‹ Mon encrierChapitre 7 sur 37 · PREFACE XV · texte numérisé non relu

PREFACE XV

moi et de tevips à autre Armand Lavergne, le seul écrivain d'attaque du groupe Bourassa. Il était, comme rédacteur au Canada, sur le chemin des faveurs ministérielles et des succès électoraux, quand, dans les premiers mois de 1908, il vint spontanément, au maigre salaire de vingt dollars par semaine, me relever à ce poste de directeur du Nationaliste dont la fonction obligée était de lutter à la fois contre un personnel politique de forhans et une magistrature politicienne, assoiffée de prostitution. A ma suite et pour ma défense, il fit de la prison. Il n'aima jamais l'argent, les jouissances matérielles. D'avance il se savait exclu des triomphes démocratiques par l'étendue de sa culture et V indépendance de son esprit. Contrairement à d'autres— hommes parfaitement sincères d'ailleurs — qui n'entendaient le service du nationalisme qu'avec l'assurance d'un bon et solide revenu de deux ou trois mille dollars par an, et qui ont continué, il ne comptait pour rien le sacrifice de son bien-être, de ses amitiés, de sa liberté. Je crois fermement que, si on lui eût demandé sa vie, il l'aurait donnée. Commerit, alors, s'expliquer ce désabusement qui se traduit dans ses écrits politiques à partir de 1910 f Son étude sur le nationalisme répond partiellement à cette question. La réponse, j'en suis sûr, aurait été éclatante et péremptoire si la mort n'était venue interrompre cet impartial et lumineux exposé au moment où l'auteur allait commencer l'examen des

anciennes intimités de M. Bourassa avec MM. Edmond Lepage, Tancrède Mardi et quelques autres.

Malgré quelques erreurs d^ appréciation comme celle qu'il commit — après Taine, Renan et toute la Sorhonne d'avant la guerre — à Végard de la science et de civilisation allemandes, et malgré des généralisations injustifiées comme celle où son âme droite fut conduite par Vimprohité trop générale de nos classes dirigeantes, Jules Four nier est probablement, à tout prendre, l'intelligence la plus complète et la plus fine qui ait encore paru parmi nous. En politique, en littérature, en pédagogie (cf. les vues exprimées dans la Chaire de littérature de Laval ...),' ^^ linguistique, en histoire, il aura pensé juste. Tel article qu'il écrivit pour rappeler au respect de la mesure, à propos des romans de M. Hector Bernier, un critique d'ailleurs estimable, fera à lui seul comprendre à nos descendants l'apocalyptique stérilité intellectuelle de la génération canadienne-française de 1910. Son œuvre parle par elle-même, aucun commentaire ne la pourrait grandir.

Page 1