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UN PELERINAGE CANADIEN A AMSTERDAM

Une trentaine de Canadiens représentant les différentes provinces du Canada sont de passage à Paris et ont pris leurs quartiers généraux à l'hôtel Lutetia. Après avoir visité les principaux sanctuaires de Paris, nos frères d'outre-mer se dirigent vers Amsterdam, où ils assisteront au congrès eucharistique international. M. l’abbé Dupuis. de Montréal, et le R. P. Cornell, O. M. I., d'Ottawa, sont les directeurs spirituels de cette pieuse excursion.

“A Versailles, les pèlerins ont été reçus par S. G. Meg: Gibier, M. l’abbé Dupuis a présenté les pèlerins, dont dix prêtres représentant les diocèses de Montréal, Ottawa, Kingston, Chatam, Valleyfield, Mgr Millot accompagnait S. G. Mgr l’évêque de Versailles. Les Canadiens connaissaient déjà, de réputation, les deux prélats, dont les ouvrages soint très populaires dans la vieille province de Québec.

“Hier soir, Mgr Beaupin, secrétaire du Comité des

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Amitiés françaises, a été l’hôte d'honneur des pèlerins canadiens à l’hôtel Lutetia.

“Nous souhaitons un heureux voyage à nos frères d'Amérique et nous applaudissons au beau geste de foi qu’ils accomplissent en ce moment. Il convenait que le Canada, pays si foncièrement catholique, fût représenté officiellement au XXVIIe Congrès eucharistique international d'Amsterdam”.

Nous avions d’abord rencontré Mgr Beaupin, à l’église de Saint-Germain des Prés où nous étions allés avec M. Dupuis, rendre visite à M. l’abbè Prévost autrefois de Saint-Jérôme. Pendant notre séjour à Paris nous nous sommes payé un voyage aux champs de bataille. Nous avons vu la cathédrale de Reims cicatrisant lentement ses horribles blessures et ayant conservé, malgré tout, un cachet de beauté incomparable. Nous avons fait 80 kilomètres en pays dévasté et nous en avons rapporté une impression assez pénible en dépit du fait que les travaux de restauration marchent avec une célérité digne d’éloges.

Nous avons traversé la Belgique pour venir ici et nous retournerons bientôt à Bruxelles. Nous avons visité Amsterdam aujourd’hui. Demain, nous ferons une excursion à la Haye. Samedi, nous irons à l’île Marken. Je vous envoie, au sujet du congrès eucharistique, quelques extraits de journaux que vous jugerez peut-être à propos de reproduire dans l’intérêt de vos lecteurs.

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Avec mes compagnons de voyage j'ai revisité, à Paris, la plupart des monuments, musées, etc., précédemment décrits dans mes récits de voyages antérieurs. Ceux d’entre nous qui les avaient déjà vus ont été heureux de les revoir. Pour la troisième fois je suis allé à Versaïlles. Nous avons fait cette excursion en auto, ce qui m'a permis d'admirer de près une région dont le chemin de fer ne m’avait donné qu’une vue très imparfaite. La visite au Séminaire et la cordiale réception dont nous avons été l’objet de la part de Sa Grandeur Mgr Gibier nous ont laissé à tous une impression inoubliable. L’allocution au digne archevêque et l’éloquent discours prononcé en cette occasion par notre directeur spirituel, l’abbé Dupuis, étaient bien faites pour nous donner à tous des saines émotions. Nous étions fiers de notre parenté spirituelle et nationale avec l’éminent prélat et fiers d’être si bien représentés par l’éloquent curé de Saint Eusèbe de Verceil. |

Notre petit groupe contenait une mère de 17 enfants, Mme Emond d'Ottawa, et un père de douze enfants tous vivants; le docteur Chouinard, de Montréal; deux exemples frappants de la vitalité de notre race.

Nous sommes revenus par Marly et nous avons pu voir de près la fameuse machine qui sert à conduire les eaux de la Seine à Versailles.

Le lendemain soir il y avait fête de nuit et plusieurs

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des nôtres sont retournés à Versailles pour jouir du spectacle des grandes eaux donné pour la dernière fois cette année.

Pendant notre séjour à Paris quelques-uns d’entre nous se sont payé le luxe d‘‘un voyage à Reïms et aux champs de bataille. C’est une excursion qui n'offre rien de réjouissant. La magnifique cathédrale de Reims, que l’on est en train de restaurer dans la mesure du possible, offre un aspect bien triste. Elle est presque complètement privée de toiture, mais elle s'élève, majestueuse encore, en dépit des efforts, faits par les Boches pour la démolir. Si je ne me trompe, elle est construite sur l’emplacement du temple marquant l’endroit où Clovis fut sacré roi par mon patron Saint Rémi.

Nous avons d’abord fait une promenade en auto dans la partie dévastée de la ville. La reconstruction se fait assez rapidement, mais il reste encore beaucoup de ruines à déblayer.

