CHAPITRE IL
Lorsque Je visitai pour la première fois remplacement de mon futur jardin, je me trouvai en présence d'une sorte de marais qu'il me fut impossible de traverser. Un seul ruisseau traversait le terrain ; j'en fis creuser deux autres, l'un parallèle à la rivière Wandle, Tautre coupant le jardin, à angle droit avec le premier. En beaucoup d'endroits, le sol avait été retourné, comme il est d'usage dans les briqueteries. Quant à la composition du sol lui-même : ici des couches de mauvais gravier, là du gravier imbibé d'eau presque jusqu'à la surface. Au-dessous, une
couche de grossiers silex, couche ^ o i?^^ I s'étendant jusqu'à Croy don. Quel- ^^^/.^O ^^.
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des fossiles (fig. i8). Une couche Ç) /p^ ^ de tourbe recouvre le tout ; pau- ^irr\^^ J^^ vre terrain que désertent les rho- ^^^ V \)
Fig. i8. — Moule siliceux j , , v . . Fig 5o. — Sable de Reî-
de Cidaria. dodendrons, et OU se plaisent bien «Ç"^*^» amplifié dix fois en
^ *^ diamètre.
peu de plantes. S'il taut en croire mes amis, ce terrain servait autrefois à étendre des toiles pour les blanchir. Faut-il s'en étonner, car il ressemblait à s'y méprendre aux terrains encore employés à cet usage dans les environs d'Amiens. A l'extrémité méridionale du jardin se trouve une couche de sable, la dernière de la série tertiaire inférieure. Ce sable est très fin (fig. 19), beaucoup plus fin que les grains du grès vert inférieur de Reigate (fig. 20), couche qui se trouve au-dessous de la craie. Mal-
gré la ténuité des grains du sable de mon jardin, on peut le percer de tunnels, conune Ta fait M. Watney dans sa propriété.
Au delà de cette couche de sable, en se dirigeant vers le sud, la craie affleure la surface, puis s'enfonce dans mon jardin, pour ne reparaître qu'au sud de Mimms et de Hatfield, au nord de Londres. Au nord de mon jardin existe toute la série argileuse et sableuse des couches tertiaires inférieures (PL V).
Géologiquement parlant, mon jardin se trouve sur le bord du bassin de Londres. La planche IV représente une coupe de ce bassin, coupe copiée, grâce à l'obligeance de Sir Henry James, sur la carte géologique de l'Angleterre. Au-dessous de Londres, pris comme point central du bassin, régnent, sur une épaisseur d'environ cent pieds, ces couches tertiaires inférieures, dont le sable dont j'ai parlé tout à l'heure forme la dernière ; au-dessus de ces couches, de l'argile ayant aussi une épaisseur d une centaine de pieds ; par-dessus, une couche de gravier et enfin une couche d'environ seize pieds de terre, et quelquefois de tourbe. L'épaisseur de ces couches varie quelque peu selon les localités ; toutefois, si l'on examine la plupart des puits de Londres, on voit que ces indications sont exactes.
M. Alfred Tylor, l'éminent géologue, a bien voulu étudier l'inclinaison des différentes couches au-dessous de mon jardin. