‹ Mon encrier (volume 2)Chapitre 4 sur 10 · LE MERLE · texte numérisé non relu

LE MERLE

C'est très facile à faire :

On prend un W qu'on met sur un Y.

Et plus loin:

Tout ça, c'est des vieilles escarpolettes,

Et qui ne valent pas mon trapèze en bois neuf ! O ma cage ! signons le joyeux trois-six-neuf. On est des ducs ; on a de l'eau filtrée à boire. . .

Et encore:

Mon vieux, c'est pas ma faute, Moi je ne marche pas !

{Sautant vivement de côté.)

Prends-moi comme je " fuis " !

Cela n'est rien, si vous voulez. Et rien non plus, les " rasta ", les " chic les " mince alors! " qu'il nous débite... Seulement il ne dit pas autre chose. Il parle comme cela du commencement à la fin. Et c'est, si je ne me trompe, le deuxième rôle de la pièce.

En vain dira-t-on que M. Rostand a voulu faire du Merle le personnage antipathique. Les autres ne parlent pas différemment, ou c'est tout juste. Patou, sous prétexte de " flétrir " le Merle, trouve quand même moyen de nous parler de la vache " qui la connaît dans les foins" et du canard à qui l'on répond : " Ça t'en bouche un coin-coin ! " La Faisane défend qu'on lui fasse même " un doigt... de basse-cour ". Enfin il n'est pas jusqu'à Chantecler lui-même qui, toujours sous couleur d'en remontrer au

Merle et même sans ce prétexte, — ne verse avec joie dans le calembour et dans l'argot. Ne dit-il pas à la Faisane, dès le 1er acte, pour lui vanter la puissance de son chant :

... Le mur, lorsque je chante, En bave des lézards . . .

N'est-pas lui qui s'écrie, au Illme:

Coq du Japon, silence, Ou bien je vous rabats votre " kakémono " I

Ne dit-il pas au Merle:

On voit luire l'œil rose Du lapin que l'esprit, quand tu l'attends, te pose l

Toujours au IÎIme, ne lance-t-il pas avec une visible satisfaction ces mots distingués que sans doute l'Académie française — dont M. Rostand fait partie — se fera un devoir d'accueillir dans son dictionnaire : " C'est du chiqué ! ", " C'est du plaqué ! ", " Il croit nous épater ! ", " Vous pouvez vous fouiller ! "

Citerai-je encore ? — Si vous voulez. ..Prenons-le cette fois dans un autre genre :

CHANTECLER {aux coqs étrangers ) .

Oui, Coqs affectant des formes incongrues, Coquemars, Cauchemars, Coqs et Coquecigrues, Coiffés de cocotiers supercoquentieux . . . — La fureur comme un Paon me fait parler,

Messieurs,

J'allitère ! —

Oui, Coquards, cocardés de coquilles, Cocardeaux, Coquelins, Coquelets, Cocodrilles, Au lieu d'être coquets de vos cocoricos, Vous rêviez d'être, ô Coqs, de drôles de cocos ! Oui, Mode ! pour que d'eux tu t'emberlucoquasses,

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