A l'Hôtel, comme j'allais m'installer à table, un voyageur me débarrasse un siège sur lequel il avait déposé son chapeau. Sa figure me paraissait familière et je lui demandai s’il n’était pas à bord du Caraquet, revenant des Antilles au printemps de 1922. Comme je portais ma barbe, il ne me reccnnut pas d’abord.

“Bois pourri’ lui dis-je.

Ce mot magique eut le don de refraîchir immédiate-

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ment sa mémoire. |

À son retour des Antilles, il étudiait le français et venait parfois nous consulter ma femme et ‘noi. Or, j'avais eu l’occasion de lui dire que chez nous l’oiseau qu’il nommait Wkip-poor-will se nommait “bois pourri”. Il avait trouvé cela tellement drôle qu’à notre table où nous étions les seuls à parler français, il ne cessait de dire : “bois pourri”. Ce joyeux passager était le docteur Coville de Rochester, N. Y. Il était si content de me retrouver à Reims qu’il vint me répéter plusieurs fois “bois pourri”, pour me dire adieu.

Le monde est bien petit et les mots “bois pourri” ont une éloquence que je ne leur soupçonnais pas.

Après le déjeuner, nous avons fait, toujours en auto, une course d’une quarantaine de milles. Nous avons visité le plateau de Craonne, ou deux bataïllons de chasseurs alpins ont été enterrés par l’explosion d’une mine allemande. Nous avons vu le Chemin des Dames, plusieurs abris camouflés d’où la lourde artillerie boche lançait ses énormes obus; d’autres abris qui avaient servi d’hôpitaux et de salles d’opérations. Partout des ruines; des villages entiers ont complètement disparu. De nouvelles habitations surgissent ailleurs. D'énormes amas de fil de fer barbelé et de vieilles ferrailles arrachés aux entrailles de la terre attestent que la mort et la destruction ont passé par là.

Quant aux tranchées, sauf la différence du sol, elles

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me rappellent celles que j’ai habitées durant la guerre de Sécession. On trouverait même sur le front de Petersburg, Virginie, quelque chose qui ressemblerait beaucoup au plateau de Craonne, car je me souviens que le 31 juillet 1864, le général Brünside, commandant alors le Jième corps d’armée, a fait sauter une mine qui a enseveli deux régiments de sudistes. J'ai vu sauter cette mine à environ un mille de distance et je crois qu’elle a remué la terre aussi profondément que celle du plateau de Craonne.

Le mercredi, 23 juillet, nous faisions, en chemin de fer, le trajet de Paris à Amsterdam, traversant la Belgique sans nous y arrêter, quitte à la visiter un peu en nous rendant, plus tard, d'Amsterdam à Strasbourg.

Encore une région où la guerre a laissé ses traces reconnaissables même lorsque le train vous emporte à toute vitesse et qu’on n’a personne pour nous indiquec les endroits les plus historiquement importants.

Le paysage se modifie graduellement à partir du théâtre des deux batailles de la Marne jusqu'aux confins de la Hollande, où l’on constate que le sol n’a pas volé son surnom de Pays-Bas. Ce sol formé par les apports des rivières et de l’océan est en certains endroits situé au-dessous du niveau de la mer, et l’on a du protéger par des digues les ‘“‘polders” jadis submergés et maintenant en pleine ex2loitation. On fait là, comme presque partout où nous sommes pas-

sés au cours de notre voyage, une culture intensive qui utilise chaque pouce de terrain. Partout des canaux d'assainissement et d'irrigation. De nombreux moulins à vent actionnent des pompes qui prennent, dans un canal, l’eau de mer, dessalée par l’infiltration, et la rejettent dans un canal moins élevé, qui sert à l'irrigation et déverse le surplus à la mer. En Hoïlande, il paraît que la fortune d’un propriétaire terrien ne se calcule pas par le nombre d’hectares qu’il possède mais par le nombre de ses moulins à vent.

Nous n'avons pas flâné en Hollande, pas plus ailleurs du reste. Sans compter les excursions que quelqunes-uns des nôtres se sont payées en dehors du programme prévu par Thomas Cook & Son, nous avons fait une promenade en voiture dans la ville d'Amsterdam. Une excursion d’une journée sur le golfe de Zuyderzée, à Volendam et à l’île Marken; une excursion d’une journée à la Haye, visite de la vil- Je en voiture et promenade jusqu’à Scheveningue, la fameuse plage hollandaise.

Ancienne capitale de la Hollande, Amsterdam est en partie construite sur pilotis Ses nombreux canaux l'ont fait surnommer la Venise du Nord.

Je prends les détails qui précèdent et ceux qui vont suivre dans notre “Programme” du pèlerinage Canadien. Je ne vois pas pourquoi je n’utiliserais pas cette appréciation puisque j'ai eu l’occasion d’en constater le bien fondé.

