LES MÊMES, LE FARCEUR
Le Farceur, s'arrètant sur le seuil. — Bravo, mes geotUshommes!... en costume de travalL.. Sainte livrée I On vous prendrait pour des républicains.
Le Prince. — Le creuset est chauffé à blanc ; il ne. s'agit plus que de mettre quelque chose au fond. Que rapportez-vous ?
Le Farceur, fouillant dans sa poche. — Voilà.
Le Prince et le Comte. — Un morceau de plomb !
Le Farceur. — — Assurément. C'est à Racine que je dois cette inspiration.
Le Prii^ce. ■— Qu'est-ce que Racine a à voir là-dedansï
Le Farceur. — Rappelez-vous ce vers célèbre :
Comment en nn plomb vil i'or pur s'est mI changé?
Le Prince et le Comte, — Eh bien }
Le Farceur. — Eh bien ! ne voyez-vous pas là
une piste 1^... Si, dans les temps bibliques, Tor pouvait se changer en plomb, il est évident que le plomb pouvait se changer en or. Ce n'est qu'une recette à retrouver.
Le Prince. — Vous avez raison. (Au comte.) Il est étonnant!... Mettons le morceau de plomb dans le creuset.
Le Farceur. — Cest fait.
Le Comte. — Est-ce tout.^ N'y mettons- nous que cela?
Le Farceur. — Un peu de ma poudre, à présent. (Il jette quelques pincées de poudre dans le creuset; une odeur infecte se répand dans la chambre.)
Le Prince.. — Pouah !
Le Comte, se bouchant le nez. — Fi I qu'est-ce que cela ?
Le Farceur. — . C'est de la poudre de bezoard délayée dans de l'urine de lynx.
Le Prince. — Cela prend odieusement ^ la gorge.
Le Farceur. — Ne craignez rien, c'est l'affaire de dix minutes.
Le Comte. — Grand bien vous fasse I
Le Farceur. — Maintenant, remettons le couvercle et laissons le mystère s'opérer.
Le Comte. — Oui! oui ! remettons le couvercle... Ça puera moins.
Le Prince. — Et quand le mystère sera-t-il opéré, maître ?
Le Farceur. — Demain matin, messieurs.
Le Prince et le Comte. — A demain ! {On se sé^ pare,)