DEUX JEUNES
courciyCes comédies de dix minutes, et tous vous avez été frappés par la vérité, amusés parTironie, émus par la sensibilité que ce rare esprit y prodigue; et, en ce qui concerne Paul Margueritte, vous n'ignorez pas non plus que celui à qui nous devons la Force des Choses et la Tourmente a pris place désormais dans la première élite des romanciers contemporains.
Vraiment, je ne dirai jamais assez combien la sympathie dont ces deux jeunes maîtres me donnent un témoignage public, a doucement caressé mon cœur. A tous les deux, certes, j'ai montré, depuis longtemps, mon goût pour leur talent et mon inclination vers leur personne. Je les tiens pour mes amis; mais ils ne sont pas mes intimes, et encore moins — si j'ose me servir d'un mot qui m'a toujours déplu — mes élèves. Envers moi, pas plus qu'envers tout autre, Us n'ont contracté de dette intellectuelle, puisque, chez l'un comme chez l'autre, l'inspiration et la forme valent surtout par la saveur personnelle, par la franche originaÛté. Ils n'ont pas besoin de moi; je ne puis rien pour eux. Le signe affectueux qu'ils m'adressent est tout à fait désintéressé. Sans se connaître, •— du moins à ce que je crois, — ils ont eu, en même temps, la même pensée, celle de me saluer cordialement conrnie un aîné qu'Us estiment. Pourquoi ne les en remercierais-je pas devant tous? Pourquoi ne leur dirais-je bien haut que
)aa MON fRANC FARLER
la manifestation si spontanée de leur amitié m'est très douce et que me voilà tout content et tout fier?
Car— ne vous y trompez point — ce sont deux personnalités linéraires de la plus haute valeur que Henri Lavedan et Paul Maigueritte, et, parmi leurs contemporains, on trouverait difficilement mieux. Très diflfërents de tempérament et de nature d'esprit, ils oflfrent cependant une ressemblance par la discrète fierté de leur vie et leur admirable éneigie au travail. Bien que Lavedan, qui est auteur dramatique, se soit forcément mêlé davantage au mouvement parisien, ce sont tous deux des isolés, ayant ce don, indispensable à l'artiste consciencieux, de supporter la solitude. Je consute avec plaisir que, même à l'époque de leurs premiers essais, ils ne se sont embrigadés dans aucune coterie, n'ont point alourdi leurs ouvrages de prétendeuses préfaces, n'ont pas fait de cridque, ont fui l'atmosphère stupéfiante des cénacles.
Le propre de cenains débutants d'aujourd'hui — comme le remarque justement M. René Doumic dans son spirituel livre surles feunes — c'est qu'ils semblent prendre à tâche de lasser la padence et d'énerver l'attente. Toujours des programmes, des promesses, — - et faites sur quel ton d'assurance I — mais d'oeuvres, peu ou point. Les manifestes où ils annoncent la prochaine explo-