Il s’y fait un grand commerce de diamants, dit le programme, Nous avons eu l’avantage d’être admis dans un atelier où nous avons vu les tailleurs de diamants à l’oeuvre.

“La ville est défendue par tout un système de forts et les écluses peuvent inonder tout le pays. Ce moyen de défense la sauva des armées de Louis XIV. Cependant les Français y entrèrent en janvier 1795, la gelée ayant transformé les eaux des fleuves en une route solide.”

C’est en cette occasion, je crois que la cavalerie française s’empara d’un navire de guerre incapable de se MOUuvVOIr.

Outre le pont de l’Amstel, Amsterdam possède plusieusr édifices remarquable. La vieille église (Oudekerk); la nouvelle église (Nieuwekerk); l’ancien hôtel de ville (Stadhuis), aujourd’hui palais royal, l’un des plus beaux et des plus vastes monuments des Pays-Bas: le nouvel hôtel de ville, renfermant de véritables trésors d’art, entre autres le célèbre tableau de Rembrandt La Ronde de Nnuit, le musée de l'Etat (Rijksmuseum) qui contient une précieuse collection d’estampes et parmi les tableaux, quelques-uns des principaux chefs-d’oeuvre de l’école hollandaise, Amsterdam est une ville savante dont les instituts et les écoles sont depuis longtemps célèbres.

Des cérémonies du XXVIIe Congrès Eucharistique International, nous n’avons vu et entendu que la messe

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solennelle en plein air chantée au Stadium le dimanche 27 juillet. Il faudrait une plume mieux trempée que la mienne pour rendre compte de cette belle et touchante cérémonie. Six cardinaux et un très grand nombre d’archevêques, évêques et autres dignitaires ecclésiastiques figuraient en grande pompe et avec tout l’apparat des grandes manifestations.

Un ingénieux système d’accoustique rendait perceptible à l’immense foule, les chants, les prières et les exhortations des officiants. Le Stadium peut contenir 40,000 personnes et il était littéralement bondé. Le recueïllement parfait de tous les assistants était admirable, et nos pèlerins ont rapporté le plus impérissable souvenir de cette belle manifestation en l’honneur de Jésus-Hostie.

A la promenade en voiture, quelques-uns d’entre nous ont cru devoir ajouter une course en bateau qui nous a permis de parcourir la ville et de la voir sous un nouvel aspect, autre, mais non moins pittoresque. Nous avons cependant été obligés de faire de nombreuses courbettes afin de ne pas être décapités par les ponts, qui facilitent la circulation des voitures et des piétons mais gênent un peu celle des embarcations à vapeur, dont les tuyaux s’abaissent et se relèvent vingt fois sur un parcours de quelques milles; maïs une fois rendus dans le port, les hommes et les choses ont cessé d’être astreints à cette politesse forcée, et cette nautique randonnée a été en somme, très

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agréable et très intéressante.

A Ia Haye, nous avons visité le palais de la reine, celui du prince Maurice de Nassau, aujourd'hui transformé en musée. La capitale du royaume de Hollande est surtout une ville administrative, qui n’a pas l'importance commerciale d'Amsterdam; mais elle est située sur un terrain plus élevé qu'ailleurs n Hollande, et nous y avons fort admiré la promenade extérieure du Bois, reste d’une grande forêt au milieu de laquelle la ville s’est d’abord développée et qui renferme l’agréable villa royale nommée Orangenzaal.

Nous avons vu les vagues de la mer du Nord déferler sur la vaste plage de Scheveningue où de nombreux baigneurs prenaient leurs ébats. L’excursion d’une journée sur le golfe de Zuyderzée nous a fait voir des choses et des gens qu’on ne voit pas ailleurs. Dans l’île de Marken, le touriste se demande si toute la mise en scène n’a pas été truquée, si les naturels n’ont pas revêtu leurs costumes et chaussé leurs sabots pour recevoir les visiteurs. Ces costumes ne sont certes pas à la dernière mode, en dehors de Marken, mais cette population de pêcheurs les trouve plus beaux que les nôtres et elle a peut-être raison.

Moi, je trouverais que le pantalon des hommes est attaché trop bas, que leur veste est trop courte, leur chapeau trop bosselé; que les femmes y gagneraient à se peigner autrement, que la coupe de leur corsage n'est pas avantageuse, Des goûts et des couleurs il

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ne faut pas discuter.

J'ai entendu dire à une jeune personne dont la beauté n’était pas extraordinaire: Moi, je ne suis pas laide; je suis tout simplement bizarre.

Sur l'invitation des indigènes, nous avons visité plusieurs maisons où nous avons constaté la bizarrerie de l'aménagement. Les habitants sont parfois obligés de remonter leur lit vers le plafond parce que l’eau de mer pénètre dans leur demeure. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je n’ai nullement l’intention d’aller finir mes jours dans l’île de Marken. A Volendam, nous avons vu d’autres costumes d’un laid tout aussi pittoresque bien qu’apparterant à un ordre d'architecture différent.

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