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AVANT PROPOS

PAR L'abbé J. N. Dupuis, curé de St-Eusèbe de Verceil

Au Congres eucharistique d'Amsterdam SOUVENIRS D'UN PELERIN

Du 24 au 27 juillet dernier, nous avons vécu des heures inoubliables, en cette ville considérablement hérétique, et si pittoresque d'Amsterdam devenant un centre eucharitsique. C’est là que s’est tenu Île vingtseptième Congrès international. La pensée était grande, le projet hardi. Mais le Comité permanent des Congrès eucharistique internationaux, de concert avec l’admirable organisation catholique néerlandaise, a su triompher de tous les obstacles. Cette cité aux trois-quarts protestante a été témoin d’une imposante manifestation en l’honneur de Jésus-Hostie, et aussi d’une éclatante manifestation de la puissance et de l’autorité pontificales. D'ailleurs, comme l’écrivait l’un de nos éminents compagnons de route, M. François Veuillot, “ces congrès inaugurés pour la gloire du sacrement des autels, ont pris, depuis longtemps, sans rien perdre de leur caractère primitif, un aspect d’hommage à la Papauté”. Quand on veut honorer la présence de Dieu sous l’hostie, il est logique de vénérer, en même temps, la représentation de Dieu dans le Pape. Lien véritablement doctrinal.

C’est ce que nous avons vu à Montréal, en 1910. Son Eminence le cardinal Vincenzo Vanutelli, légat pontifical, a éét partout l’objet d’un respect filial et affectueux, dont le doyen du Sacré Collège aime encore à parler aujourd’hui avec l’émotion la plus vive et la plus visiblement sincère.

Il en fut de même en 1924, à Amsterdam. Le cardinal Van Rossum, préfet de la Propagande, représentant Sa Sainteté Pie XI, a été la raison d’être d’une réception absolument triomphale. Une légat pontifical est plus qu’un ambassadeur, il ne représente pas son souverain, il le personnfie.

Sur les quais du vieux potr d'Amsterdam, où débarquait le cardinal Van Rossum, aussi bien sous l’immense arène du Stadium où il officiait pontificalement, nous avons senti l’autorité morale du Saint-Siège sur les protestants eux-mêmes; mais bien davantage encore, nous avons salué avec une joie profonde la paternité du Souverain Pontife sur la grande famille catholique. Prêtres et fidèles, nous étions rassemblés autour de Légat, de tous les points du monde. Le Canada comptait là une quinzaine de prêtres, et une trentaine de fidèles, tant de langue française que de langue anglaise. C'était une délégation plutôt modeste, mais partout elle fut la bienvenue. Nous nous sommes sentis chez des frères, sous le regard du bon père de famille.

Il y avait là des organisations de tous les pays du monde. Les plus vieilles chrétientés comme les plus

jeunes y étaient représentées. Des prélats du rite oriental y tenaient leur rang hiérarchique au milieu de l’épiscopat latin. Combien il me fut agréable de rencontrer là un ancien confrère de la Propagande, à Rome, Mgr Nisolas Doberic, archevêque d’Antivari, primat de Serbie ! Avec quel bonheur nous avons revu Mgr Doubleday, évêque de Brentwood, chez qui nous avions passé jadis de si fructueuses vacances à Londres, alors que nous étions étudiant à Paris. Et tous ces représentants qualifiés de tous les peuples, et toutes ces races diverses, et toutes ces langues multiples acclamaient du même coeur, avec la même tendresse filiale, dans un seul et même hommage, leur pontift, leur chef, leur père et leur roi.

Sans entrer dans le détail des séances et des offices, rappeolns les grandes lignes de ce congrès qui est maintenant entré dans l’histoire. Il a comporté, conformément aux traditions établies, quatre sortes d’hommages ou de pratiques en l’honneur du sacrement divin: des exercices de piété qui conviaient les pèlerins d'Amsterdam aux veillées d’adoration nocturne ou diurne et aux messes de communion; des réunions d’études où les différentes sections nationales examinaient les meilleurs moyens de répandre et de raviver la dévotion eucharistique; des assemblées générales dans lesquelles une suite ordonnée de discours affirmaient la doctrine, les gloires et les bienfaits de l’Eucharistie; enfin les majestueuses cérémonies publiques dont le déploiement exaltait le Dieu caché

dans une petit morceau de pain.

C’est principalement à ces dernières manifestations que le pèlerinage canadien prit part. L’absence de salles et de sanctuaires assez spacieux pour contenir la multitude des congressistes et, disons-le aussi, les lois qui interdisent encore les cortèges liturgiques à travers les rues de Hollande, ont élargi, puis limité les trois grandes démonstrations dans l’enceinte du Stadium.

