‹ Mon franc parler (volume 2)Chapitre 50 sur 66 · UNE PÉTITION · texte numérisé non relu

UNE PÉTITION

législation plus sage pousse le mépris de pareilles turpitudes jusqu'à les ignorer, dame, j'hésice.

Hélas! faut-il que nous soyons entichés d'exotisme pour n'avoir pas attendu une meilleure occasion de manifester nos sympathies internationales! Il n'en manque pourtant pas, chez nous, et à l'étranger, d'injustices scandaleuses, de malheurs faits pour arracher des larmes. D'où vient donc la préférence malsaine qui passionne certains esprits pour cette histoire fangeuse, pour ce martyr abject?

En vérité, nous ferions mieux de laisser là cette sale affaire. Le drame n'est pas intéressant. Cela manque trop de femmes.

Faut*il, quand même, signer la pétidon? La loi qui a frappé Oscar Wilde est barbare, la torture qu'il subit est atroce. Je suis ému en songeant à tout cela, comme je le serais devant une bête qui souffre. Allons ! Qu'on me donne une plume et de l'encre. Mais, sous mon nom, je prétends inscrire le seul de mes titres qui convienne à la circonstance :

a Membre de la Société protectrice des animaux ]>.

jo novembre i8^S'

Rigueurs Municipales

^'absence du Conseil municipal de Paris aux obsèques du grand Parisien Alexandre Dumas ne mériterait peucécre qu'un haussement d'épaules; et, d'abord, on a seulement l'envie d'adresser à ce grognon et capricieux Conseil le reproche qu'on ferait à un périt enfant : « Tu boudes. Fi» le vilain I »

Gardons-nous de prendre trop au sérieux nos maussades quarteniers, et imitons en cela l'opinion quiy depuis quelques années, reste tout à fait indifférente devant leurs excentricités périodiques. On ne parle plus guère d'eux qu'une fois par an — pour les maudire — pendant les grandes chaleurs, quand ils nous préviennent paternel-

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lement que nos fontaines ne vont plus nous verser que de l'eau empoisonnée. Le reste du temps on ne pense pas à eux et on les laisse continuer en paix leur œuvre de néant.

Us n'arrosent ni n'abreuvent Paris, ils ne le débarrassent pas de ses pestilences, ils ne le dotent pas d'un chemin de fer intérieur, ils n'entreprennent point de grands travaux et n'achèvent même pas ceux qui sont en cours d'exécution.

Ce sont des échevins faiiiéants, des édiles mérovingiens. Le gros ouvrage, le seul qu'ils considéraient comme essentiel, est fini depuis longtemps. Écoles et hôpitaux sont laïcisés, et l'on a purgéleslivres scolaires de touslesmots indécents, tels que le nom du nommé Dieu. Plus rien à faire qu'à tourner ses pouces, n'est-ce pas ? — avec, par-d par-là, un peu de polidque, pour n'en pas perdre l'habitude.

Malgré le peu d'intérêt qu'excitent les ridicules boutades du Conseil municipal, il n'est pourtant pas inutile de lui faire observer qu'il a choisi, à propos des funérailles d'Alexandre Dumas, une bien mauvaise occasion de polidquailler. Pourquoi ce farouche Conseil n'a-t-il pas déposé une couronne sur le cercueil du grand écrivain ? Pourquoi refuse-t-il de donner le nom de l'auteur du Vemi-éMonie à une rue de Paris? Parce que Dumas, il y a vingt-cinq ans, a écrit une lettre non recueillie dans ses œuvres, absolument oubliée,

mais dans laquelle, parait-il, la Commune et le peintre Courbet étaient traités sans égards.

On reste confondu devant une celle écroitesse d'esprit, devant cette froide et basse rancune de sectaires.

