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LES FEMMES LITTÉRAIRES DE LA FRANCE

matique , opinion que mademoiselle Bernard et madame Dubocage n'ont pas détruite depuis ; mais dans la poésie facile et bergère , madame Deshoulières a surpassé les Idylles de Segrais et les rimes redoublées de Chapelle.

Tous les genres sont desservis avec succès par des femmes : madame de Villedieu égale Benserade pour les madrigaux; madame d'Aulnoy ose faire des contes de fées après Perrault ; Ninon de Lenclos éparpille ses lettres et ses amours ; madame de La Fayette lutte d'esprit avec Haijiilton , le charmant historiographe du chevalier de Grammont ; madame Guyon , illuminée par les feux de l'amour divin , semble écrire sous l'inspiration de Fénelon \ madame Dacier traduit et commente Homère ; les femmes font des livres partout et sur tout : mademoiselle de La Yallière, dans son cloître des Carmélites, recueille les pieuses rêveries de Sœur de la miséricorde.

Là commence, au signal de Saint-Evreniond et de Bussy-Rabutiii , ce débordement épistolaire qui entraîne madame de Sévigné , madame de Grignan , madame de Maintenon, madame desUrsins et tant d'autres, jusqu'à madenioi-

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selle de Lespinasse ^ jusqu'au roman par lettres de mesdames Riccoboni et de Souza. Madame de Sévigné , sous cette forme banale et familière qu'elle relève avec coquetterie , raconte toute l'histoire courtisanesque du règne de Louis XIV , et fait de la langue comme d'un chiffon qu'une femme arrange artistement pour sa toilette : dans ses lettres , la langue est plus naïve , et plus hardie , et plus souple , et plus riche, et plus harmonieuse que dans tous les livres sortis du sanctuaire académique.

La régence vient ensuite, et les femmes littéraires n'ont rien perdu de leur autorité sous le ministère corrupteur de Dubois , sous le voluptueux sérail de Philippe d'Orléans : la duchesse du Maine préside en vers et en prose à ses dwertissemens de Sceaux j madame de Staal prête son style vif et mordant aux haines de laitière duchesse qui conspirait avec ses poètes et ses musiciens ; mademoiselle Aïssé se naturalise française dansla relation intéressante de ce qui lui est arrivé en France; madame de Tencin invente des romans après en avoir fait en action de plus historiques , et de non moins délicieux : madame de Tencin fut la

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încrc de d'AIembert , le grand -prêtre des philosophes.

Louis XV , élève de l'abbé Fleury , ne fut pas plus tôt en âge de tenir le sceptre, qu'il le remit aux mains des ministres Cotillons : madame de Pompadour et madame Dubarry, l'une par sympathie et l'autre par mode, renouvelèrent les beaux jours d'Aspasie en s'entourant d'une atmosphère de poésie et de science. Voltaire avait, pour ainsi dire , anobli le génie des femmes en attachant à son char de triomphe la docte madame du Châtelet , qui s'adonnait avec amour aux mathématiques.

Dans ce temps-là , madame Dunoyer publiait des gazettes en Hollande; mademoiselle de Lussan distillait notre histoire en romans assez peu historiques ; madame du Deffant correspondait avec Horace W^alpole -, madame de Caylus peignait eu buste et en miniature la cour de Louis XIV ; madame Dubocage essayait de réaliser le problème d'une épopée en vers français; madame GeofFrin, qui parlait peu et n'écrivait pas , composait les soupers les plus littéraires et les mieux choisis , sous le double rapport des mets et des convives; madame

GeofFrin reflétait toutes les célébrités de l'Encyclopédie.

Le dix-huitième siècle ne se lassait pas d'enfanter auteurs et livres nouveaux ; les femmes prenaient rang avec Diderot, d'Holbach, Helvétius • madame dcBeauliarnais avait été formée poète par l'astre de Dorât; madame de Graffigny avait aussi habillé en Péruvienne une Nouvelle Héloisej madame Riccoboni était capable d'achever la Marianne de Marivaux; madame Chénier, Grecque comme mademoiselle Aïssé , improvisait pour ses amis des morceaux remplis de grâce et d'érudition , dignes de ses deux fils et surtout de cet André Chénier qui nous tient lieu à la fois d'Homère et de Théocrite.

La République et la Terreur réservèrent toute l'énergie féminine pour les dévouemens des Sombreuil et des Charlotte Corday. Cependant, au bruit sourd de la guillotine, madame Roland rassemblait ses souvenirs en ^irison ; Emilie semait de roses la mythologie de Demoustier; madame Bourdic-Viot trouvait quelques rimes faciles; madame Constance Pipelet se faisait connaître, avant de doter de sa couronne poé-

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tique un prince de Salm ; madame Perricr chantait le Rien.

