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LE CENTENAIRE DE LA TERREUR

signer. Nous assistons, aujourd'hui, à l'explosion d'une épidémie de férocité, tout à fait comparable à celle qui couvrit la France d'échafauds, il y a cent ans; et la dynamite célèbre dignement, par ses salves meurtrières, l'odieux souvenir de la guillotine. Toute la différence, c'est que les anarchistes ne sont pas les plus forts, heureusement. Mais la doctrine jacobine règne en eux, absurde et féroce, dans toute sa pureté; et, comme leurs ancêtres de 1795, ils prétendent fonder la fraternité universelle par le massacre et par la terreur.

Jusqu'à présent, ils n'ont pas réussi à l'inspirer, et l'on a beaucoup félicité le public de son calme en présence des attentats. Je le veux bien. Mais il convient de constater que ces attentats n'ont encore été que relativement rares, accomplis à l'aide de moyens insuffisants, et qu'ils n'ont fait qu'un nombre restreint de victimes. L'influenza ou la fièvre typhoïde sont infiniment plus redoutables, et le monsieur qui sort de chez lui en songeant aux bombes, peut se dire, pour se rassurer, que ses chances de rentrer au logis n'ont pas sensiblement diminué.

Cet état d'âme, convenons-en, n'a rien d'héroïque. On s'accommoderait volontiers, je le

crois, d'une explosion mensuelle, pourvu qu'elle fût à demi ratée. Mais que, l'un de ces jours, — comme c'est à craindre, — un petit Robespierre en chambre, muni d'engins perfectionnés, se mette à travailler sérieusement au bonheur des générations futures, et vous verrez l'épouvante.

D'ailleurs, Ce qui est effrayant, aujourd'hui, c'est beaucoup moins la propagande par le fait que la force et la rapidité avec lesquelles se répandent les idées anarchistes. Il faut tout l'aveuglement des optimistes pour n'en pas voir les progrès.

Quand M. Jaurès, sous prétexte que M. de Mun s'intéresse au sort des prolétaires et qu'on a trouvé la carte du baron de Rothschild dans les papiers d'un compagnon, tâche d'insinuer que l'anarchisme n'est, au fond, qu'une conspiration de cléricaux et de capitalistes, personne n'en croit rien, sans doute, et il suffit, pour comprendre cette manœuvre, de voir avec quel mépris Hmile Henry, dans sa déclaration, parle des socialistes du vieux jeu. La vérité est que ceux-ci — les chefs, du moins — se sentent abandonnés, en ce moment, par une bonne partie de leur armée, qui est en train de passer à l'anarchisme avec

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