Je n'ai qu'un souvenir confus de la lettre d'Alexandre Dumas. Elle était dure, sans doute; mais il suffirait, croyez-moi, de feuilleter les journaux d'alors, pour y retrouver bien des pages aussi violentes, et signées par de braves républicains, qui ont reçu ou recevront tous les honneurs civiques le jour de leur enterrement.

Dumas eut-il tort de céder à un mouvement de colère patriotique, quand il publia sa lettre, en pleine période de répression? Soit. Mais — j'en appelle à tous les témoins de ces funestes événements — qui donc, alors, était maître de soi? Dumas n'a jamais eu, d'ailleurs, la prétention d'être tendre, mais d'être juste, et même sévère dans sa justice. Il venait d'assister à ces abominations, et il les condamnait. C'était, en somme, son droit de philosophe et de citoyen.

La cruauté du châtiment peut appeler la pitié sur le criminel ; elle n'atténue pas l'horreur du crime ; et la double fusillade de la rue des Rosiers, la guerre civile, en présence de l'ennemi, les enrôlements forcés dans les bataillons de la Commune, le déboulonnage de la colonne Vendôme sous les yeux des Prussiens, le massacre des otages,

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l'incendie méthodique des monuments et des maisons, sont des crimes affreux, iles crimes de lèse-patrie. Crimes pardonnes, effacés par Tamnisde, — je le veux bien, — mais non pas oubliés pour cela. J'admets toutes les excuses, j'applaudis à tous les actes de clémence; mais les faits spntles faits, et, si forte que soit la main de la loi, elle ne peut déchirer un seul feuillet du livre de l'histoire.

Il est facile à un politicien, confortablement installé dans son fauteuil municipal, de reprocher à l'auteur de vingt chefs-d'œuvre un cri de légitime indignation, jeté il y a un quart de siècle. Mais il n'était pas aisé, — je vous prie de le croire, monsieur le conseUler, — il était même tout à fait impossible à un homme de cœur et à un bon Français de rester froid devant les sanglantes folies de la Commune. Je les ai vues, moi, et je ne puis m'en souvenir, encore à l'heure qu'il est, sans un haut-le-cœur de dégoût.

On ne peut juger certains sentiments que d'après les siens propres. Forcé de m'évader de Paris à la hâte, dans les premiers jours de mai 1S71, — car j'allais être arrêté et incorporé violemment dans les rangs des fédérés, — j'ai assisté, trois semaines après, du haut de la colline de Sèvres, à l'incendie de Paris; et, dans cette fournaise, il y avait ma mère paralytique, intransportable, et ma sœur aînée, restée auprès d'elle pour

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la soigner. J'ai passé là une des heures les plus atroces de ma vie. Le lendemain, à force d'instances, j'obtenais un laisser-passer, j'accourais, je traversais la ville sanglante et fumante, j'embrassais les miens; et, cènes, alors, au récit de la répression aveugle et des exécutions en masse, je frémissais d'horreur et de pitié. — Mais je suis franc; et, la veille, dans cette batterie de Brimborion, devant ]a ville et le ciel en flammés, quand je songeais que les êtres que j'aimais le plus au monde étaient au fond de ce brasier, et que je ne pouvais les secourir, eh bien I je ne me sentais pas du tout miséricordieux.

C'est dans un pareil état d'&me, j'imagine, qu'Alexandre Dumas a dû noircir le papier malchanceux qui lui atrire les rigueurs du Conseil municipal et qui a privé son corbillard d'une couronne de chrysanthèmes et de roses de Nice achetées aux frais de la Ville. Encore une fois, je ne me rappelle que très vaguement la fameuse lettre; mais, voyons, que pouvait-elle contenir — en termes plus ou moins vifs — de si énorme et de scandaleux?

J'ai bien peur que Dumas n'y ait parlé un peu légèrement de ce gros Courbet, dont les noires et lourdes peintures attristent une des salles du Louvre et qui avait rêvé la gloire d'Erostrate. Scier la Colonne vers la base, en sifflet, et la briser en morceaux sur un lit de fumier, détruire,

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