‹ Mon encrierChapitre 32 sur 37 · livre dont le succès fut tout de suite prodigieux · texte numérisé non relu

livre dont le succès fut tout de suite prodigieux

Tous les journaux ne parlaient plus que du

nouveau chef-d'œuvre, il s'en vendait plus

de mille exemplaires en l'espace de quelques

semaines. N'ayant pu mettre encore la main

sur le volume, désireux néanmoins d'en avoir

quelque idée, nous voulûmes savoir, d'un ami

de Québec, ce qu'en pensait M. l'abbé Camille

Roy. Par le retour du courrier, nous recevions,

découpé de l'Action Sociale, un article où M.

Roy, avec son autorité habituelle, développait

abondamment son opinion sur l'auteur et sur

le livre. C'était justement cet article qui, dès

le premier jour, avait fait la fortune singulière

de l'ouvrage.

Il faut dire qu'il y avait de quoi. M. Roy,

en effet, ne se contentait pas de vanter dans le

roman de M. Dernier des qualités moyennes :

il annonçait au public, purement et simplement,

un chef-d'œuvre. 11 le disait même en toutes

lettres : Au large de l'Ecueil est mieux qu'un

roman passable, c'est un "bon" roman.

Ce n'est pas seulement Jules Hébert et Marguerite Delorme qui ont passé au large de l'écueil ; c'est aussi M. Hector Dernier.

L'écueil, je veux dire le roman, n'avait rien qui pût l'effrayer. L'inspiration aidant et je ne sais quel souffle large qui a toujours traversé cette âme d'élite, il s'est lancé sur la haute mer de la fantaisie et de la réalité, et, ô merveille ! il a vigoureusement battu la vague, il a contourné l'écueil, et le voici au rivage, salué par ses amis qui étaient anxieux de son effort, applaudi par ses maîtres qui voient

se réaliser déjà de brillantes promesses, recherché du public qui aima toujours les jeunes imprudents ! SON LI- VRE MÉRITE DEUX FOIS DE PORTER LE TITRE PÉRILLEUX. EN VÉRITÉ, IL DEVAIT S'INTITU- LER : AU LARGE DE L'ÉCUEIL ! ( I )

Suit un développement d'environ trois colonnes, petit texte, où M. l'abbé Roy s'efforce d'analyser de son mieux les mérites nombreux de l'ouvrage. Comme il va terminer, cependant, il s'aperçoit qu'il n'a pas encore tout dit :

L'espace me fait ici défaut pour vous faire goûter CES BELLES CHOSES. Mais il n'importe, vous lirez ce livre et vous découvrirez vous-même CES BEAUTÉS AGRÉ- ABLES.

Un accident, où nous eûmes l'autre jour la patte cassée, nous ayant fait des loisirs pour quelques semaines, nous en avons voulu profiter pour découvrir nous-même, à notre tour, "ces beautés agréables". Après une lecture attentive des trois cent dix-neuf pages qui composent le livre de M. Bernier, nous pouvons dire, en toute conscience, que nous ne regrettons pas d'avoir suivi le conseil de M. l'abbé Roy.

:^** Sans avoir jamais lu ce livre, vous en connaissez certainement le thème. Il n'est pas neuf. C'est, tout simplement, l'adaptation au Canada de Colette Baudoche, à cette différence près qu'ici c'est la religion, plutôt que le patriotisme, qui s'oppose au triomphe de l'amour. Barrés, René Bazin dans Les

(I) Les majuscules, dans cette citation et celles qui suivent, sont de Jules Foumier.

Obcrlê, les frères Margueritte dans Les Frontières du Cœur, vingt autres auteurs, ont tour à tour, en ces dernières années, exploité le même sujet. Ne l'ont-il pas épuisé ? Il était, en tout cas, curieux de voir ce qu'en pourrait tirer une main canadienne, en transposant dans les âmes et parmi les paysages de chez nous ce duel tragique du devoir et de la passion. C'est ce que M. Hector Bernier a tenté de nous montrer. Encore que l'entreprise n'eût rien de fortement original, elle offrait pourtant matière à un travail digne d'intérêt. Voyons comment notre romancier s'en est acquitté.