Sous Bonaparte, qui haïssait les femmes de lettres, plus d'un légitime succès de femme répondit à ses incorrigibles préventions : mesdames Babois et Dufresnoy marchèrent sur les traces de Bertin et de Parny, elles mirent dans l'élégie du sentiment , à défaut de poésie ;. madame de Genlis, entre une désespérante quantité de volumes, fit lemarquer sa jolie et courte nouvelle de Mademoiselle de Clennout ; madame Cottin , qui a de l'âme , de Fimagination et de la verve , aurait pu faire un chefd'œuvre, et n'a laissé que de bons romans ; madame de Staël , qui fut un homme de génie sublime, sera toujours une exception unique et prodigieuse dans son sexe comme Bonaparte parmi les soldats de fortune : l'exilée de Coppet résume toute son époque littéraire, de même que le captif de Sainte-Hélène , son époque militaire et politique.

Aujourd'hui que les femmes sont entravées par moins de préjugés et tendent vers une espèce d'affranchissement moral, la littérature compte sur elles pour sa régénération , et dans

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toutes ses parties un nom de femme peut être avantageusement opposé a un nom d'homme. Le roman, qui comprend tous les genres, et qui se prête a toutes les formes comme a tous les talens , est échu en partage k mesdames de Souza, Sophie Gay, Emile de Girardin, la princesse de Craon,Molé, de Montolieu , de Duras, Elise Voiart , Bccard , Bodin , Laure Bernard, etc. , qui ne redoutent pas la comparaison avec les romanciers en réputation; madame Alida de Savignac fait des feuilletons aussi spirituels et non moins mordans que ceux de Jules Janin ; madame de Saint-Surin a toute la science d'un académicien des Inscriptions et Belles-Lettres ; mesdames Fouqueau de Pussy , Ulliac de Trémadeure , Laya, etc., écrivent pour la jeunesse avec autant de charmes que Berquin et Bouilly^ mesdames CélestineVien, Désormery , Janvier, Céré-Barbé, Clémence Robert, Hermance Lesguillon, et cette intéressante Elisa Mercœur, dont la mort prématurée ressemble à celle de Gilbert, ont fait des vers qui sont restés dans notre mémoire ou dans nos albums; mesdames Desbordes- Valmbre et Mélanie Waldor ont succédé a madame

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Dufresnoy et surpassé FJorian ; madame Emile de Girardin , qui n'a pas trop présumé de ses forces en se disant muse de la patrie à l'âge de quinze ans , est poète comme l'auteur des Messéniennesj madame Tastu , qui a des rêveries si douces et si mélancoliques, est poète comme l'auteur des Méditations j madame Anaïs Ségalas, qui sème à pleines mains un luxe éblouissant d'images et de pensées, est poète comme l'auteur des Orientales ; enfin , madame la duchesse d'Abrantès rédige des mémoires dignes de figurer auprès de ceux de mademoiselle de Montpensier, et madame Georges Sand , malgré ses paradoxes et ses extravagantes hyperboles, est notre plus grand écrivain depuis madame de Staël.

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La. littérature, après avoir essayé plusieurs transformations successives , revient sans cesse à une forme première , qu'elle quittera encore pour la reprendre plus tard, lorsque l'oubli lui aura rendu tout l'attrait de la nouveauté. « En effet , dit La Fontaine , on ne peut pas dire que toutes saisons soient favorables pour toutes sortes de livres. » Mais il n'est pas de genre si décrié et si vieux qui ne puisse être rajeuni et remis en honneur. Ceci est une affaire de mode , un hasard de fortune; et si les écrivains sont impuissans à créer , ils savent rénover avec art. On jette au rebut les anciens moules : on ne les brise jamais. Demain peut-être on ressuscitera l'héroide, et puisque Tode de Ronsard

est remontée sur son trône après deux siècles et demi d'humiliations, ne sera-ce pas bientôt le tour des rondeaux de Benserade , des vers équivoques de Crétin , des soties de Gringore et des mystères de Greban? Aujourd'hui la vogue est au conte, et les libraires ne sèment plus que conteurs , comme autrefois ils ne greffaient que du Saint-Évremond.

