LE PETIT CAPORAL
cela, bien que, depuis plusieurs années, je préfère en général mon coin du feu et mes pantoufles à un séjour prolongé dans cet instrument de torture qu'on appelle un fauteuil d'orchestre.
Je n'ai pas regretté mon effort. La comédie de Victorien Sardou est ingénieuse et très amusante, et les tableaux de diorama, agrémentés de quelque prose, qui se succèdent chez M. Rochard, offrent une agréable récréation. Mais je ne m'étais dérangé, bien entendu, que pour voir mon Empereur.
Le Napoléon de la Porte-Saint-Martin est de trop haute taille et a bafouille » un peu. Celui du Vaudeville, plus ressemblant, a de faux mollets, qui, lorsque tout son corps frémit d'émotion, se refusent à y prendre part et restent impassibles. C'est fâcheux, mais négligeons les détails.
Les deux comédiens ont du mérite et font de leur mieux. M. Garnier, coiffe du chapeau et drapé dans la redingote légendaires, M. Duquesne, en culotte courte et portant l'illustre habit vert des chasseurs delà garde, ont su, l'un et l'autre, me donner, pendant quelques instants, l'illusion que j'étais en présence de Napoléon luimême. Je leur en exprime ici ma vive gratitude.
Néanmoins, dans les deux pièces, une chose m'a déplu. L'Empereur parle trop. Assurément, Sardou est le plus habile homme du monde, M. Laya n'est pas du tout maladroit, et ils n'ont mis dans la bouche de leur impérial protagoniste que des paroles très vraisemblables. Mais, tout de même, cela ne rappelle que de loin les improvisations enflammées, les jets de volcan du zMcnwridl.
Je dirai toute ma pensée. Napoléon est trop près de nous, trop bien connu, trop « historique », pour être heureusement mêlé à des fictions romanesques. Ses moindres mots ont été recueillis. La mémoire de tous ceux qui l'approchèrent — et il était rarement seul — se transformait, pour ainsi dire, en phonographe. On a couché par écrit ses moindres propos; nous les savons par cœur, et si, dans une œuvre d'imagination, on lui prête un discours qu'il n'ait pas tenu, nous sommes choqués.
Est-ce le charme du lointain dont je suis dupe? Mais il me semble que les drames militaires de l'ancien Cirque, où je me suis tant de fois, dans mon adolescence, enivré de l'odeur de la poudre, offraient au public, avec plus de vérité, sinon avec autant d'art, la figure de l'Empereur. Il y