MADAME DE LÉRY, MATHILDE
MATmLDE, seule, — Il s'est cavale. Que je suis malheureuse !
La MARQUISE. — Personne dans l'antichambre!... Où donc est ton marron sculpté de domestique ? Il sera retourné à la Comédie-Française, bien sûr.
Mathilde. — Déjà revenue du bal?
La marquise. — Tais-toi, je n'y ai pas fichu les pattes.
Mathilde. — Pourquoi ?
29S MON DF.RNIER'NÊ
La marquise. — Le municipal m'a cherché des raisons. Oh ! le pouvoir!... Eh mais! avance un peu à Tordre.., Qu'est-ce que c'est que ces mirettes-là .> On a donc épluché des oignons ici )
Mathilde. ^ Mais non.
La marquise. — Attends donc. C'est à cause de la blague à Nini, n'est-ce pas? J'ai fait des potins, Baign ! !
Mathilde. — Eh bien, oui. Je lui ai demandé cette blague et il me Ta refusée.
La marquise. — Le chenapan!... Attends, j'ai une idée qui me transperce le bourrichon. As-tu confiance en moi } Veux-tu faire ce que je te dis ?
Mathilde. — Avec élan !
La marquise. — Avec élan ou avec un autre, n'importe. Écoute-moi bien {Coup de trompe.) V'ià le tramway qui passe, monte dedans, fais semblant d'aller au bal, et reviens dans un quart d'heure. Maintenant, où est ta blague ? Enveloppe-la dans ce papier. Au coin de la rue, tu l'enverras par un Savoisien à M. de Chavigny.
Mathilde, — Eh bien, et toi )
La marquise. — Moi, je reste avec ton légitime.
Mathilde. — Pourquoi faire ?
La marquise. — C'est mon secret. Tu le sauras au retour. Enfant, je veux tcn bonheur !
Mathilde. — Mais je ne suis pas coiffée. Comment croira-t-il que je suis allée à ce bal?
La marquise, allant à la cheminée. — Prends ce perroquet empaillé et mets-le dans tes cheveux. Tu arrangeras cela en route, va. {Mathilde sort,)