PAR LE CHANOINE STEPHEN COUBE
M. Thiers disait il y a trois quarts de siècle que le Zemps des pélérinages était passé. On ne verrait plus pensait-1, ces foules formidables du moyen-âge qui se rendaient à Chartres, au Mont-Saint-Michel, au Puy, à Rocamadour, à Saint-Jacques de Compostelle, à Romel Fini le temps de la foi et des enthousisames populaires! Pauvre M. Thiers, avait à peine fini d’'écrire cette phrase monumentale, que les foules se mettaient en marche pour aller à Lourdes où l’on a vu les pélerins défiler par centaines de mille.
Mais que dirait-il de nos jours où l’on va à Jérusalem comme au temps des croisades, où, chaque année, des armées de catholiques de tous les pays envahissent la Basilique de Saint-Pierre et vont s'agenouiller devant le berceau du Pauvre d'Assise! Que dirait-il devant les pélerinages canadiens comme celui qui est raconté dans ces pages et que le zélé curé de Saint-Eusèbe de Verceil, M. J.-N. Dupuis, a conduit l’an dernier !
Ce fut, comme l’a dit le Pierre l’Ermite de cette pacifique croisade, un beau poème en plusieurs chants ; poème eucharistique au Congrès d'Amsterdam; marial
à la grotte de Lourdes; virginal au Carmel de Lisieux; papal au Vatican; artistique à travers l'Italie; national à travers la France, où chaque étape réveillait un: souvenir du passé commun de la vieille mère patrie et: de so fille du Canada.
Amsterdam, c’est bien, puisque c'était l’Eucharistie; Rome c’est mieux, parce que c’est Rome. Mais ce qui nous intéresse le plus, c’est la communion de l’âme: canadienne avec l’âme française. Il est bon pour la France qu’elle connaisse cette vaillante race d’au-delà des mers, issue de son sang et de son coeur, fruit ma-gnifique de sa fécondité spirituelle et l’une de ses gloires les plus pures. Elle a beaucoup à apprendre de ses fils qui ont gardé intactes les traditions de foi em-portées jadis de ses provinces chrétiennes. Mais, j'ose le dire, Les Canadiens ont aussi quelque chose à appren-dre de la France, de cette nation qui, en dépit des révolutions, est restée, au dire des derniers Papes, la nation très chrétienne, et à qui Benoît XV et Pie XI ont décerné un nouveau titre au moins aussi beau que tous les anciens: “La Mère des Saints”. Mère des Saints, elle « prouvé qu’elle méritait ce nom par les canonisations si nombreuses de ces dernières années et celles qui s'annoncent pour 1925. J'entends dire que certains étrangers en sont un peu jaloux et qu'ils écrivent à Rome: “Il n’y en a donc que pour les Français ! Les voilà qui prennent le ciel d'assaut l” C’est un peu vrai, n'est-ce pas, Jeanne d'Arc, Marguerite-Marie, Bienheureuse Louise de Marillac, Mère Barat, Mère
Postel, Petite Bernadette de Lourdes, Petite Soeur Thérèse de l'Enfant Jésus, Curé d’Ars, Père Eudes ? N'est-ce pas, Martyrs canadiens, Carriélites de Compiègne, Religieuses d'Arras, de Cambrai, de Valenciennes et d'Orange ? Il n’y en a que pour vous! Voilà des victoires qu valent celles de la Marne et de Verdun. Voilà un impérialisme céleste que l’on ne pourra pas nous reprocher, car c’est Rome elle même, c’est Pierre qui met ces auréoles au front de nos compatriotes.
Nos compatriotes ? Les vôtres aussi, chers pélerins Canadiens, car ne vous êtes-vous pas sentis chez vous dans ces provinces de Normandie, de Bretagne, de Picardie, du Maine, du Poitov, de la Saintonge, d'ou sont partis vos frères, dans ces merveilleuses cathédiales gothiques, les plus belles du monde, qu'ils ont contribué à bâtir, en un mot, d’un bout à l’autre de cette France, dont vous parlez la langue et où vos noms rendent un son français au moins aussi pur que les nôtres. Notre-Dame de Lourdes est votre mère. Soeur Thérèse de Lisieux est votre soeur. Tous les Français sont vos frères. Ils vous aiment. Continuez à les aimer. Nous avons à gagner, vous et nous, à un contact toujours de plus en plus intime et fréquenñi.
STEPHEN COURBE, Chanoïine de Cambrai, d'Orléans, et de Nice.
Prédicateur du carême à Saint-Eusèbe de Verceil.
Montréal, mars, 1925.