SCÈNE I
dent qu'il hésitait à faire un choix entre nous deux.
Ce qui excita votre curiosité.
hortense, souriant.
Oui vraiment! enfin... il vint à moi. .
KERBENNEC.
Ce qui flatta ton amour-propre.
HORTENSE
Je ne dis pas non ! mon danseur était très-gai, très-amusant, de l'originalité, de l'esprit, et valsant très-bien... enfin, un cavalier remarquable!., aussi en revenant à ma place... je demandai à ma voisine son nom?.. M. Edouard d'Ancenis!!!
KERBENNEC.
Mon neveu !
HORTENSE
C'était mon cousin; que depuis dix ans vous m'aviez habitué à détester!., habitude que je me hâtai de reprendre. Je suppliai mademoiselle de Kerkado de ne pas me faire connaître, et quand il vint de nouveau m'inviter, pensant à vous, mon père, je répondis froidement que je ne danserais plus... de la soirée, et je tins parole.
KERBENNEC,
C'est bien !
HORTENSE
N'est-ce pas? c'est filial... c'est héroïque!., par exemple, ce que la vérité m'oblige de vous avouer c'est qu'à dater de ce moment, il renonça aussi à danser... et, ce que je n'avais pas prévu, chaque fois que ma compagne valsait ou dansait, il venait, comme par hasard, se placer sur sa chaise devenue vacante!
kerbennec, avec colère.
Pour te faire la cour !
HORTENSE
Intention que je lui soupçonnais tout d'abord! mais mon air imposant lui fit comprendre que tout autre sujet me plairait davantage, et un instant après , la conversation roulait sur les voyages, sur l'Amérique dont il arrivait, sur la Bretagne où il était né, et qu'il voulait parcourir à pied, et tout cela avec simplicité, avec aisance, en ami, et presque en famille, au point que j'aurais pu me croire reconnue, si ce n'eussent été, pendant le souper, ses instances auprès de mademoiselle Kerkado... pour découvrir qui j'étais, satisfaction qui ne lui fut pas donnée... voilà mon père, comment, sans le vouloir, j'ai faitla rencontre de ce cousin détesté.
KERBENNEC.
Que tu ne détestes plus.
HORTENSE
C'est vrai!
KERBENNEC
Sois franche jusqu'au bout... y a-t-il là... (Se frappant le front, puis h cœur.) Ou là... plus que tu ne m'as dit?..
HORTENSE
Non, mon père !..
Depuis deux mois tuas refusé trois partis... pour quel motif?..
HORTENSE
Parce qu'ils ne me convenaient pas...
KERBENNEC.
Et M. dePaimpol... notre voisin, ce riche propriétaire?
HORTENSE
Je ne pense pas que celui-là se soit encore présenté.
KERBENNEC
M. de Paimpoi est un homme sage et prudent qui ne hasarde aucune démarche, avant d'y avoir mûrement réfléchi. Mais enfin s'il se présentait, j'en ai l'idée.
HORTENSE
C'en est une... moi j'en aurais peut-être une autre... et si, pour votre bonheur, plusencoreque pour le mien... j'osais vous la soumettre.
KERBENNEC.
Parle?..
HORTENSE
C'est un rêve,., que je vous raconte... un château...
kerbennec, avec impatience.
En Espagne!..
HORTENSE
Non!., en Bretagne! d'abord, si j'étais de vous, je penserais qu'un procè?, qui cause habituellement tant de chagrins, d'ennuis et de tourments est une chose excellente... à perdre! je me réjouirais de l'avoir perdue, et renoncerais bien vite à mon pourvoi en cassation.
kerbennec, avec ironie.
En vérité! {Froidement.) Ensuite...
HORTENSE
Ensuite... j'écrirais à mon frère : « Le plus « mauvais arrangement vaut mieux que le meil- « leur des procès... {Avec un peu d'embarras.) « Envoyez-moi doncici, muni de nos pleins pou- « voirs .. mon neveu Edouard, votre fils, pour que nous puissions...»
kerbennec, avec ironie.
« Tout terminer à l'amiable! »
hortense, baissant les yeux.
Précisément !
kerbennec, de même.
« En lui donnant ma fille en mariage! » hortense, souriant en regardant son père. Allons donc? à qui une pareille pensée pourrait-elle venir?
kerbennec, avec colère.
A moi! jamais!
hortense, froidement.
Ni à moi? alors, raison de plus pour dire à votre neveu... « depuis trop longtemps nous vivons «comme les Capulet et lesMontaigu,ennousdé-
« testant; que nos inimitiés s'arrêtent, et ne « deviennent point héréditaires! au nom de ma « sœur, qui fut votre mère... plus de haine, plus « de procès... prenez les cinquante mille francs... « (Geste de Kerbennec.)YousYavezà'û, mon père... « et à ce prix rendez-nous des amis et une faut mille?..» Voilà, mon père, la transaction que je proposerais!..
KERBENNEC.
Ah! c'est ainsi que tu juges!..
HORTENSE
En dernier ressort !
kerbennec, froidement.
C'est bien ! (Il passe à droite.) Je verrai à mon mon tour, si je dois approuver ou casser cet arrêt. (// s'assied.)
hortense, après un instant de silence.
Vous êtes bien silencieux, mon père... votre front devient sombre... (Regardant du côté de la fenêtre de droite.) Et le ciel aussi... c'est quelque orage qui se prépare.
kerbennec, regardant.
Ou qui plutôt éclate déjà...
HORTENSE
Tant pis!., je suis superstitieuse, et c'est de mauvais présage !
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