‹ Mon franc-parlerChapitre 52 sur 56 · A PROPOS DE JEANNE DARC 20 J · texte numérisé non relu

A PROPOS DE JEANNE DARC 20 J

Mais pourquoi s'indigner? Peut-être les choses sont-elles mieux ainsi. Qu'importe à la vierge de Domrémy, qu'importe au vainqueur de Marengo, d'Austerlitz et d'Iéna l'indifférence ou la haine d'une poignée de bourgeois devenus nos maitres par le hasard de cette loterie qu'on appelle le suffrage universel? Qu'est-ce que tous ces malheureux-là ont à faire avec une Sainte et un demi-Dieu?

Qu'ils jettent aux ordures une couronne d'immortelles sur laquelle est écrit le nom d'une victoire française! Soit. Cela les juge. Nous n'avons qu'à hausser les épaules devant ce sacrilège imbécile, et nous pourrions leur donner l'occasion de le renouveler chaque matin. Car il y a, dans l'épopée impériale, assez de journées glorieuses pour toutes les éphémérides du calendrier. On se lasserait peut-être, à la longue, de cracher sur le drapeau.

Quant à Jeanne d'Arc, plus grande que Napoléon lui-même, car elle ne surgit que pour la juste guerre et garda, toujours intactes dans son âme. la charité de la chrétienne et la bonté de la femme, pleurant après la bataille et soignant les Anglais blessés; quant à la sainte Pucelle, plus touchante que le grand Fmpercur, car la victime

dés prêtres de Rouen est une martyre innocente s-ur son bûcher, tandis qu'il y a de l'expiation d'ans les tortures du Prornéthée de Sainte-Hélène ; quant à la simple et sublime enfant, fille de notre Lorraine aujourd'hui mutilée, oh! de tout notre cœur, nous demandons, avec M. Joseph Fabre, qu'on la fête comme la patronne de la France.

Mais, si — ce qui est fort possible — pour ne pas déplaire à quelques électeurs voltairiens, cette joie patriotique nous était refusée, nous n'en serions pas autrement émus.

L'essentiel, et ce qui vaut mieux que tous les feux d'artifice, c'est que le souvenir de Jeanne, vieux de près de cinq siècles, est plus vivant que jamais parmi nous, c'est qu'un véritable culte pour elle s'établit dans d'innombrables cœurs. Et, au milieu des tristesses et des dégoûts du temps présent, quand se manifestent autour de nous tant de signes de décrépitude, c'est une grande consolation de constater que l'esprit public reste du moins fidèle à la plus belle et à la plus pure de nos reJigiQfts.njmojjiile&r--

Souvenir de Jeanne, veille sur la France. Redisnous qu'il ne faut jamais oublier l'outrage, subir le joug, accepter la conquête. Inspire-nous la confiance et l'espoir. Promets-nous qu'un orage

Page 1