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SON PÈRE A-T-IL DES TARES QUI SOUILLENT

— Vous ne pouvez pas le deviner, c'est pour cela que je suis un lâche, mon père . . .

— Mais dis-le moi donc, mon enfant, tu ne vois pas que je souffre ! . . .

—C'EST LA FILLE D'UN ATHÉE, murmura le jeune homme, en courbant la tête sous l'orage qui viendrait. (P. 167-168.)

Et pour mieux marquer encore la gravité de

sa faute, il ajoute (même page, quelques lignes

plus bas) :

— Elle m'a dit qu'elle ne croyait pas au Dieu dont j'adorais la puissance devant l'Océan vaste.

La malheureuse ! elle ne croit pas au Dieu dont notre Québecquois adorait la puissance devant l'Océan vaste ^ Cette idée lui fait si mal au cœur qu'après l'avoir confiée à l'abbé Lavoie il se croit tenu d'aller en instruire encore sa mère et sa sœur.

Eii bien ! vous aviez trop de confiance en moi, vous tous, J'AIME LA FILLE D'UN ATHÉE, J'ADORE UNE FEMME SANS DIEU. . . (P. 186.)

*** Vous avez vu en raccourci, dans les lignes qui précèdent, le portrait du jeune Canadien idéal, c'est-à-dire du jeune homme selon l'esprit et le cœur de M. Hector Bernier. Un autre personnage non moins choyé de l'auteur, c'est Augustin Hébert, le père de son héros. Souffrez qu'on vous le présente ici, dans le moins de mots possible.

Nous en avons, dès les premières pages du livre, un signalement bien reconnaissable : BEAU TYPE DE CANADIEN.— SIX PIEDS.— IN-

DUSTRIEL.— PATRIOTE.— CATHOLIQUE.

Comme l'on voit, il n'y a pas à se méprendre.

Le patriotisme d'Augustin Hébert se manifestait principalement, dans le cours ordinaire des choses, par un acharnement incroyable à collectionner les livres canadiens. Cette passion, à la fin, avait même tourné tout à fait à la manie. M. Hector Bernier nous le dit expressément :

Il eût fallu rouler sur son beau corps d'athlète avant de lui arracher un seul des ouvrages canadiens qui formaient sa collection sainte. iP. 31.)

En d'autres termes, il se fût battu jusqu'au coton plutôt que d'abandonner à l'ennemi, cambrioleur ou politicien, les Elévations poétiques de M. l'abbé Burque ou les Souvenirs d'outre-mer de M. le notaire Mayrand, les Discours de M. le juge Pouliot ou les Impressions de voyage de M. Routhier. Nul ne s'étonnera qu'en la compagnie de ces esprits distingués r "industriel patriote " {cf. Au large de l'Ecueil, p. 32) ait pris à la longue une simplicité de langage toute canadienne. On ne trouvera que naturel, au contraire, de l'entendre dire tout bonnement à son fils retour d'Europe :

Allons ! fais-nous le récit alléchant de tes idylles d'amour sur les lacs divins de la Suisse. Entr'ouvre, à nos yeux ép)OUvantés, les précipices ofi ton regard plongeait du haut des cimes alpestres . . . Evoque les foules grouillantes qui se jouaient de ta chétive personne comme le vent de la paille . . Parle-nous des musées où les heures filaient comme des rêves, des théâtres où les virtuoses de la rampe ébranlèrant tout ee que tu avais d'âme et de nerfs ! . . . (F. 42.)

A cette exhortation pleine de naturel, le fils de " l'industriel patriote " répond qu'il préfère s'en tenir, pour l'heure, à ses impressions de traversée. Aussi bien sont-elles, de beaucoup, les plus vives qu'il ait ressenties de tout le voyage. C'est justement ce qu'il disait, au large de Belle-Isle, à la jeune Française...

— Qui était cette Française ? interrogea le père, un peu défiant.

— La fille de deux Parisiens! répondit Jules Hébert. . . Le sort m'avait placé près d'eux, à table. . . Compagnons de la traversée, ils me la rendirent fort agréable . . . (sic) {P. 44.)

Ici l'on vit bondir " l'industriel patriote ", encore plus " catholique " que " patriote comme vous allez voir.

— Ton langage me prouve que vous êtes devenus assez intimes, reprit Augustin. POURVU QU'ILS NE FAS- SENT PAS PARTIE DE LA BANDE HORRIBLE ! . . . Les derniers journaux annoncent que le gouvernement sectaire se prépare à expulser les Soeurs de Saint-Vincent de Paul . . . Les lâches, les brutes !.. Il ne leur reste donc pas d entrailles ! . . . Ce ne sont plus des patriotes qui gouvernent, c'est la haine ! C'est le régime des bourreaux despotes !.. Oh ! ce n'est pas un doute sur toi que j'exprime. Je m'indigne, parce que j'en éprouve le besoin. . . Les sachant de concert avec ces gredins, tu n'aurais pas fraternisé avec ces Français! .. Je te connais trop bien, tu es trop mon fils, trop Canadien-Français, POUR AVOIR ÉLEVÉ AU RANG D'AMIÊ, ne fût-cequ'un jour, la fille d'un de ces gens-là!... (P. 44-45.)

Figurez-vous, maintenant, quelle rage sera la sienne lorsqu'il apprendra, plus tard, que ces Français sont bien en effet des " sectaires ", des " gredins ", et que son fils est leur ami ! Ce pauvre fils, ce qu'il se fait attraper !

— Le docteur L . . . m'a dit que ces gens-là, pendant toutes les semaines qu'ils vécurent à Québec, n'allèrent pcis à la messe une seule fois ! Elst-ce vrai ? . . .

Le fils, l'air consterné :

— Je crois que c'est vrai . . .

— Tu le savais donc ! . . . Pourquoi ne vont-ils pas à la messe ? . . .

— Parce qu'ils n'y croient pas . . .

— Ils sont donc athées ! . . .

— Oui, mon père . . .

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