EN ANGLETERRE
Durant la nuit du samedi au dimanche, 31 août, nous traversions la Manche et nous abordions à Southampton. Nous trouvions là un train rapide qui nous amenait à Londres où nous arrivions de bonne heure. Nous y avons séjourné jusqu’au 4 septembre. Séjourner est ici une simple manière de s'exprimer. On ne séjourne pas dans la plus grande ville de lunivers. On y voyage lorsqu'on n’a que quelques jours à sa disposition pour visiter cette immense agglomération dont la population est presque égale à celle de tout le Dominion canadien.
Le Marseillais qui, attablé à la devanture d’un café parisien, demandait le “journal de la localité” serait sans doute mal noté s’il faisait à Londres une demande aussi incongrue.
Pendant une journée, nous nous sommes promenés en voiture dans la ville. Une autre journée a été consacrée à une excursion en automobile pour visiter le chateau de Windsor, Stoke-Porges, l’aristocratique et traditionaliste collège d’'Eton.
A ce dernier endroit, on nous a montré, entre autres
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souvenirs historiques, la vieille salle d’étude, religieusement conservée dans l’état de délabrement où l'ont laissée vingt générations d'étudiants experts dans l’art de découper avec leurs canifs les vieux bancs et les vieilles tables d’une construction aussi simple que primitive.
On nous a même indiqué l’espèce de prie-dieu où de futurs membres de la Chambre des Lords vont s’agenouiller, dans un costume plutôt sommaire pour y être flagellés jusqu’au sang. Le gardien est même. allé chercher un faisceau de verges destinées à châtier les coupables qui ont à choisir entre l’expulsion et l’inculcation, à tour de bras, des principes chers aux dignitaires de cette institution. Le gardien affirmait même qu’il avait entendu un homme d’Etat dire à son fils en lui montrant le meuble en question: “Je me suis agenouillé là et la correction que j’y ai reçue et que je n’avais pas volée, m’a fait un bien énorme”.
Nous avons aussi visité Saint-Paul, l'Abbaye de Westminster, la Tour ou plutôt les Tours de Londres. Nous avons vu le billot ayant servi à la décollation de maints personnages historiques, une collection d’armes et d’armures comprenant à peu près tout ce que l’homme a inventé depuis qu’il s’ingénie à se perfectionner dans l’art d’enfoncer des choses rondes ou pointues dans le corps de ses semblables. Nous avons visité les figures de cire de Mme Tussaud, dans le grand Musée où les criminels voi-
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sinent avec les dignitaires dont ils partagent la célébrité.
Nous avons fait plusieurs visites à l'Exposition de Wembley, où nous avons admiré les étalages canadiens-
Lors de notre départ de Londres, six des nôtres nous ont quittés pour retourner en France et prolonger d’un mois leur absence du pays natal, Il y a apparence qu'ils étaient encore imparfaitement guéris de cette fièvre déambulatoire que trois affreux néologismes qualifient de “va-va”, de “bougeotte” et de “tracassin”. Le commencement d’octobre nous les ramènera sans doute satisfaits de leur voyage et convaincus que la vie au foyer offre bien des charmes tout-à-fait introuvables sur les grandes routes. Nos meilleurs voeux accompagneñt dans leur randonnée en Bretagne et ailleurs MM. les abbés Dupuis, curé de Saint-Eusèbe, Meloche, curé de Vaudreuil et Guay, curé de Contrecouer, Mlle Dagenais et M. et Mme Victor Gougeon. M. Guay est parti en aéroplane pour se rendre de Londres à Paris. Il a voulu complèter par une sérieuse envolée, l’expérience précédemment acquise en voyageant avec nous sur mer, sur terre, et même un peu sous terre dans les nombreux tunnels que nous avons traversés, y compris celui du mont St-Gothard.
Revenus à Southampton, nous avons pris passage à bord du Minnedosa, qui nous a d’abord ramenés à Cherbourg, pour nous retraverser à Queenstown, Ir-
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lande, d’où nous sommes revenus directement à Montréal.
Au cours d’un voyage comme celui que nous avons fait, des 1 iens d’amitié se forment entre personnes qui ne s'étaient jamais vues auparavant et qui ne se reverront peut-être jamais. On songe à cela en quittant le navire qui nous a ramenés pour nous disperser. Chacun est heureux d’aller retrouver son foyer; mais cette dispersion hâtive nous rappelle un peu brutalement que les vicissitudes de la vie ont des exigences peut-être nécessaires, mais assurément peu réjouissantes.
En terminant ce récit, qui n’est peut-être pas très amusant, mais qui a réveillé chez moi beaucoup de souvenir agréables, j’adresse, à travers l’espace, un salut amical à tous les joyeux compagnons avec lesquels j’ai vécu en contact journalier pendant plus de deux mois.