CHAPITRE IV
a Un Tague enchantement , un torrent d'espérance « Eblouissent les yeux au seuil de l'existence . »
( LAM ABlb'E. )
Le laisser-aller des coulisses m'offrit mainte occasion d'essayer des moyens que le directeur et mon ami Dorville m'assuraient être infaillibles pour oublier Hélène. Je n'en fus pas même tenté. Je faisais mon métier de
chanteur, je remplissais strictement mes obligations, puis je rentrais chez moi et je pleurais pendant des nuits entières.
Nous vînmes passer l'hiver à Tours.
Le théâtre ne me présentait plus aucun charme. Je me surprenais honteux de chanter pour amuser les autres sans m'amuser le moins du monde. Oh! quel engar gement avais-je signé!
Mes lettres à mon oncle n'étaient plus que des diatribes contre le théâtre.
M. Germond s'en étonnait et me demandait des nouvelles d'Hélène. Je me refusais, par crainte de ses railleries . à lui faire part de mon malheur.
Dorville me développait, avec une éloquence particulière, les avantages de l'inconstance, jurant s'en être toujours parfaitement trouvé.
« Tout est relatif, mon ami , lui ré pondais-je, et je ncsaurais m'arrangcr, moi, de votre système. Mon cœur seul me fait du bruit et domine complètement mon esprit ou ma tète. Je ne saurais dire' un mot galant à une femme qui ne m'inspire pas d'amour.
— a Cela tient à votre âge , me dit-il. Si vous aviez seulement mes vingt-cinq ans vous seriez moins timide , moins conscient cieux. Il est probable que votre Hélène ne s'oDeupe plus de vous ; elle est d'un caractère paisible ; elle ne s'émeut qu'au théâtre et à toute extrémité : elle se sera résignée au joug paternel Elle n'a pas cette énergie, cette vigueur, qui portent une femme à tout braver, sacrifier pour son amant ; Cela aussi est l'affaire du temps. Elle reviendra au théâtre cependant, car on n'en peut essayer impunément. L'honneur artistique
le veut, l'exige... Mais, mon ami, vous n'êtes nullement dans l'obligation d'attendre la belle Héiène, les bras croisés, séchant sur pied. Un amour absolu, unique, est une fièvre, une fatigue. Nous voici en Touraine : l'automne sous ce doux climat est un second printemps ; l'amour doit vous y revenir; votre cœur doit y parler de nouveau. Regardez bien autour de vous dans cette bonne ville, et vous oublierez la cantatrice. On aime plus ou moins longtemps , maison aime plus d'une fois : nos dames vous le diront , si vous ne voulez pas me croire sur parole.. Aimez donc, si le plaisir ne vous suffit pas, et je m'engage à vous aider de toutes mes forces, soit qu'il vous faille un Frontin , un frère ou un cousin ; j'irai vous tenir léchelle , au besoin, ou je monterai le premier à la brèche pour vous ouvrir la roule. Je tiens à vous voir l'amour au cœur :
vous aimez trop bien , trop fort quand vous y êlé"sf pour rester ainsi innoccupé. Allons, à l'œuvre : »
J'en crus Dorville , ou plutôt l'amour revint.
Bien établi dans un beau quartier, dans une jolie maison ayant vue sur la Loire ; nos débuts termines paisibles et heureux; ma tente enfin plantée pour quelque temps , Je me mis à regarder aulonr de moi comme me l'avait conseillé Dorville.
Le plus beau soleil dorait encore les rives du fleuve, et je me surprenais à rêver, des heures entières à ma fenêtre.
Ce n'était pas de l'ennui. J'ai rarement souffert de ce cruel tyran des âmes qui pensent , peut-être par la raison toute simple que la folie peut plus contre lui que la sagesse (*).
(*) Définition de l'ennui par Chainplort.
A la fin de mes éludes , à mon retour à Poitiers, je n'avais combattu mon inquiétude d'esprit et. de cœur, qu'en me fatigant le corps, douze heures par jour , à la salle d'armes ou à l'école d'équitalion.