Passe donc pour le conte; c'est un produit agréable , qui ne manquera jamais en France , oîi il est indigène. Le caractère, l'esprit et la langue de notre pays sont essentiellement propres à la nature du conte, qui doit être vif, joyeux , hardi et naïf : ces qualités du moins se trouvent réunies dans la plupart des conteurs du quinzième et du seizième siècle, que nous allons passer en revue. Il y a toute une littérature exquise de finesse et de grâce , qui reste ignorée sous les laves refroidies de vingt éruptions littéraires, comme ces villes antiques d'Italie enterrées vivantes et plongées dans les ténèbres , tandis que des villages modernes, bâtis de leurs débris, à la place même qu'elles occupaient , s'étalent au soleil , et foulent aux pieds les trésors de l'art imnior-

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tel : la cabane esl assise sur le fronton d'un temple. ^

Le conte est partout le type primitif de la littérature d'un peuple. Jadis l'historien et le rapsode contaient : Hésiode , Homère, Hérodote, Lucien , ne furent que des conteurs poètes et philosophes , qui, selon le goût de leur temps ^ varièrent les formes de la tradition écrite. Bien avant eux, dès l'origine de la société, au milieu des forêts, les hommes nouveaux se reposaient des fatigues de la chasse . en écoutant les récits d'un vieillard qui leur disait ce que son père lui avait dit touchant la naissance de l'univers. Le conte et l'histoire eurent une source commune, contemporaine des langues , et ce ne fut qu'après des siècles d'éducation intellectuelle que l'histoire fut dégagée de l'alliage du conte.

Plutarque, qui fut le Montaigne des Grecs , résume à lui seul les diverses époques du conte ancien, qui était en honneur jusque dans les veillées des sorcières de Thessalie, comme nous le trouvons chez mademoiselle de Lussan. Les Romains ne nous ont laissé de conteurs que Diodore de Sicile et Apulée ; mais nous

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savons qu'ils empruntèrent aux Grecs les banquets acromatiques , c'est-à-dire , suivant le commentaire d'un vieux conteur français , « assaisonnés de quelque bonne sauce et savoureux sopiquet de contes récréatifs et plaisantes sornettes. »

Les premiers contes , en France , furent des • légendes de saints, narrées avec une crédule simplicité et grossies de bouche en bouche. Le tombeau de Dagobert, à Saint-Denis, oîi la sculpture a représenté les voyages de l'âme de ce roi dans l'enfer, est un conte fantastique figuré en pierres; X^l Légende dorée àeidiC(\wes de Voragine forme un recueil de contes merveilleux , qui ne le cèdent pas aux Mille et une Nuits arabes. Ces contes pieux, inventés par les moines et enjolivés de détails peu édifians , avaient pris racine dans la religion; et telle était la manie de conter alors , que les dogmes fondamentaux du culte furent travestis de la façon la plus scandaleuse, sans mauvaise pensée. Ainsi l'Evangile servit de texte à des facéties licencieuses. Les livres d'heures et les psautiers étaient d'ordinaire alongés de miracles, de diableries et de paraboles, qu'on lisait

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à l'église par nianicre de disti action. Voilà comment il est arrivé que les plus célèbres prédicateurs du quinzième et du seizième siècle , Menot , Maillard, Barlette, mêlaient tant de contes à leurs sermons, et changeaient la chaire en tréteaux.

On peut rapporter h l'invasion des Maures d'Espagne dans les Gaules méridionales l'invasion du conte de gai-savoir, que les troubadours apprirent aux trouvères. Les Maures, ainsi que tous les Orientaux , se plaisaient singulièrement à entendre de longues narrations qui berçaient leur paresse, à l'ombre des aloès et au bord des fontaines. Le sultan Chahiûar reculait de jour en jour la mort de Cheherazade pour ne pas laisser interrompu un de ces contes qu'elle racontait en attendant l'aurore , à la prière de sa sœur Dinarzade. Bientôt le Languedoc , en expulsant ses conquérans , retint quelque chose de leurs mœurs et de leurs arts. Un dicton populaire donna la palme au mieldre ju^leoren Gascoigne ; cette province fournissait les meilleurs jongleurs; et toujours enclins à ce genre de divertissement , nos bons aïeux riaient.