Nous regrettons d'avoir à le dire, mais il faut bien tout de même y venir : ce livre, tant admiré de M. l'abbé Roy, non-seulement manque de style et de grammaire, il constitue encore, du commencem.ent à la fin, et sans interruption, l'œuvre la plus lugubrement bouffonne qui ait jamais vu le jour en notre beau pays.

Rappelons brièvement l'intrigue : M. l'abbé Roy lui-même va se charger de nous la résumer.

... Et c'est entre deux âmes françaises, entre Jules Hébert, canadien de Québec, et Marguerite Delorme, française de France, que va surgir le conflit, que va se dresser recueil.

Les deux jeunes gens se sont connus sur un vaisseau qui ramène Jules dans son pays. Leurs âmes se sont vite éprises l'une de l'autre ; mais, tout de suite, elles ont pris conscience que des pensées, des convictions religieuses trop différentes, devaient à jamais les tenir éloignées. Jules est un croysmt, un Québécois enraciné dans sa foi catholi-

que, et un croyant logique et militant. Marguerite est fille d'un sectaire, d'un libre-penseur fanatique, d'un sanspatrie, d'un disciple de Voltaire et d'Hervé (sic) . . .

Marguerite et Jules, au moment d'arriver à Québec, avant de se dire adieu, se promettent de se revoir. Jules se fait le cicérone attentif de la jeune française. Celle-ci ap)erçoit la beauté de Québec et des campagnes qui l'avoisinent à travers les yeux de Jules . . .

Mais il faudra se quitter. D'ailleurs, ni le père de Jules, ni celui de Marguerite, n'approuvent ces relations . . .

Mais les deux jeunes gens regrettent de plus en plus douloureusement la nécessité de la séparation, à mesure qu'approche l'heure du départ de la famille Delorme. Marguerite, qui a beaucoup connu Jules et Jeanne sa sœur, qui les a accompagnés à Sainte-Anne de Beaupré, qui a été vivement impressionnée par le spectacle de nos édifiéints pèlerinages, commence à douter de la vérité de son nihilisme religieux. Et la souffrance va achever la conversion de cette âme. La veille du départ pour l'Ouest, et par conséquent, de la séparation définitive . . . elle est prise d'une fièvre aiguë qui rouvre les blessures mal cicatrisées d'une ancienne maladie ; ses yeux s'éteignent peu à peu ; elle souffre des douleurs cuisantes, pendant qu'elle voit la lumière graduellement se retirer de sa vie. Ne sachant quelle protection invoquer pour échapper au malheur qui la menace, elle s'adresse au Dieu de Jules et de Jeanne. Celle-ci la conduit à Sainte-Anne, où un miracle la guérit. Marguerite est pour jamais gagnée à la foi catholique. Rien ne s'oppose donc plus à son mariage avec Jules. Son père, dont le fanatisme s'exalte à la pensée que sa fille croit en Dieu et adore, se séparera volontiers de cette enfant dont le commerce lui sera désormais pénible.

Et le roman finit donc, comme souhaitent la plupart des lecteurs, par un mariage dont chacun reste libre de fixer la date.

Jules Hébert est donc le héros de l'œuvre, le personnage favori de l'auteur. Aux yeux de M. Bernier, — comme de M. Roy évidemment, — il représente le jeune homme idéal.

Or il se trouve que Jules Hébert dans la réalité, avant tout et sur toute chose, au fond comme à la surface, n'est autre chose qu'un parfait raseur, quand il n'est pas un malappris. Il se montre d'un bout à l'autre du livre, tour à tour d'une sottise qui décourage et d'une grossièreté qui confond. Quelques citations permettront d'en juger.

Le voici en présence de cette jeune fille qu'il aime, mais qu'il vient à peine de rencontrer. Elle n'essaie pas du tout de le convertir ; elle le laisse bien en paix sur le chapitre des croyances. Elle ne discute ni sa religion, ni sa morale, ni sa philosophie. Elle ne lui parle même pas de politique. Elle lui demande seulement d'être pour elle un agréable compagnon de voyage. Croyez-vous qu'il va s'en tenir là ? Eh bien ! mes amis, si vous le croyez, c'est que vous ne connaissez pas notre Québecquois !

