A PROPOS DE JEANNE D ARC
dignités. L'autre jour, ils n'ont eu qu'un cri pour réclamer l'extradition de Cornélius Herz, alors que beaucoup d'entre eux, soyez-en certains, prient le bon Dieu pour qu'on ne l'obtienne pas, décidés d'ailleurs, dans le cas où l'on enverrait une nouvelle commission médicale près de l'illustre diabétique, à le prévenir télégraphiquement, afin qu'il ait le temps de se mettre au lit en bonnet de coton et de vider son sucrier dans son vase de nuit.
Ce qui vient de se passer à propos des couronnes déposées au pied delà colonne Vendôme, est aussi de nature à nous éclairer sur les sentiments des politiciens en présence de toute manifestation exclusivement patriotique. Quand les agents de police sont venus enlever ces fleurs apportées comme un hommage à nos vieilles gloires, certes, le bronze a dû frémir; car à cet airain est mêlée l'âme des prodigieux soldats qui le conquirent sur les Allemands! En vérité, voilà qui est bien fait pour réjouir les ombres de tous les Français morts au champ d'honneur, et pour encourager ceux à qui, demain peut-être, nous demanderons le même sacrifice!
Mon Dieu, que les gens au pouvoir sont stupides quelquefois! Ils verront avec plaisir,
aujourd'hui, déposer tous les bouquets qu'on voudra devant l'image de Gambetta, qui fut un ardent patriote, je le reconnais, mais dont l'emphatique monument ne rappelle, après tout, qu'un effort impuissant et d'effroyables désastres; et voici qu'ils ne tolèrent même plus, au pied de la colonne Vendôme, une couronne avec la date de la victoire de Lodi, remportée en 1796 par une armée républicaine.
Mais Bonaparte commandait en chef à Lodi,. et, désormais, Lodi dégoûte les républicains.
Napoléon et Jeanne d'Arc!
Nous avons, chez nous, à nous, ces deux gloires extraordinaires, telles qu'il n'y en a pas de semblables dans l'histoire universelle! La Bonne Pucellenous arévélé l'amourdela patrie, la«grande pitié du royaume de France ». L'immense Empereur nous a enveloppés d'un tel éblouissement de gloire que la France de son temps restera éternellement, dans les lointaines profondeurs de l'avenir, la plus grande nation du monde. Et que faisons-nous, hélas? A Jeanne nous marchandons les lampions officiels, et nous balayons quelques pauvres fleurs que des mains pieuses apportaient au bronze triomphal de la Grande Armée !