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personnage ecclésiastique n'a mis son imprimatur, — l'auteur est, je crois, protestant, — et qui nous montre, baignée dans l'éblouissante lumière de la vérité, la figure de saint François.
Je ne trouve ici, pour exprimer ma sensation, après les pures heures que, grâce à M. Sabatier, je viens de passer en compagnie du Toverello. je ne trouve, dis-je, que le mot des bonnes femmes : ce C'est à se mettre à genoux devant. »
L'imagerie religieuse, je dois le dire, m'avait un peu gâté mon saint François, comme elle gâte tout, du reste. Connaissez-vous rien de plus laid, de plus grotesque, que les plâtras badigeonnés et dorés de la rue Bonaparte? Ils déshonorent toutes nos églises et y proclament fâcheusement le goût atroce du clergé. Qu'on n'invoque pas, comme excuse, le prix peu élevé. Comme Théophile Cautier, devant tout ornement inutile ou disgracieux, je répondrais : « Pourquoi pas rien ? » Qui ne préférerait faire ses dévotions devant un autel en pierre et une croix de bois? La piété, j'en suis convaincu, ne peut qu'être offensée par les couleurs criardes et le luxe canaille de ces ridicules « bondieuseries ».
L'icône de saint François d'Assise, très répandue et très populaire, reste pourtant assez
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supportable; car elle offre, du moins, la reproduction — oh! bien grossière, la plupart du temps — d'un chef-d'œuvre, de la statuette d'Alonzo Cano, dont l'original, en bois peint, se trouve dans la cathédrale de Burgos.
Un chef-d'œuvre, oui, mais un chef-d'œuvre espagnol, d'un art farouche, d'un réalisme cruel. Le saint, vêtu du froc d'étoffe brune et coiffe du capuchon, est représenté debout, les mains cachées sous les larges manches. Un pied nu dépasse le bas de sa robe, qui, déchirée, montre un peu de la cuisse. La corde autour des reins est une vraie corde. Le mouvement du personnage est simple, d'un très grand style. Mais le visage, encadré par la rondeur du capuchon, épouvante. Dans la face émaciée, ivoirine, où se flétrit une barbe rare et jaune, la bouche s'entr'ouvre douloureuse, montrant les dents, avec une grimace de cadavre, et les yeux, levés, d'un bleu verdâtre, d'un bleu d'aigue-marine, évoquent une idée d'agonie.
Quel est ce fakir, ce gymnosophiste hypnotisé? C'est un moine fanatique, un inquisiteur qui s'en va, de son pas de spectre, prendre un cierge et accompagner une procession de victimes à l'auto-da-fé ! Ce ne peut être, ce n'est pas
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l'humble, le doux, le tendre, mais aussi le laborieux, le vaillant, le joyeux François d'Assise!
Nous devons cette reconnaissance à M. Paul Sabatier. Il a effacé pour toujours le nom de saint François du piédouche de la figurine impressionnante, mais sinistre, d'Alonzo Cano. Grâce au livre touchant qui nous occupe, la personne du fondateur de l'ordre des Frères Mineurs reprend sa véritable physionomie. C'est sous le ciel limpide, c'est dans l'harmonieux paysage de l'Ombrie, qu'il nous apparaît, oh! sans doute, avec son admirable folie de renoncement, pauvre parmi les plus pauvres, mendiant pour eux, ne vivant que de leurs rebuts et choisissant de préférence pour asile les décombres et les léproseries; mais menant cette vie d'ascétisme avec une sorte d'ivresse; aimant et contemplant la nature, jouissant de ses beautés, les célébrant sans cesse, comme dans son incomparable Cantique du Soleil, où le lyrisme sacré atteint des hauteurs prodigieuses.
Il convient d'y insister; car c'est là l'enchanteresse originalité de saint François. Ce mystique est un homme d'énergie, d'activité, de belle humeur. Il fait son œuvre, gaiement, en chantant la gloire de Dieu. Son extase est du
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bonheur, son âme déborde d'allégresse et d'amour.
L'entreprise de ce grand serviteur de Jésus- Christ fut immense. Il voulut, parmi les atrocités du xme siècle italien, dans les plus tragiques, dans les plus sanglantes heures du moyenâge, ramener et soumettre toutes les âmes à la vérité du primitif Evangile, à la loi d'amour. Etre aimé de Jésus, tout est là. Quels sont ses préférés? Les pauvres. Soyons donc tous pauvres et servons-nous, aimons-nous comme des frères. Tel fut son rêve, et, chose inouïe, prêchant de parole et d'exemple, il le réalisa presque, répandit, comme une contagion, sa démence sublime de sacrifice et de charité.
Ce qu'il fut, ses actes, ses discours, son exquise union d'âme avec sainte Claire; et comment il fonda son ordre, comment Rome, stupéfaite devant tant de vertus, y vit un danger, presque un schisme; enfin comment le saint, en acceptant, par obéissance, la discipline de l'Eglise pour son institut, en détruisit lui-même, avec une souffrance secrète, la vraie force et l'influence dans l'avenir, je ne puis même pas l'indiquer ici, et je suis forcé de renvoyer les lecteurs au très émouvant et très beau récit de M. Paul Sabatier.