Comme le paquebot approche des côtes d'Amérique, et que déjà l'on voit briller dans le lointain les feux de Belle-Isle, Marguerite Delorme a demandé à notre jeune Canadien de l'accompagner dans une promenade sur le pont. Très volontiers, dit-il ; et, pour la distraire, voici le genre de conversation qu'il imagine de tenir :

Elle l'entendait encore murmurer avec passion : " Que je suis heureux de te sentir là près de moi, mon Canada bien-aimé. Je vais donc te revoir, te contempler, te ser-

vir encore. Bientôt nous vivrons ensemble : ma poitrine aspire déjà le souffle qui vient de ton golfe... Je vous demande pardon, Mademoiselle, je me suis oublié. J'éprouve une exaltation plus forte que ma volonté. Tout l'amour de mon pays me gonfle le cœur : c'est la première fois que j'y reviens de si loin. J'ai vécu, là-bas, des heures profondes où le meilleur de moi-même a vibré, où j'ai connu la plénitude de l'existence. J'ai glissé sur l'onde immortelle, le soir, à travers Venise endormie ; j'ai vu des hauteurs du Pincio le couchant inonder Rome de féerie et de splendeur, et, du sommet du Vésuve, la baie de Naples et la campagne italienne dérouler leur poésie empoignante, et j'ai vu, de la Tour Eiffel, le Paris gigantesque de mes rêves, et, à la Comédie-Française, où l'on jouait Œdipe-Roi, la résurrection de la Grèce antique. Mais tout cela ne fut pas le sanglot qui m'a pris à la gorge il y a un instant. Il a fallu que je parle à la terre de mes aïeux comme un fils à sa mère qui le retrouve. Elle est peut-être moins belle, moins divine que celles que j'ai parcourues, mais quelque chose en moi le nie, parce que je lui appartiens." {P. 10-11.)

Pauvre petite ! Vous pensez si elle avait là de quoi s'égayer. Le pis, c'est que ce genre d'accès furieux n'était point nouveau pour elle. Depuis le moment où il l'avait connue à la table du bord, point de jour que notre Canadien ne lui eût ainsi collé impitoyablement quelque discours de Saint-Jean-Baptiste. L'auteur luimême prend soin de nous en instruire, dès la onzième page du livrte.

A PLUSIEURS REPRISES, il l'avait initiée tour à tour, avec presque la même chaleur (sic), presque la même puissance {resic), à l'âme canadienne-française, héroïque, séculaire, ardente, inassimilable, et à l'âme canadienne, vivante, mais qui tâtonnait, se cherchait ellemême, et, dans le conflit des races et le tourbillon des joutes politiques, faisait la conquête d'elle-même. Et suspendue AUX TIRADES ENFLAMMÉES DU JEUNE HOMME, Marguerite Delorme avait compris, etc. etc. (P. 11-12.)

De toute la traversée, la malheureuse enfant n'entendra point parler d'autre chose. Ce charmant jeune homme s'est juré de lui expliquer à fond la politique canadienne et il n'en démordra pas. L'auteur, d'ailleurs, presque à la même page, nous déclare le plus tranquillement du monde qu'il ne faut point suspecter là-dessus la simplicité d'âme de son héros : " Jules Hébert, dit-il en effet, — Jules Hébert NE PO- SAIT PAS (51c), avec la jeune fille ..." (P. 12.) Jugez un peu, s'il avait posé !

Heureusement tout a une fin, même les traversées du Laurentic, et tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si la victime de tant de cruautés ne devait retrouver son persécuteur au Canada. Elle l'y retrouve, hélas ! et c'est en sa compagnie qu'elle visitera les principaux sites de la ville et de la campagne québecquoises. Il faut voir ce que cela lui coûte !

Jusque-là, au moins, notre bon jeune homme s'était contenté de lui parler politique : voici maintenant qu'il va la pousser de force, à toute occasion, dans la controverse religieuse. En vain la pauvre jeune fille, qui est une personne bien élevée, tente-t-elle de se dérober : son compagnon ne le lui permet pas. Qu'il la conduise à la Terrasse ou aux plaines d'Abraham, au Parlement ou aux chutes Montmorency, qu'il lui fasse contempler "les prés verts de Charlesbourg " ou la falaise abrupte de l'ile d'Orléans,

toujours et à tout propos il trouve moyen de lui reprocher brutalement son incroyance.