J'éprouvais les mêmes sensations, si elles n'étaient plus vives; mais changé par l'âge et le théâtre, ce fut uniquement aux arts que je demandai, celte fois, du secours contre les besoins de mon cœur ou les divagations de ma léte. Je me remis à dessiner, à peindre, et je vis avec grand plaisir que l'on pouvait encore s'apercevoir , après sept ans , que j'avais eu le premier prix à Sorrèze ; je n'avais rien perdu de ma facilité.
Je m'étais adressé pour remonter ma palette, à un peintre de mon voisinage , qui avait acquis une petite fortune dans l'exercice de son art, et qui n'enseignait plus qu'à quelques élèves privilégiées. Trois heures
par jour seulement, il ouvrait son atelier aux jeunes demoiselles des premières familles de la ville ; elles étaient au nombre de quinze et, pour tout au monde , il n'en eût pas admis une de plus. La tenue de cette classe était excellente : Aucun homme, fut-ce le père d'une des élèves, n'y était admis aux heures de travail.
J'avais remarqué une jeune personne qui, chaque jour, passait devant mes fenêtres, accompagnée d'une de ces vieilles gouvernantes de bonne maison, à visage sévère et respectable. La jeune fille était vêtue avec un goût , une élégance parfaits : un chapeau garni d'une large dentelle, permettait à poine d'apercevoir ses traits ; ses longs cils étaient toujours baissés et , vingt fois , je passai devant elle, sans la voir lever les yeux. Son teint était d'une blancheur incomparable; sa taille particulièrement avait toute
la souplesse du roseau, une désinvolture délicieuse.
j'en vins à né penser qu'à elle et, sans voir plus loin, sans songer aux obstacles ou aux suites même du succès, j'aimais... Je cherchai à plaire , à me faire aimer .
J'épuisai mon éloquence auprès du maître de peinture pour être admis dans son atelier. Impossible.
« Vous saisissez fort bien la ressemblance ; vous avez les plus heureuses dispositions ; vous êtes un fort aimable et fort joli garçon, me dit-il gaiement; mais, en raison même de tout cela, je ne vous mettrai pas en rapport avec mes élèves.
Et moi aussi, j'ai eu vingt ans , et je me le rappelle. Je suis père, mon cher camarade, et, depuis que mes filles ont quinze ans, je n'admets plus dans mon atelier que des per-
bonnes dé leur sexe. Je devine môme , â Votre insistance , qu'un motif, auquel je ne dois nullement me prêter, vous porte à solliciter l'entrée de ma maison... Ne vous en fâchez pas : ma porte ne vous sera plus ouverte. »
Je me mfs à suivre ma sylphide , et je la •vis entrer dans un bel hôtel avec jardin , presque à l'extrémité d'un faubourg.
Je fixai tant et tant l'hôtel et ses dépendances, que bientôt j'en devinai à peu près la distribution. Telle fenêtre devait être celle de la chambre à coucher, telle autre du salon, etc.
Hélas ! la saison devenait fort mauvaise : nul ne prenait plus l'air pour son agrément; les leçons de dessin semblaient abandonnées.
Après maintes recherches , des soins , des Tome i. h.
démarches de toute espèce, je savais sow nom, et voilà tout.
Je connaissais la comédie de Dumaniant intitulée: Guerre ouverte. Je me rappelais la manière dont le marquis aborde Nancy , et, un beau jour que le cerbère femelle sortait seul, je risquai l'a vent lire le plus poliment du monde, le chapeau à la main.
Je ne sais trop ce que je balbutiai.
La plus belle tête de duègne que j'eusse vue de ma vie, se redressa, et des yeux vifs et perçans , me fixèrent avec une surprise, qui compléta mon embarras. Je présentai machinalement ma bourse.
« Que voulez-vous? me dit la vieille. Qui vous demande de l'argent? me prenez-vous pour un voleur? vous croyez-vous sur une grande route?... Je suis pressée. Adressezvous ailleurs, puisque vous ne savez pas
Vous expliquer. Il est fou, ce beau monsieur ! dit-elle en s'éloignant. »
Je restai, tête nue, ma bourse à la main, par un froid de dix degrés.
