‹ Mon général, sa femme, et moiChapitre 31 sur 31 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

« tomme une firlc plante , un souffle m'a brisée » Vous, mes sœurs, TOUS avez celte teinte rosée « De jeunesse et de vie ; Oh ! votre sort est beau « Moi, j'ai les yeux éteints Jesuis pale, abattue. « On dirait, a me voir, une pale statue « Pour orner un tombeau. »

(Axaïs Seuaias).

* Je suis le cousin de mademoiselle Laure, d;s-;e à la portière ou lourrière : il faut absolument que je la voie; annoncez lui Charles Germond,

— « Hélas! la chère enfant est bien ma- Tome i. 23.

fade, me répondit-on; mais j'ai ordre de vous laisser entrer. Suivez-moi , monsieur. »

Chacun sait à quel point cette maison était bien tenue. J'arrivai à une chambre très aérée, où tout était dans un ordre parfait et d'une propreté admirable. Une jeune fille sommeillait sur son lit tout blanc. Je pus la fixer avant qu'elle s'éveillât. Elle avait tous les traits de mon oncle; mais le teint de la malheureuse Laure était fiévreux, pourpre, et sa maigreur effrayante.

Elle se tourna vers moi et mon uniforme la fit me deviner. Elle me tendit la main avec un sourire ungelique.

« Ma cousine, lui dis-je, vous le voyez, je suis blessé, et je viens à vous, à ma première sortie. J'ai grand regret d'avoir ignoré aussi longtemps votre existence. Je remplis un de-

voir sacre en vous rendant la fortune dont voire père vous a privée par une bizarrerie, une erreur, dont je ne saurais profiter. Voilà un acte de renonciation, que je crois régulier et suffisant. »

Elle me regardait avec une attention singulière.

« Mon père { me d^Ueile, en souriant les yeux remplis de larmes, pas sûr... M . Gërmond ne me devait rien... mais, Charles, combien je vous sais gré de votre procédé! M. Germond ne se trompait pas toujours puisqu'il vous aimait! tous les hommes ne lui ressemblent donc pes ! Vous avez un cœur, >oi:sî... Le notaire a crû devoir m'envoyer cet étrange testament Je vous jure qu'il n'a excité en moi d'autre sentiment que le dés? de vous connaître.

« Vraiment M. Germond était un profond observateur : Oui, je suis frêle, nerveuse. . . et quelque chose encore... Mais conservez cette fortune, Charles, et si votre cœur a besoin d'un titre de plus pour la posséder, recevezla de ma main mourante... Vous m'avez rommée votre cousine : Eh bien, mon cousin, soyez mon héritier, si vous ne voulez être celui de mon père. Vous me donnerez un tombeau, si je n'ai besoin de pain , et je jure de n'avoir jamais d'autre manque vous. Vous voyez que j'ai bien lu le testament,

— « Mon aimable cousine , éloignez tout fâcheux souvenir , toute triste pensée. La belle saison va vous rendre la santé. Voyez déjà ce soleil pur et riant. Dans quelques jours, uous pouvons avoir la paix et, si vous le permettez, je vous conduirai sous un

climat plus doux, en Italie. Vous pouvez vous confier à mon amitié.

— « Ce serait avec délices ; mais il est trop tard. J'étais frète, encore une fois, et je rêvais en effet , ainsi que M. Germond l'a consigné dans son testament. L'isolement me tuait : Je ne pense pas qu'il existe un plus grand malheur dans la vie. N'avoir personne qui nous aime est une position contre nature et qui ne permet pas de vivre. Je souffrais donc. Ma poitrine était brûlante, mon cœur s'indignait... J'aurais vécu, langui six mois ainsi... Le testament est venu abréger mon supplice. Soyez en béni , mon père... possible..

— « Ma chère enfant, lui dit la dame qui la veillait, vous vous tuez par ces émotions, et le docteur ne me pardonnera pas de vous avoir laissé causer aussi longtemps.

— « Vous avez raison, ditLaure : il faut respecter jusqu'à la fin les ordonnances du docteur ; puis il est mal de se plaindre de sa destinée... allez-vous en, Charles ; mais revenez.

— « Je retourne demain à l'armée.

— «Ah ! vous auriez dû attendre. Je ne vous reverrai donc plus !

— « Pardon. A mon retour.

— « Hélas ! ai-je encore un lendemain ! . . . Tenez : je veux vous laisser un souvenir ; je vous donne ce portrait de mon père. C'est le seul qu'il ait jamais fait faire, et je le lui ai volé. Je m'en accuse. Adieu, Charles. »

Je couvris sa main de mes larmes et je sortis.

« Ah ! me dis- je, mon oncle s'est trompe Son scepticisme a tue celte jeune fleur, dont

le contact, la douce présence auraient embelli sa vie ; celle de quelques hommes n'est qu'une longue méprise : il faut aimer...

quand môme. «

Page 1