— Nous autres, Canadiens-Français, nous sommes des catholiques... La Libre-Pensée nous répugne. Quoi que disent vos compatriotes, nous préférerons toujours, pour notre part, le Christ à votre Voltaire. Et cœtera.

Tout lui est prétexte à de telles réflexions. Que la malheureuse lui parle du charme des paysages, de la poésie des monuments, de l'agrément des promenades ou simplement du temps qu'il fait, vlan ! il faut qu'il lui réponde par un sermon. Et quel sermon !

Dès leur première rencontre à Québec, Marguerite Delorme se croit tenue de faire compliment à notre Canadien sur la beauté de son pays :

Hier soir, dit-elle, au Château Frontenac, aissise à la fenêtre de ma chambre qui regardait le Saint-Laurent, rouge de flammes, j'ai reçu le coup de foudre... Décidément, je suis amoureuse!... (P. 68-69.)

Un autre, vous, moi, enfin un Canadien ordinaire, un catholique dans la moyenne, aurait répondu par un mot aimable à cette aimable parole. Lui, écoutez-le :

Selon votre idéal de l'amour libre (sic), je suppose, dit Jules, avec un sourire. Quand il vous plaira de rompre vos amours, vous nous quitterez... (P. 69. )

Discrètement, la jeune fille s'efforce d'entraîner son interlocuteur sur un terrain moins brûlant... — Voyez donc, dit-elle, le joli paysage !

La Porte Saint-Louis me fait songer à l'entrée orgueilleuse de quelque forteresse invisible ... Le contraste est joli des remparts lourds et des robes légères volant sur les carrés du tennis . . . Au-dessus de la muraille, lea toits aux mille formes bizarres se chauffent au soleil . . . Les clochers dans l'azur impressionnent... {P. 69.)

EJle n'a pas sitôt prononcé ce mot de " clochers " que son aimable compagnon saute à deux mains sur l'occasion :

Vous n'avez donc pas l'horreur des clochers ? la remercie-t-il du regard et de la voix. (P. 69.)

Conciliante, elle tente d'expliquer, d'arranger les choses. . .

Ils m'ont toujours émue, répond-elle doucement. Parfois la musique des cloches me donne envie de pleurer. Je désire que les clochers restent debout I . . . Ils parlent d'idéal . . . Quelque chose rayonne autour d'eux : ce doit être l'amour de ceux qui croient et qui les aiment I

Et notre bon jeune hom.me de lui répondre, sévère et digne :

Pour nous, c'est la présence universelle du Dieu que nous adorons qui les entoure ... Je respecte votre incroyance. Mademoiselle . . . Mais je suis heureux que vous réprouviez ceux qui font taire les cloches et crouler les clochers ! . . . (P . 70 . )

" Ceux qui font taire les cloches et crouler les clochers ", ce sont, tout d'abord, les gens comme Gilbert Delorme, le père de la jeune fille. Il ne le lui envoie pas dire ! Que voilà bien la vieille galanterie française !

Notez, s'il vous plaît, que cette austère conversation ne se tient ni dans un cimetière, ni dans une église, ni même dans un musée. Ellle

a lieu, tout simplement, dans une calèche, au cours d'une supposée promenade d'agrément.

Dans la calèche, encore, cette autre mercuriale à l'infortunée voyageuse ;

Me ferez-vous un crime d'être franc ? dit Jules, avec tristesse. Soyez certaine que je ne voulais pas vous offenser. . Je crois avoir saisi la portée de vos paroles

Vous demandez qu'on étouffe la superstition, mais qu'on l'étrEjigle avec un mouchoir brodé qui fera son oeuvre sans hâte et sans douleur. La différence entre votre père et vous n'est que dans les formes : il veut écraser ; la femme en vous veut engourdir par un sourire . . . MAIS TOUS DEUX VOUS SOUHAITEZ DE TOUTE VOTRE ÂME L'AVÈNEMENT DE LA LIBRE-PENSÉE, REINE DE L'UNIVERS! JEVOUS PRÉVIENS QUE, CHEZ NOUS, DANS LE CANADA CHRÉTIEN, LA FOI EST TE^ NACE: ELLE EST SOLIDE COMME LE VIEUX ROC DE QUÉBEC: QUELQUES PARCELLES EN TOM- BENT, MAIS LA MASSE EN EST LÀ POUR BIEN DES SIÈCLES ENCORE. Je m'étonne que M. Delorme vous laisse en compagnie d'un Canadien-Français, de l'un de ces enfants terribles de la superstition, ajouta-t-il, avec un peu de malice (sic) iP. 7L )