« Dumaniant , medis-je,n'a pas«le sens commun, et les moyens de comédie ne sont bons qu'au théâtre. Honte à moi d'y recourir! il faut que je sois bien sot pour ne pouvoir rien imaginer moi-môme. »
J'allai tout conter à Dorville et prendre conseil de sa sagesse , incomparable , selon lui. 11 fut émerveillé.
« Bravo ! me dit-il ,. je ne ferais pas mieux , moi , qui m'en pique. C'est vraiment fort bien : Vous prétendez, artiste ambulant , vous faire aimer d'une jeune fille, qui habite un magniïique hôtel!... J'ai entendu parler de M. de Marilly : c'est un ancien capitaine de vaisseau ,
fier comme un écossais , fort riche , et brutal comme un matelot. Sa femme est , dit-on , morte de chagrin , et votre Fernande est sa Glle unique. Le gentilhomme n'est plus jeune; mais il tient, dit-on encore, sa maison militairement... Peut-être amènera-t-il sa fille à nos bals parés-masqués, qui ouvrent demain avec la nouvelle année et qu'on nous assure devoir être très-bnllans. C'est à vous d'aviser aux moyens d'approcher la petite comtesse. Quand à moi , je scrute vainement mes souvenirs, j'évoque mon génie, rien ne me vient ; je crains de n'être pas à la hauteur du sujet , s'il faut vous le dire. La réputation de M. de Marillv m'épouvante.
— « Ah! ah! ah!.. Vous n'êtes qu'un poltron mon cher Dorville ; vous reculez devant le moindre obstacle : vous ne rompre-
ticz tout au plus que nos actrices, cl encore! . . . je vous Taisais trop d'honneur en vous consultant.
— « A la grâce de Dieu , dit Dorville, en hochant la tête. »
J'avais aussi pensé aux bals masqués, et j'avais pris mes mesures pour y tenter la fortune , aussi galamment que possible.
J'avais fait venir de Paris quatre dominos, les plus élégans qui ayent jamais paru à Tours ; ils étaient en ordre dans ma loge. En deux minutes, je pouvais changer de ços,lume..
J'attendais le lnr janvier avec une. impatience extrême. Mon cœur me disait que je verrais Fernande ; qu'à l'abri du masque, je pourrais lui parler, lui parler môm ede mon amour. Oh ! bonheur.
L,e soir j'étais aux aguets. La salle é}aî|
brillamment éclairée. Déjà beaucoup de* monde était arrivé, lorsque trois dames des-. cendirent de voiture : la plus âgée était une de nos plus fidèles abonnées ; une jeune femme de vingt ans à peu près, et mademoiselle de Marilly l'accompagnaient.
J'avais endossé mon plus beau domino et ma magnificence avait fait sensation. J'osai me mêler à la foule des danseurs, qui s'empressait auprès de Fernande et de sa compagne, et je sollicitai une contredanse.
Mademoiselle de Marilly sembla d'abord hésiter; elle regarda la dame qui lui servait de chaperon. Celle-ci me fixa à son tour. Mon habit lui donna bonne opinion de moi ; elle fit un petit signe approbatif, et la plus douce voix me promit la seconde contredanse. Oh ! mon beau domino , que je te remerciai du fond du cœur !
Les deux jeunes femmes dansaient tout
près de la banquette où la dame , qui l'es accompagnait, était assise. L'air bienveillant de cette dame m'encouragea à lui adresser la parole.
Je ne pouvais m'éloigner de Fernande ; mes regards avides ne la quittaient pas un instant. Rien de si beau , de si aérien, ne s'était offert a mes yeux. Chacun de ses mouvemens était une grâce.
Que mon tour était lent â venir !
La ritournelle se fit enfin entendre , et je pus toucher la main chérie.
Ce fut avec un frisson de plaisir que je ne saurais exprimer. Je tremblais au point que Fernande s'en aperçut et (ixa ses beaux yeux sur les miens.
