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LA TRADITION

Hésitier des traditions de la Normandie, berceau d’origine de la plupart des siens, le Canadien a toujours aimé le voyage et on le rencontre dans presque tous les endroits du globe terrestre. On raconte maints récits à ce sujet. Un compatriote parcourant un jour les déserts de l'Ethiopie, aperçut derrière un mamelon de sable deux personnages en burnous en grande conversation. À mesure qu’il s’approchait il crut reconnaître l’accent et les intonations d’une langue qui lui était familière: “Mais, s’exclama-t-il, vous êtes sûrement canadiens l’—“En effet” ! lui répondirent avec assurance les deux grands diables de Touaregs— “Mais que faites-vous donc par ici ?”— “Ce que l’on fait, eh bien, on “‘poigne” des lions pour Barnum. |! 1! 1: 7

Un client me racontait qu’en parcuurnat le Japon il fit la rencontre à Osaka d’un Caradien de Saïnt- André de Kamouraska, ancien capitaine au long cours, qui après le naufrage de son voilier sur les côtes du

royaume des Nippons, s'était établi en cette ville, avait marié une femme indigène et était le père de dixhuit enfants. Voilà un exemple de traditionnalisme vraiment remarquable-- Aussi est-ce avec empressement que chaque année, lorsque l’Agence Cook organise un pèlerinage soit historique ou religieux, les Canadiens s’empressent de s’y inscrire afin d'en apprendre davantage sur les vieux pays et puis revivre, une jois au foyer, les péripéties de l’intéressant itinéraire. Ils en rapportent une foule de souvenirs et d'anecdotes, et souvent, comme vient de le faire M. Remi Tremblay, en font bénéficier leurs compatriotes en en faisant le sujet d’un livre. Parmi ces dermiers, je suis sûr que celui de l’auteur de “Pierre Qui Roule”, éveillera chez ses lecteurs le désir de parcourir le monde pour en connaître davantage et en conséquence, aidera à l’instruction et au développement intellec-. tuel des nôtres.

Emile VAILLANCOURT

Mon dernier voyage a travers l’Europe

Au printemps de 1922, lors de mon retour de Cali- Tornie, je croyais bien avoir fini de voyager; mais la maladie de la bougeotte m’a repris, et c’est une maladie qui ne pardonne pas, à mon âge. Dès l’automne suivant, je faisais seul un rapide voyage à Paris et, peu après mon retour, nous repartions, ma femme et moi pour aller passer l’hiver à la Guadeloupe, Il y a un peu plus de deux mois je repartais, seul cette fois, pour accompagner le pèlerinage Canadien organisé sous la direction spirituelle de M. l’abbé Joseph N. Dupuis.

Au cours de ces trois derniers voyages, je n’ai pas pris de notes, et si je réussis à rendre quelque peu intéressant le résumé que j’entreprends aujourd’hui, je le devrai à la prévoyance et à la bonne volonté de mes compagnons qui, moins paresseux ou plus robustes que moi, ont eu le soin de recueillir par écrit une foule de détails que la plus prodigieuse mémoire ne saurait retenir avec précision. J'ai cependant écrit les deux articles suivants publiés par la PRESSE durant mon absence. Je les intercale ici et je vais tâcher de me remémorer autant que possible les incidents qui m'ont

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le plus vivement intéressé:

En mer, 14 juillet.— Nous sommes 34 Canadiens qui entreprenons un pèlerinage religieux et national. Tous nous comptons des Normands paimi nos aïeux. Nos ancêtres ont conquis l’Angleterre longtemps avant qu’elle eut conquis le Canada . Dans quatre ou cinq jours, Dieu aidant, nous toucherons à Cherbourg, et nous passerons par Lisieux, but ultime de notre pèlerinage. Nous ne nous y arrêterons qu’à notre retour pour rendre hommage à la bienheureuse Thérèse de l'Enfant Jésus. Nous passerons quelque jours à Paris, puis nous irons à Amsterdam pour, assister au 27e congrès eucharistique. Après quelques randonnées en Hollande, nous irons à Bruxelles d’où nous repa:tirons pour Strasbourg où nous irons saluer l’Alsace redevenue française.

En Suisse, nous arrêterons à Lucerne. Nous nous promènerons sur le lac des Quatre Cantons et nous ferons l’ascension du mont Righi. Nous traverserons les Alpes par le Saint-Gothard.

En Italie, nous arrêterons à Milan, Pavie, Venise, Florence, Rome, Naples, Pise et Gênes.

Rentrés en France par Vintimille nous arrêterons. à Nice, d’où nous ferons une excursion en auto jusqu’à Menton ,ce qui nous permettra de voir un peu la minuscule principauté de Monaco. Nous irons ensuite à Nimes et à Vauvert, paroisse natale du mar-. quis de Montcalm. Nous nous dirigerons vers Lour--

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des, où nous visiterons la grotte miraculeuse.

Nous irons ensuite à Bordeaux, d’où nous reviendrons à Paris, puis nous irons à Lisieux visiter le tombeau de la grande thaumaturge. Ceci terminera notre pèlerinage religieux.

De là, nous irons à Honfleur visiter l’endroit d’où Champlain est parti pour le Canada. Au Havre, nous tâcherons d’aller voir le tombeau de notre poète canadien Octave Crémazie.

A Londres nous ferons quelques promenades et assisterons probablement à l’exposition de Wembley, puis nous reviendrons par Southampton, et ie “Minnedosa”, nous remènera à Montréal, vers le 12 septembre.

A Rome nous aurons probablement le bonheur de communier de la main du souverain pontife Pie XI. Tel est le programme que nous nous proposons de suivre. Pour le moment nous sommes au 52e degré de latiutde nord. La mer est belle; le navire tangue un peu et il fait plutôt froid. Les passagers sont nombreux à bord du “Melita”.

Voici la liste de ceux qui suivent le pèlerinage. Cette liste s’augmentera de quelques passagers qui ont manifesté le désir de nous accompagner: Mme RK. Aumais, Montréal, Mile F. Beaudoin, Montréal, M. l’abbé A.-A. Boucher, West Bathurst, N. B., M. A. J. Boucher, Mme A.-J. Boucher, Mlle M. Boucher, Muskegon, Michigan; Mme G. Chouinard, Montréal,

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le Dr D. Chouinard, Montréal, M. F.-P. Carney, Belleville, Ont.;, Miles M. Coffee et F. Coffee, Guelph, Ont.; M. l’abbé S.-A. Corrigan, Stirling, Ont.;, MM. D’Arcy et Harry Coulson, Ottawa, Ont.; M. l’abbé R.-J. Coyle, Kingston, Ont.; Mlle Eva Dagenais, Montréal,, M. A-J. DesLauriers, Heatherton, N.-E.; Mme Joseph Emond, Eastview,; M. le chanoine George Fitzgerald, Ottawa,; M. et Mme Victor Gougeon, Lachine.; M. l’abbé Arthur Guay, (Contrecoeur,; Mile Marie-Thérèse Larseneur, Montréal; M. Prudent Leblanc, Saint-Hyacinthe,; M. Camille Legaré, Montréal; M. l’abbé J.-D. Meloche, Vaudreuil,; M. l'abbé E.-S. Murdock, Renous Bridge, N.-B.; M. John O’Keefe, Ottawa,;, M. l’abbé M. O’Rourke, Westport, Ont.;, Mme E. Pampalon, Montréal; le rév. Père J.-A. Sheehy, S. J., Montréal, M. Remi Tremblay, Montréal,; M. l'abbé E.-P. Wallace, Chatham, N.-B.; M. J.-E. Woods, Pincher Creek, Alta; Mlle Alice Dussault, Québec; Mme J. Coutu, Sherbrooke; directeurs spirituels: M. l’abbé Joseph-N. Dupuis et le rév. Père E.-J. Cornell, O. M. I.

Nous avons à bord, dix-sept prêtres, dont onze suivent le pèlerinage; les six autres assisteront avec nous au congrès eucharistique, à Amsterdam. Chaque jour nous avons plusieurs messes et bon nombre reçoivent la sainte communion.

Dimanche, le 13, nous avons eu une grand'messe chartée par Mer Van Heyster, du diocèse de Green

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Bay, Wisconsin. Il était assisté de M. l’abbé E.-R. Wallace, de Chatham, N.-B., et de l’abbé Coyle de Kingston, Ont. Il y a eu sermon en français, par M. le curé J.-N. Dupuis. Le sermon anglais a été fait par le R. P. Cornell, curé de Saint-Joseph, d’Ottawa. Un autre éloquent sermon a été prononcé, en anglais d’abord, puis en hollandais, par l'abbé Van Nistelroy, de Kimberley, Wisconsin. Le chant de la messe a été fait par les prêtres et les Frères de la Charité et les Frères de la Miséricorde, accompagnés au piano, par une rév. Soeur Ursuline de Jésus. Celleci vient d'Edmonton et se rend à Lyon, à sa maisonmère, Cinq ou six religieuses font la traversée avec nous.

À la grand’/messe, Mme King, épouse du consul de Belgique à Fort-Williams, a chanté l’‘‘Ave Maria” de Maillard.

Nous avons le Frère Léonard, supérieur général des Frères de la Miséricorde, et le Frère Philémon, supérieur général des Frères de la Charité. Les ordres religieux représentés à bord sont les Franciscains, les Jésuites et les Oblats. Les diocèses représentés sont ceux de Montréal, Valleyfield, Ottawa, Kingston, Chatham, N.-B., Winnipeg, Green Bay, Wisconsin et Cleveland, Ohio.