Jusqu'ici la petite Française, plus soucieuse, évidemment, de contempler les paysages que de discuter la religion, s'était soigneusement gardée de relever les provocations de son " attentif" cicérone (l'épithète est de M. l'abbé Camille Roy). A ces derniers mots, pourtant, elle ne peut se défendre de lui répondre du tac au tac. " Mon père, cher monsieur, est sûr de moi... Il me sait invulnérable !... C'est même sa fierté de me croire un autre lui-même !... " (P. 72.)

Alors, notre bon jeune homme, furieux de se voir contredire, se fâche pour de bon contre son invitée. Il est trop " poli " (c/. le livre) pour la

jeter en bas de la calèche, mais il ne lui en fait

pas moins une véritable scène.

—Ainsi, s'écria Jules, AV£C LA COLÈRE POLIE DU GENTILHOMME (sic), je suis l'adversaire qu'on brave impunément, contre lequel on est tout-puissant ! . . . Pour lui (c'est-à-dire : pour votre père ); vous êtes le défi qu'on me laJice et que je ne puis relever !.. Cela ne vaut vraiment pas la peine qu'on s'inquiète !.. (P. 72.)

Ainsi parle Jules Hébert à cette jeune fille qu'il connaît depuis une semaine, qui est pour lui, de toutes façons, une pure étrangère, et qui lui a seulement permis de l'accompagner dans ses promenades, durant les quelques jours qu'elle passera à Québec !

Et c'est comme cela d'un bout à l'autre. Quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle invente, la jeune fille ne peut y échapper. S'avise-t-elle, aimablement, d'exprimer de la sympathie pour le père de son interlocuteur, voici tout de suite le remerciement qu'elle s'attire :

— Vous allez me penser un peu curieuse (sic), ditelle pour dissiper le malaise entre eux (sic). Comment est-ce vous, et non votre père, qu'on a demandé ? (C'està-dire : à qui on a offert la candidature ) ?

— On lui offrit la candidature ... Il me la cède . . .

— Il est généreux, votre père!... Que j'aurais aimé le connaître I . . . Je me le figure noble et grand . . .

—HÉLAS ! VOUS AURIEZ ÉTÉ ENNEMIS, répond Jules, que le conflit perpétuel entre la jeune fille et lui déprime. IL EST DE LA VIEILLE ÉCOLE CANA- DIENNE-FRANÇAISE. . . (sic) IL EST CATHOLI- LIQUE JUSQUE DANS LA MOELLE... VOUS N'AURIEZ PAS TROUVÉ GRÂCE A SES YEUX': il aurait eu peur .. . A COUP SUR, IL M'AURAIT IN- TERDIT LA FILLE D'UN ATHÉE! (P. 131-132.)

On n'est pas plus eiimable ; et c'est le cas — ou

jamais — de répéter avec la chanson :

. . .poli, galant, hospitalier !

^,*,^ On commence d'entrevoir, dès ici, la men" talité de ce bon jeune homme. D'autres citations, s'il se peut, encore plus topiques, vont nous le livrer cette fois jusqu'au tréfond de l'âme. Oyez bien, s'il vous plaît, quelques-unes encore de ces " beautés agréables " qui font l'admiration de M. l'abbé Camille Roy.

Plusieurs jours ont passé depuis les scènes que nous venons de raconter. Le jeune Québecquois a revu plus d'une fois la petite Française, il lui a plus d'une fois fait en style de husting l'aveu de sa flamme, et il a eu la joie de voir qu'elle ne restait pas insensible à ses hommages. Il a appris non-seulem»ent à l'admirer, mais à l'estimer. Chaque jour il a pu retrouver en elle les qualités qui l'avaient séduit dès la première heure : "...l'imprévu de son esprit, la richesse de son intelligence, l'honnêteté de son âme, la grâce de ses mouvements, la lumière de son sourire, le raffinement de son langage ", etc, etc. (voir p. 19). — Mais fût-elle dix fois meilleure encore, comment pourrait-il, lui catholique, faire sa femme d'une incroyante ?

