LES FEMMES LITTÉRAIRES DE LA FRANCE
comparaison usitée chez les poètes ses valetsde-chambre. La poésie alors se fait rarement bourgeoise , excepté avec Louise Labé , la belle Cordière de Lyon, et plus tard avec Catherine Desroches : la poésie était reine , dans ce temps où Marguerite, fille de l'empereur d'Allemagne , pour se consoler de ses infortunes matrimoniales, au milieu d'une effroyable tempête qui faillit engloutir son vaisseau, rima son épitaphe en un distique français,
Louise de Savoie , mère du roi , écrivait tour à tour des contes innocemment licencieux et le journal de sa vie à la manière de l'Estoilc et de Dangeau; sa fille, Marguerite de Valois , la femme la plus remarquable de son siècle, écrivait aussi des contes que ceux de Boccace , de Bandel et de Bonaventure Desperriers ne surpassent point en variété d'invention, en finesse de narration. Cette princesse, amie et protectrice des littérateurs et des lettres , qu'elle faisait aimer à son royal frère, était plus instruite en théologie qu'un docteur de Sorbonne , et aussi versée dans l'étude des langues qu'un professeur du Collège de France. Elle fut la seule personne de son sexe qui
composa des mystères et des farces, lorsque ces pièces de notre théâtre naissant étaient prostituées aux clercs de la Bazoclie et aux bateleurs des Enfans-sans-souci : \ Heptameron n'avait que faire des poésies chrétiennes ^ pour immortaliser la Marguerite des Marguerites.
La poésie était tellement inséparable d'une belle éducation chez une femme, que Diane de Poitiers, la maîtresse héréditaire des rois, eut recours à son pouvoir pour captiver davantage Henri II , et ce fard lui enleva quelques rides. Puis, encore une Marguerite, une reine de Navarre , une petite-fille de François I" , qui manie la prose avec autant de grâce et de vigueur que Brantôme, lequel n'eut garde d'omettre les aventures de cette princesse dans les Dames galantes : la première femme de Henri IV trace en se jouant ses agréables mémoires , sans le secours d'un secrétaire.
Les amours continuels de Henri IV dounérent lieu à de naïves et éloquentes correspondances oii Corisandre d'Andouins , Gabrielle d'Estrées , la marquise de Verneuil , ont tour à tour entretenu la tendresse du plus amoureux et du plus inconstant des princes :
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pourtant la mode n'était pas encore tournée à l'épistolaire, et si la Ligue , en quarante ans de troubles reiifjieux et politiques , n'a produit que des mémoires écrits parles témoins et les acteurs de ce sanglant drame , la Fronde , cette guerre civile soulevée et soutenue pai* des femmes , eut aussi des femmes pour historiens; car les femmes participent toujours aux révolutions de palais : les mémoires de mademoiselle de Montpensier et de madame de Motteville sont parés de ce galant négligé de cour, qui n'exclut ni l'étiquette, ni le luxe, ni le bon goût : on dirait que ces dames font poser tous leurs contemporains dans leur oratoire, qui était le boudoir du temps.
Mais le cardinal de Richelieu, qui signait avec la même plume les pensions de Pierre Corneille et l'arrêt de mort de Cinq-Mars, avait trop impérieusement accoutumé son époque aux merveilles de Tesprit , pour que les femmes ne se mêlassent pas à ce mouvement littéraire qui s'annonçait par le Cidj cependant les femmes n eurent point accès à l'Académie française : il est vrai que les études austères de la morale et de la philosophie, que mademoiselle de
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Gournay, la fille adoptive de Montaigne , avait apprises de son illustre maître , furent sacrifiées aux longs récits du roman tendre que XArtamène et la Clélle répandirent par toute l'Europe; mademoiselle de Scudéry, dont l'immense réputation est enfouie dans trente gros volumes , où personne ne va plus chercher les aventures de la cour de France sous des noms mèdes et romains, serait aujourd'hui plus appréciée, si ses ouvrages avaient été moins admirés de son vivant : on aimait alors les grands romans et les petits vers.
Ici s'ouvre le siècle de Louis XIV , où les femmes occupent tant de place dans les lettres classiques ainsi que dans la vie privée du monarque : les Précieuses ridicules et les Femmes savantes de Molière resteront comme des modèles de bonne comédie et d'injuste partialité; ce sont des représailles contre l'Hôtel de Rambouillet, qui opposaijt une coterie de femmes aux coteries d'auteurs qui se réunissaient dans les cabarets ; sans doute madame Deshoulières, après avoir pris fait et cause pour Pradon contre Racine , confirma par sa tragédie de Genseric l'opinion qui refuse aux femmes le talent dra-^