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LE PETIT CAPORAL I I Ç

J'ai lu, vous vous en doutez bien, j'ai lu, avec un intérêt passionné, les nouveaux ouvrages qu'on a publiés sur le grand homme, notamment le C\apoléon et les Femmes, de M. Frédéric Masson.

Le livre est infiniment curieux et témoigne d'un labeur imposant. Mais l'auteur excusera ma surprise devant son Napoléon sentimental. J'ai quelque peine à me l'imaginer, je l'avoue, si préoccupé par des aventures d'amour. Tout ce que nous apprend M. Frédéric Masson est vrai, sans doute, et consciencieusement contrôlé, mais n'a pas dû tenir tant de place dans la pensée et dans le cœur du chef d'État et du capitaine.

Pour être amoureux, il faut du temps, beaucoup de temps. J'en sais quelque chose. Ma paresseuse jeunesse a perdu des mois et des années, uniquement absorbée par l'espoir ou par le souvenir de quelques heures rares et délicieuses. Je ne puis songer aux amours de Napoléon sans me rappeler qu'il dînait en dix minutes.

Tout en reconnaissant le mérite du beau travail de M. Masson, je me promets de plus viriles émotions quand paraîtra le deuxième tome du 181 f, d'Henry Houssaye. Déjà le premier volume nous a raconté le presque fabuleux retour de l'île d'Elbe et le vol de l'aigle « de

clocher en clocher, jusqu'aux tours de Notre- Dame ». C'est de la narration très complète et très vivante. Les documents y abondent sans l'encombrer, sans arrêter l'élan du récit. Avec la même certitude d'informations et du même train de style, Henry Houssaye va nous dire maintenant la sanglante catastrophe de Waterloo.

J'attends le livre avec impatience, espérant qu'il éclaircira le mystère qui enveloppe encore les événements de cette funeste journée. Car, malgré tant de maîtresses pages écrites sur Waterloo, un doute, une obscurité persistent; et, tout en constatant l'immorale victoire du nombre dans ce grand désastre, on y sent, on y devine une autre cause, soigneusement tenue secrète, mais dont la croyance populaire n'a jamais douté, — la trahison.

Il y aurait, à en donner la preuve positive, un intérêt supérieur. Ce serait une consolation pour notre fierté nationale de savoir que la force brutale et la médiocrité n'ont pas suffi, ce jour-là, pour écraser l'héroïsme et le génie.

Le personnage de Napoléon est représenté, en ce moment, sur deux scènes parisiennes, et son irrésistible attrait remplit, chaque soir, deux théâtres. Je me suis dérangé pour aller voir

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