Le samedi 26 juillet au soir, vingt-cinq mille auditeurs ont eu nettement la vision du double caractère de ce Congrès qui embrassent et surélèvent l’humanité: la fraternité des catholiques entre eux, et leur union intense avec le Christ. Les déclarations des sections nationales, le discours de Mgr eylen, que nos lecteurs ont vu à Montréal en 1910—surtout l’allocution du cardinal-légat— fervent rédemptoriste hollandais qui ne laisse pas d’être un patriote éclairé — ont témoigné éloquemment de la plus émouvante, unanime et victorieuse aspiration vers l’Eucharistie.

Le dimanche matin, à 9 h. 30, le Stadium qui contient trente-huit mille places était, cette fois, littéralement rempli, des bords de la piste au sommet des murs d'enceinte. Et de cette foule priante et recueillie, tous les veux, tous les coeurs regardaient vers l'autel. En face de la Confession improvisée, drapée de jaune et de blanc, toute une partie de l’arène est devenue un vaste sanctuaire que domine le trône pontifical au milieu des fauteuils rouges disposés pour les

sept cardinaux, dont un cardinal de Curie, Son Eminence Luigi Sincero—et aussi des sièges verts aménagés pour les cinquante-trois primats, archevêques, évêques et abbés mîtrés. En arrière frissonnent les surplis d’un choeur de cent cinquante séminaristes, et moutonnent les têtes blondes d’une chorale de trois cents garçonnets. Partout sont installés les disques menus du haut-parleur qui permettent à l’auditoire de suivre exactement toutes les parties de l'office. L’entrée du légat pontifical, accompagné de sa cour de prêtres et de chevaliers, soulève une immense acdclamation que la célébration de la grand’messe va changer en un silence impressionnant. Quel concert mystique que l’accord des chants d’église, harmonieusement exécutés, avec le silence éloquent de tout un peuple en adoration !

Près de quarante mille fidèles avaient assisté à cette pontificale. À 3 h. de l’après-midi, ce total était certainement doublé. Non seulement le Stadium était aussi bondé que le matin, mais les vastes terrains d’alentour avaient peine à contenir la marée humaine qui battait les murs extérieurs de l'édifice. Et la procession se mit en branle, ordonnée par cette merveilleuse organisation qui a caractérisé tous les instants du Congrès, comme elle soutient et unit toute l’union catholique néerladaise. Deux heures durant le long défilé des centaines de bannières, suivi de hautes personnalités catholiques, entre lesquelles le Premier Ministre de Hollande, et deux de ses collègues, puis

des manteaux blancs, des robes noires et des frocs bruns d’une armée de religieux, et enfin des dalmatiques et des chasubles dorées des prêtres et des évêques, précéda le saint Sacrement porté par le Légat du Pape, autour de l’arène sur les prairies environnantes.

Cependant derrière le dais soutenu et escorté par vingt-cinq chevaliers de Malte, en tunique rouge, une suite de sept cardinaux semblait tracer un sillon de pourpre. L’un des congressistes les plus distingués, le R. P. de la Taille, S. J., professeur au Collège Romain, nous disait: “Ce qui m’a le plus frappé, c’est le recueillement de la foule”. Aucun autre mouvement que le déroulement majestueux du cortège, aucun autre bruit que le chant des cantiques et le murmure des prières. Pitié grave, conviction réfléchie qui se recueillent au passage de Dieu et pénètrent les témoins d’une émotion profonde. Un trait de cette foule. Une heure entière l’arène du Stadium demeura vide; une heure entière, un religieux debout, devat un des postes d'émission du haut-parleur, égrène son rosaire, lentement et pieusement suivi par quarante mille fidèles étagés sur les gradins. Rien de saisissant comme cette alternance rythmique entre la voix unique et retentissante et le bruissement immense et doux de la multitude.

Mais voici le retour de la procession, et le salut solennel, au milieu d’un parterre de princes de l’Eglise, active la cérémonie du soir et tout le Congrès. Le

TE DEUM éclate enlevé par les choeurs. Et c’est très beau. Mais il est suivi du Tantum ergo scandé par quarante mille voix, sur le rythme universellement populaire. Et c’est plus beau encore. Enfin après la bénédiction de l’‘ostensoir amplement tracée par le Légat du Pape aux quatre points de l’horizon, le doyen d'Amsterdam, auréolé de cierges, emporte le saint Sacrement jusqu’à l’auto qui doit le conduire à l’église prochaine.

Et le départ du Christ ayant rendu la première place au représentant de son Vicaire, le silence de la foule est tout à coup rompu comme une digue brisée par un torrent. Le trop plein d'enthousiasme et d’admiration, accumulé par ce peuple en trois heures de prières et de recueillement, éclate en ovations sans fin.

Tout le Congrès d’Amsterdam— comme les grandes assises internationales qui l’ont précédé— est dans ce double geste du coeur: amour ardent et pratique envers Jésus caché dans l’hostie, attachement inaltérable et infrangible à son représentant visible sur terre.

Abbé Joseph-N. Dupuis

Curé de Saint-Euseèbe-de-V'erceil.

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