L'Orient raviva encore la passion des contes, lorsque les croisades eurent acclimaté en France une foule d'usages d'outre-mer. Les Sarrasins et le climat de la Palestine amollirent les vainqueurs, qui rapportèrent dans leur patrie le goût des apologues , et cette volupté nonchalante que procurent aux Asiatiques les récits fabuleux. Les trouvères se souvinrent des aventures ingénieuses qu'ils avaient ouïes sous la tente , à Damas et à Massoure. La cour de Philippe-Auguste reçut le reflet de celle du Soudan Saladin, et il n'y eut pas de fête royale ou seigneuriale sans un lai récité durant le festin, 'au murmure des coupes qu'on remplissait de vin de Chypre. Durand , Rutebeuf , Cortebarbe, Marie de France et les autres, qui précédèrent les romanciers de chevalerie , eurent la gloire d'inspirer Boccace. '

Ne semble-t-il pas que les contes ont été surtout en faveur dans les momens difficiles , oii il était besoin d'oublier les malheurs du temps, la guerre, la famine et la peste? Boccace composa son Décaméron pendant la peste de Florence ; Pogge , qui naquit cinq ans après la mort de Boccace , son maître , écrivit ses

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contes facétieux au milieu des schismes turbulens de la papauté; Euslache Deschamps, qui avait étudié la médecine dans le Levant, ]mraît mettre le conte aunondjredes remèdes de l'épidémie que Boccace combattait à force de gaîté, lorsqu'il recommande en ballade de fuir la tristesse et fréquenter joyeuse compagnie.

C'est dans le quinzième siècle que l'exemple de Boccace réveille en France la muse du conte , endormie comme Epiménide , tant que le choc des armées retentit d'un bout du royaume à l'autre : depuis quinze ans , la guerre civile faisait silence , et la peste ne dévorait plus les populations, lorsque le dauphin de France, qui devait être Louis XI, réfugié à la cour du duc de Bourgogne , pour échapper au ressentiment de son père Charles YII , consola son exil par les Ckist nouvelles nouvelles, (c assez semblables en manière, dit « Antoine de la Sale , éditeur anonyme de ce u recueil, sans atteindre le très-subtil et orné (f langage du livre de Cent nouvelles. » Le terrible Louis XI avait ses heures de badinage et de belle httmeur à table et parmi les fumées

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de la hiiveriej il préludait aux potences de son règne par des propos folâtres, et il payait en monnaie de langue l'hospitalité de son beaufrère de Bourgogne, Ces deux fiers auteurs se mesurèrent, a quelques années de là, dans la plaine de Montlhéry.

La cour de Bourgogne, où se racontèrent si librement cent nouvelles galantes, n'admettait pas les dames a ces après-soupers gaillards, oii chaque assistant avait la parole à son tour , et rafraîchissait sa mémoire dans un pot de cervoise ou bière forte ; mais les femmes étant introduites à la cour de France par Anne de Bretagne, le conte quitta son allure soldatesque et voila sa nudité impudique, sans renoncer pourtant à son franc-parler et à sa joyeuseté native. La mère de François P" , Louise de Savoie , et sa fille Marguerite d'Alençon, depuis reine de Navarre , excellèrent dans un genre qui veut, par-dessus tout, le talent de broder une idée avec esprit et délicatesse. On assure que madame de Savoie s'avoua vaincue par sa fille et déchira son ouvrage , que nous regretterons malgré cette rigoureuse condamnation, Marguerite nous a conservé son chef-'

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(l'œuvre, l'IIeptaméron, ou Histoire des Amans FORTUNÉS, dans lequel, dit Claude Gruget, premier éditeur de ces contes, elleapassé Boccace. Marguerite , que la réforme n'empêcha pas de faire traduire le Décaméron par son secrétaire Antoine le Maçon, ne rassemblait aucune nouvelle qui ne fût véritable histoire, et sa haute philosophie, loin de s'effaroucher des libertés du conte , brisait Fos rnédulaire du livre de Rabelais , que des précieux dû siècle de Louis XIV ont osé traiter àe bouffon insipide; le cardinal Dubellay envoyait dîner avec les laquais quiconque n'avait pas lu le livre l Enfin , il importe peu que les nouvelles publiées sous le nom de la reine de Navarre soient sorties de la plume d'un de ses valets-de-chambre lettrés, qu'elle s'attachait par des bienfaits, et plus encore par sa beauté et son mérite incomparables ; les Contes et joyeux Devis de Bonaventure Despériers sont peutêtre des lambeaux de rHeptaméron inachevé. Ce que touche une main royale devient or : le conte fut partout le bienvenu, et tandis que dans chaque ville de France, parens, amis et voisins se réunissaient les soirs pour banque-

