un instant assez long.)

Premier Sergent. — Eh bien! c'est-y pour aujourd'hui }

Deuxième Sergent. — Dépêchons-nous !

Le Marchand de vin, se décidant à ouvrir. — Vous voyez bien qu'il n'y a personne.

Premier Sergent. — Hum 1 (Ils jettent un regard soupçonneux vers la pièce du fond.) Vous ne devez pas rester éclairé après une heure.

Le Marchand de vin. — Je couche dans mon ma-

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gasin ; il faut bien que j'y voie pour chercher mes puces.

Deuxième Sergent. — Le règlement est précis : pas de lumière !

Premier Sergent. — Ou un procès-verbal.

Le marchand de vin, grommelant. — Malheur !... On va éteindre.

Premier Sergent. — Et plus vite que ça ! {Les deux sergents s'éloignent.)

Rue Labat«

Premier Sergent. — Tiens! une femme!

Deuxième Sergent. — C'est vrai. Accostons-la.

Premier Sergent. — Elle n'a pas l'air de nous éviter. — Halte-là I

La Femme. — Bonsoir, mes enfants.

Deuxième Sergent. — On ne passe pas !

P rem. er Sergent. — D'où venez-vous?

La Femme. — Vous le devinez bien... du bal de l'Elysée, mes chéris.

Premier Sergent. — Si tard I

La Femme. — C'était bal de nuit... et un chouette bal, j'ose le dire.

Premier Sergent. — Ce n'est pas une raison.

GAIKTis PARfSIBNNES 24 1

La Femme. — Comment! ce n'est pas une raison... eUe est bonne celle-là, mes amours.

Premier Sergent. — Nous ne sommes pas vos amours.

La Femme. — Je Tespère bien. Mais suivez au moins mon raisonnement. Puisque vous permettez qu'on aille au bal, vous devez permettre aussi qu'on en revienne. J'en reviens. {Les deux sergents se regardent.)

Deuxième Sergent, ébranlé. — Au fait...

Premier Sergent. — Cela paraît, au premier aspect...

La Femme. — Vous voyez bien !

Premier Sergent. — Et... où allez-vous, à présent }

La Femme. — Chez moi, mon gars. On est dans ses meubles. Je vais revoir mon Gustave.

Premier Sergent. — Qu'est-ce que c'est que Gustave ?

La Femme. — Ne faites donc pas le malin Î^C'est mon petit homme, pardi!... Tenez, voyez- vous cet œil au beurre noir? C'est de sa façon et j'en suis fière.

Premier Sergent. — Passez, la loi vous accorde sa protection.

La Femme. — Et à Gustave aussi?

Premier Sprgent, — Surtout à Gustave.

i4< MON oemaBR-Ni

Sur le boulevard Rocliechouart.

Premier Sergent. —Oh! oh!

Deuxième Sergent. — Quoi?

Premier Sergent. — Un homme endormi sur un banc.

Deuxième Sergent. — Ça n'est pas naturel, il faut le réveiller. {Ils vont à r homme et le secouent,) Holà ! hé, Tamil

L'Homme. — Rrrron...

Les deux Sergents. — Allons, debout!

L'Homme. — Que que vous me voulez ? Ce n'est pas moi... Non, ce n'est pas moi I

Deuxième Sergent, riant. — Il dort encore.

Premier Sergent. — Qu'est-ce que vous faites là?

L'Homme. — i- C'te farce! vous le voyez bien... je dors.

Deuxième Sergent. — On ne dort pas sur la voie publique, c'est défendu.

L'Homme. — A qui ça fait-il du mal? Est-ce que je gêne la circulation?

Deuxième Sergent. — Non, mais on pourrait vous dévaliser,

L'Homme. ~ Moi? J'cfôis pas.

Deuxième Sergent. — Vous seriez bien mieux dans votre lit.

L'Homme. — Faudrait en avoir.

Premier Sergent. — Cas de vagabondage... Suivez-nous au poste.

L'Homme. — Je m'appelle Jean Poilu, je suis ingénieur de mon état. J'ai rien à démêler avec la justice.

Premier Sergent. — Suivez-nous tout de même... Vous prouverez demain votre identité devant M. le commissaire de police.

L'Homme. — Ah! c'est comme cela! {Il file comme un lièvre.)

Deuxième Sergent. — Faut-il courir après lui ?

Premier Sergent. Il a de bonnes jambes... et moi, j'ai mal aux pieds.

Avenue Trudaine.

Premier Sergent. — Je crois que UDtre ronde est terminée.

Deuxième Sergent» — Je le crois aussi.

Premier Sergent. — Dites-moi l'heure qu'il est.

Deuxième Sergent, portant la main à son gousset, — Volontiers.,. Ai! on m'a fait ma montre!

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