RIGUEURS MUNICIPALES
aux applaudissements et aux éclats de rire des Allemands victorieux, ce monument triomphal, fait avec le bronze pris à Austerlitz et à léna, c'était pourtant plein de goût et d'à-propos. Il est singulier que Dumas n'ait pas compris combien l'idée du maître d'Ornans était heureuse; cela surprend d'un aussi grand esprit.
Soyez sûrs encore qu'il aura porté sur la Commune un jugement hârif et superficiel; que, vu d'ensemble, ce beau mouvement populaire lui aura fait l'effet d'un immense accès de délire alcoolique, et que, par exemple» l'auteur de la Dame aux Camélias, victime de ses préjugés monarchiques, aura été très choqué de rencontrer alors, par les rues, un tas de farceurs déguisés en colonels. Comment a-t-il pu méconnaître à ce point cette sublime Commune, qui — nous le savons assez, et plus qu'assez, car on nous le corne sans cesse aux oreilles — a sauvé la République? Comment n'a-t-il pas prévu que, sans la Commune, la France ne jouirait pas aujourd'hui des bienfaits dont elle est accablée, de cet ordre admirable dans les finances, de ce Parlement respecté, de cette magistrature au-dessus de tout soupçon, de cette presse vertueuse, de cette disparition progressive du vice» du crime et de la misère, de cette élévaûon du niveau moral dans toutes les classes, en un mot, de cet état de gloire et de prospérité que l'Europe endère nous envie?
)tO MON PRANC PAULIR
Ayons le courage de le dire. De la part d'un homme tel qu* Alexandre Dumas, un aveuglement si complet, une absence si abscJue du sens prophétique sont impardonnaUes, et les belles œuvres qu^il lègue à la littérature française ne sont pas une excuse et une compensation suffisantes. Les principes avant tout! Nos austères conseillers avaient le devoir d'infliger un blâme public à la mémoire de ce grand coupable. Ils ont agi sagement en ne saluant pas son cercueil et en refusant d'écrire son nom sur une plaque émaillée, en lettres blanches sur fond bleu.
Donner son nom à une rue! C'est une récompense que nos incorruptibles édiles réserveront désormais aux seuls écrivains qui comprendront les beautés de l'esprit de parti et de la passion politique. Qu'un poète de génie donne demain à la France l'épopée qui lui manque. Si, dans un ingénieux épisode, il ne nous montre pas Raoul Rigault comme une pure victime des révolutions, dans le genre d'André Chénier, et s'il ne nous représente pas le massacre des otages comme un acte de vivacité, regrettable, si l'on veut, mais insignifiant, tant pis pour le poère épique; il n'aura pas même l'honneur, après sa mon, de baptiser un cutde^sac.
Cependant je regrette que nos dignes conseillers, malgré unt d'exceUenres raisons qu'ils avaient de s'abstenir, ne soient point venus jeter,