ter et conter à frais communs , les imitateurs de Rabelais et de la reine de Navarre accaparèrent et gardèrent long-temps la fortune que leurs modèles avaient eue. Noël Dufail, sieur de la Hérissaye, voulut prouver, par ses Contes d'Eutrapel , que r utilité des contes facétieux est grande j et par ses Discours d'aucuns prot- Pos RUSTIQUES , qu'on pouvait trouver goût aux naïfs récits des paysans. Le docte Henri Etienne, pour faire l'apologie de son cher Hérodote, n'imagina rien àr\ mieux que de publier un volume de contes qu'il se défend d'avoir e/zr/cA/^, sous le titre de Introduction au Traité de la Conformité des Merveilles anciennes AVEC les modernes ; Tabourot , fidèle à sa devise : A tous accords , qui fut aussi celle de Henri HI , montra un talent varié dans ses Bigarrures et Touches comme dans ses Escrai- GNEsDiJONNOisEs; le sieur Gaulard, Tune de ces personnes de si bonne pâte et heureuse rencontre qu'ûs semblent nés pour faire rire les autres, dut sa joviale réputation à la plume badine du même Tabourot, qui rédigea )POi^/' rire les contes les plus gras du gentilhomme franccomtois ; Bouchet , sieur de Boncourt, dédia

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aux marchands de Poitiers ses Serées, dont A'.s discours libres et gaillards se ressentent de l'ancienne prudhornmié du bon vieux temps j Béroalde de Verville , tout abbé qu'il était , ou paice qu'il était abbé, gâta son Moyen de parvenir à force de grossièretés, et d'Ouville s'appropria beaucoup de bien d'autrui dans ses Contes aux heures perdues. Le conte s'empara pour ainsi dire de tous les instans de la vie : non-seulement les Serées de BoucHet furent accompagnées des Facétieuses Journées de Gabriel Chappuis et de la traduction des Facétieuses IN uits de Straparole; mais encore le seigneur de Cholières imagina scsINeuf Matinées pour inviter la compagnie qu'il avait aux champs à se dégourdir et aiguiser l'appétit au diner, puis ses Après-DînÉEs pour empêcher sa compagnie de dormir au sortir de table, parce que le veiller est plus gentil , mieux séant y de meilleure et plus honnête grâce; le seigneur d'Yver, pour équivoquer sur son nom , intitula Printemps un recueil de courtes entremêlés de xces digressions savantes et philosophiques qui avaient été mises à la mode par les diverses Leçons de Pierre Me.ssie, traduites par Claude

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Gruget , l'éditeur de la reine de Navarre ; Duverdier, sieur de Vauprivas, voyant par le peu de succès de son Compseutique que les contes perdaient de la faveur qu'on avait coutume de leur accorder en France, essaya de les rajeunir en les enveloppant de leçons débitées d'un style sérieux et dogmatique ; ce fut aussi sous le titre de Diverses Leçons qu'il imprima un choix de ses lectures divisé par livres et par chapitres : ce volume, réimprimé plusieurs fois , fut sans doute assez goûté , puisque Louis Guyon , sieur de la Nauche, fit paraître à son tour trois gros volumes de Diverses Leçoins plus ennuyeuses que les précédentes, en ce que les anecdotes y étaient plus rares : ce n'étaient déjà plus ces bons contes à la gauloise avec lesquels on oubliait la peste et la guerre civile ; enfin , les Nouvelles Tragiques de l'Italien Bandel, traduites ou plutôt paraphrasées et gâtées par Belleforêt et Boaistuau , furent les derniers soupirs du conte au seizième siècle, immortel phénix que cent ans plus tard La Fontaine devait extraire de la poussière de ces bouquins de haute graisse,

La plupart de ces bouquins sont aujourd'hui

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rares ou introuvables, la plupart iuiprimés avec une orthofi^raplic et des caractères gotliîques, la plupart d'ailleurs illisibles aux dames ; cependant c'est là le dépôt du véritable esprit français , et ce précieux dépôt presque ignoré finira par disparaître tout-à-fait, car les étrangers rechercbent volontiers nos curiosités bibliographiques. N'y aurait-il pas intérêt et profit pour les gens du inonde à visiter les ruines du conte qui n'ont jamais eu de cicérone? Il y a tant de perles à tirer du fumier d'Ennius ! Les dames se fàclieraient-elles de connaître d'un ouvrage bizarre , comique et original , ce qui peut leur en être présenté avec les exigences polies de notre siècle ? Le fruit défendu a tant de charmes depuis Eve î

Sans doute le goûta bien varié du quinzième siècle au nôtre : les Cent nouvelles nouvelles furent mises en terme et sur pied au commandement et avertissement du très-redoute seigneur Louis onzième; l' Heptaméron parut sous la permission du roi, et sous les auspices de ires-dlustre et très-Dcrtueuse princesse, madame Jeanne de Foir, reine de Navarre; mais les Contes de La Fontaine, qui n'avait pas

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