On sent assez tout ce qu'une telle situation offre, en soi, d'émouvant et de pathétique. Voyons un peu comment notre Québecquois va s'y prendre pour la faire tourner au burlesque.

Ne pouvant renverser l'obstacle qui se dresse

devant lui, il n'hésite pas entre son devoir et son bonheur : il se séparera, pour la vie, de la femme qu'il aime. Et jusque-là tout est très-bien. Seulement — et c'est ici que l'histoire devient véritablement fantastique — ce qui l'afflige le plus, dans son aventure, ce n'est pas de perdre Marguerite Delorme. Ce n'est pas de penser que cette femme, si admirable par ailleurs, va selon toute vraisemblance rester privée pour la vie des lumières de la foi. Non ! C'est, tout simplement, l'idée qu'il a pu, lui Jules Hébert, lui un Québecquois, S'ABAISSER AU POINT D'AIMER UNE INCROYANTE !

Mais voulez-vous entendre de sa bouche l'aveu de ses " remords " (le mot est de lui)? Ecoutez-le seulement raconter son histoire à l'abbé Lavoie, le vieil ami de la famille Hébert. Son entrée en matière seule ne prend pas moins, dans le roman, de six longues pages. A l'entendre, on dirait tout le temps qu'il va s'accuser de quelque faute énorme, de quelque crime horrible et contre nature :

Je ne sais comment vous le dire, mon père, la chose m'étrangle. . . Je veux éfserdûment le crier à quelqu'un, mais j'ai comme un besoin de le garder au fond de moi-même, COMME UNE HONTE D'EN PARLER TOUT HAUT. P. 163.1

S'agit-il d'un faux serment, d'un assassinat ou d'un viol, on ne saurait dire encore. Ce qui eat certain, c'est que jamais criminel le plus avili, le plus dégradé, ne confessa son crime avec plus de tremblement et de confusion :

Non, mon père, . . . vous ne sauriez l'imaginer : c'est l'aveu d'une défaillance que je dois vous faire, et je n'en réalise (sic) TOUTE LA BASSESSE ET L'ÊNORMITÊ qu'au moment de vous la dire. . . (P. 165.) Il continue :

Vous allez me condaniner, vous ne pouvez pas ne pas me condamner . . . C'est la première fois que vos yeux si bons flamberont de colère contre moi . . . J'espérais ne jamais mériter cela, j'en ai un chagrin inexprimable : mais il me faut votre courroux contre cette femme, il faut qu'on me dise que je suis un lâche, parce que, seul avec mon cœur, je l'aime quand même !.. {Idem.)

Ici, pour la premère fois, le bon curé croit deviner : Jules Hébert s'est amouraché d'une femme de mauvaise vie. Mais ce n'est pas possible, voyons !

SI J'EN CROYAIS TON LANGAGE, UN AMOUR COUPABLE AURAIT POUSSÉ DES RACINES DANS TON COEUR ! Je le répète, je ne puis me résoudre à cela, je me révolte ! . . . Rappelle-toi, mon fîls, les jours déjà loin qui furent ceux d'hier, il semble. . . Tu n'as p>as oublié cela, tu ne peux avoir commis une vilenie, donné ton âme à une créature indigne ! {P. 1 66. )

Ce n'est pas cela, explique enfin le jeune homme ; mais il ne peut se résoudre encore à confesser l'horrible chose. Il faut que le prêtre lui tire un à un les mots de la bouche.

Les parents de la jeune fille auraient-ils des répugnances? Qui ne serait fier d'unir sa fille à la noble lignée des Hébert ? . . .

— Pcis cela . . .

— Elst-elle du peuple ?.. Ton père a l'âme trop belle pour mépriser la fille d'un ouvrier, si tu l'as jugée digne de toi !

— Je le sais . . .

Le bon prêtre est de plus en plus perdu... Il ne sait plus que supposer. Enfin :

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