Aujourd’hui, 14 juillet, fêtêe nationale française, on a organisé et exécuté tout un programme de sport. La musique du “Melita” a joué la “Marseillaise”,

“Madelon”, etc. M. l’abbé J.-D. Meloche, curé de Vaudreuil, a jeté à la mer, par 52””.34 de latitude nord et 29”.18 de longitude ouest, une bouteille soigneusement bouchée et contenant quatre lettres: l’une, écrite en latin, par MM. l'abbé J.-N. Dupuis, une écrite en français par M. le curé Meloche, une écrite en anglais par le R. P. Cornell, et une écrite en hollandais par M. l’abbé Van Heyster.

Nous formions, à bord, une espèce de congrès international et religieux; international, parce que presque toutes les nationalités y sont représentées ; religieux, puisque c’est la préparation au congrès eucharistique et aussi à notre pèlerinage.

Nous avons des gens venus de la Chine. entre autres le docteur J.-H. Sanders et M. E.-M. Hazeland, architecte, de Hong-Kong. Nous en avons quelquesuns qui viennent de Kobe, Japon, Mie A.-E. Butler vient de l’île de Formose. Plusieurs passagers viennent de Shangaï, d’autres viennent de Los Angeles. Quelques Français retournent en France. Nous avons aussi à bord M. et Mme L.-M. Cornellier, de Montréal. Les provinces de l’Ouest canadien nous ont aussi fourni leur contingent.

Amsterdam, 24 juillet, 1924.

Depuis une semaine, nous avons quitté le pont du navire et nous déambulons, pédestrement le moins possible, sur ce qu’on est convenu de nommer vulgai-

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rement, le plancher des vaches__et autres animaux plus ou moins raisonnables.

Si vous vous imaginez que nous avons eu le temps d'écrire, ou même de prendre des notes, vous vous enfoncez un doigt dans l’oeil jusqu’à la quatorzième capucine.

D'abord, nous avons rapidement traversé cette superbe partie de la Normandie qui s'étend de Cherbourg à Evreux, y compris le Cotentin renommé par la qualité de ses animaux de boucherie.

Le train s’est un peu arrêté à Caen, mais nous n’avous pas eu le temps de goûter aux fashionables tripes qui concourent à la renommée de cette ville, assez célèbre du reste pour se ficher du Caen diraït-on.

A Lisieux, le train s’est arrêté aussi, et nous avons bien hâte d'y revenir puisque c’est l’ultime but de notre pèlerinage.

La bienheureuse Thérèse de l'Enfant Jésus a, u

du haut du Ciel, sa demeure dernière, vu passer notre convoi. Elle sait que nous reviendrons, elle intercède pour nous durant notre voyage et attend notre retour à l’endroit où elle s’est sanctifiée durant son existence terrestre. Nous y retournerons pleins de confiance en sa puissante intercession.

La campagne normande a été toute une révélation pour ceux des nôtres qui n'avaient jamais eu l’occasion d'admirer le riant aspect des multicolores champs

de culture de cette splendide région. Les blés aux

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blonds épis ondulants, alternant avec les vertes prairies, les haies vives, les arbres fruitiers et les bouquets de bois dans un pays où une sage règlementation du service des eaux et forêts rend impossible le déboisement si inconsidérément pratiqué dans notre pays natal.

Nous avons depuis parcouru d’autres parties de la France et partout nous avons remarqué le même aspect net, riant et prospère de la campagne. La France est belle et l’on dirait qu’elle avait fait sa toilette pour recevoir ses enfants qu’elle a pu oublie: mais qui ne l’oublient certainement pas après plus d'un siècle et demi de séparation.

Je n‘entreprendrai pas de vous décrire tout ce que nous avons vu à Paris. Il faudrait des volumes pour en donner un pâle résumé qui resterait incomplet. Tous nous sommes allés à Notre-Dame, à la Madelein:, à la Sainte chapelle. Il y a eu visite des musées, au Louvre, voyage à Versailles. La Croix de Paris publie un article relatif à notre pèlerinage et à notre réception par Mgr Gibier. Ce vénérable évêque a produit une profonde impression chez tous les pèlerins qui n’oublieront jamais avec quelle éloquence et quelle élégante simpliciré, il sait exprimer les nobles pensées qui animent son coeur d’apôtre. Nos pèlerins ont été heureux et fiers d’entedre leur compatriote, M. le curé Dupuis, répondre à l’illustre évèque et exprimer leurs sentiments en un

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langage châtié, bien propre à prouver que nos franco-canadiens, quelques-uns d’entre eux du rnoins, ont su conserver dans toute son élégante püreté notre belle langue maternelle.

Voici ce que dit la CROIX:

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