« Oh! mon Dieu! mécriai-je transporté.
— « Qu'est-ce? reprit-elle.
— « Rien, mademoiselle... pardon.. . vous
vous occupez de peinture , je ta sais... moj aussi, parfois je me livre aux mêmes goûts , et, en vous regardant, je me suis rappelé un des chefs-d'œuvre de Raphaël.
— « Me connaissez-vous donc?.
— « Beaucoup.
— « Et moi,#est-ce que je vous connais ?
— « Hélas ! non,
— « Je ne suis sortie de ma pension que depuis quelques mois , et voilà la première fois que je me trouve dans un lieu public. Ce bruit m'étourdit.... mais vous peignez.... ôtes-vous bien.fort'Lw./-
— « C'est selon. Je ferais facilement votre portrait , de souvenir , sans avoir besoin de vous faire poser... Je ne serais pas ausst habile pour tout autre modèle.
— « C'est singulier. Vous ôles bien heureux d'avoir uu pareil talent!
•H- « Oui. En ce moment , je suis bien Jieureux ; mais avec qu'elle impatience et pendant combien de temps j'ai aspiré au bonheur dont je jouis !
— « Comment?
— « Je vous avais vue, mademoiselle, et vos traits ebarmans étaient sans cesse présens à mes yeux comme à mon cœur. Permettez-moi de vous en donner la preuve , au plus prochain bal, ici, dans dix jours... y viendrez-vous?
— « Je l'espère.
— « Oh ! c'est le ciel que vous me promettez ! Veuillez m'accorder encore votre seconde contredanse et , à cette même place, je vous présenterai votre portrait , aussi beau , aussi adorable , s'il est possible , que son original. »
Fernande élail émue , à s m tour , quand
je la reconduisis à sa place. Elle ne me répondit rien ; mais elle leva une seconde fois ses beaux yeux sur moi. Son regard n'avait rien de courroucé , et son cœur semblait vivement agité.
L'orchestre commença une valse presque immédiatement.
Fernande ne valsait pas. J'invitai sa cousine, qui accepta. En nous éloignant, j'entendis madame de Ligny dire à Fernande :•
« Il est distingué ce domino. Vous avez causé : que t'a-t-il dit?
— « lime connait... je voudrais bien le connaître moi-même. »
La valse nous emportait, à mon grand regret. Ma partner me fit compliment sur ma manière; je ne la fatiguais nullement, ditelle, et en effet j'avais pris des leçons sur la
terre classique de la valse, dans nos cantonnemensde Franconie et du Palatinat.
Je le lui [dis pour qu'elle le répétât à ces dames. Il faut être quelque chose et, à cette époqne , il fallait être militaire , par fois même en dépit qu'on en eut.
Madame de Ligny , la tante de Fernande, dont je me rappelai avoir vu le nom sur la liste des abonnés, occupait la banquette supérieure, sa fille et sa nièce à ses pieds , sur l'autre banquette.
Une place se trouvait vacante près de l'honorable tante. Je lui demandai bien respect lueusement la permission de m'y reposer pour un moment. Qu'elle heureuse inspiration !
Les femmes, condamnées par leur âge à faire ce qu'on appelle tapisserie dans un balv aiment fort à rencontrer avec qui causer.
Madame de Ligny , prévenue favorablement par mes politesses, par mes manières, m'accueillit le mieux du monde et, au moyen de quelques monosyllabes, je la fis parler pendant une grande heure sur tous sujets.
Pendant ce temps là, j'écoutais de toutes mes oreilles une autre conversation, bien autrement intéressante pour moi, entre les. deux cousines.
Elles causaient en toute sécurité parecqu'elles parlaient italien. Elles ne se doutaient pas que je l'avais appris à Sorrèze et que je les comprenais le mieux du monde.
La fi!le de madame de Ligny, mariée depuis trois mois seulement à M. Dolbreuze , officier supérienr, récemment parti pour l'Espagne i n'était revenue à Tours que depuis quelques jours, et les deux amies se rc: voyaient après plus d'un an de séparation.
Aussi so questionnaient-elles à l'envi.
J'appris ainsi que M. de Marilly était parti, emmenant voiture et laquais, pour des affaires d'argent qui le retiendraient deux mois à Lyon, laissant Fernande bien recommandée a madame de Ligny et sous la garde
unique de la vieille Marguerite, fille respectable et digne de toute sa confiance , d'un caractère ferme et qui ne craignait nullement de se trouver seule avec une enfant de seize ans dans un vaste hôtel. M. de Marilly avait chassé son jardinier, le jour même de son départ.
J'appris encore que l'excellente duègne n'était pas cependant aussi soigneuse qi/il eut été désirable et qu'elle oubliait souvent de clore la porte du corridor sur le jardin.
Puis venaient les questions à madame Dolbreuze sur son changement d'état et le plaisir ou la peine qu'elle en éprouvait. La dis-
crétion , les réticences des réponses de là jeune dame amenaient Fernande à révéler ses plus secrètes pensées, ses délicieux rêves d'enfant . purs comme un beau jour ; elle avait déjà toute sa vie imaginaire tracée , circonstanciée : elle ne voulait pas se marier, disait-elle, parce qu'elle avait lu dang Un livre, que son père avait oublié dans un bosquet du jardin } que les hommes étaient le plus souvent exigcans , sans délicatesse * incapable d'un amour tendre et désintéressé.
Mais elle avait appris de sa meilleure amie de pension à Paris, qu'il existait des êtres aériens, immatériels, de purs esprits, qui parfois daignaient descendre jusqu'aux simples mortelles... C'était , en un mot , un sylphe , qu'elle voulait pour amant , pour unique époux , et qu'elle appelait dans ses rùves.
Madame Dolbrcuzc souriait du sourire des anges et semblait ne pas être tentée d'éclairer, de désabuser sa jeune amie, et Fernande , entraînée par son sujet , oubliait qu'elle était au bal , et découvrait les replis les plus secrets de son cœur ingénu.
« Ce que j'ai éprouvé ici même, disaitelle, il y a quelques instans, m'a surprise. Le croiras-tu? ce domino, avec qui j'ai dan-. se, m'a tenu un langage tout nouveau pour moi... »
Elle allait continuer lorsque madame Dolbreuze, moins distraite, lui rappela que j'étais derrière elle , en grande conversation avec madame de Ligny.
Celle-ci en était à la conclusion d'une longue dissertation sur le danger de la fréquentation des spectacles pour les jeunes personnes, et m'apprenait que l'usage, généra-
lement adopté à Tours, était do ne pas les y conduire avant leur mariage.
Je ne pouvais manquer de dire encore comme elle sur ce point et d'applaudir vivement à l'usage, puisque je lui devais de ne pas craindre d'être connu de Fernande, et de pouvoir ainsi lui montrer mon visage ♦ à l'occasion, sans l'effaroucher.
Ces dames se retirèrent de bonne heure.
En sortant de la salle, Fernande s'étant retournée vers moi, comme pour me regarder avec intérêt , il m'échappa un mouvement de joie tellement prononcé que Dorvillë me reconnut.
«Eh! c'est vous,' mon ami, me dit-il ^ me prenant le bras.
— « Que je l'aime ! combien je suis heureux! Elle sera à moi, elle ne peut manquer d'être à moi !
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*r « Possédez-vous. La petile comtesse était elle donc ici ?
— « Mon ami, je vous demande le secret.
— « J'en sens, comme vous, l'importance. Le vieux gentilhomme n'entend pas la plaisanterie. On parlait de lui, hier au café, en ma présence. C'est une espèce de tyran domestique, de Barbe-Bieue, si l'on en croit la chronique.
— « Il me faut une échelle de corde à crochet, que je puisse jeter et retirer moimême.
— « J'ai ce qu'il vous faut. L'année dernière, à Strasbourg, j'ai joué aussi a l'escalade, et j'ai conservé mon instrument... Non pas ponr recommencer, mais, au contraire , pour ne pas perdre le souvenir de la plus dure leçon qu'un étourdi puisse recevoir...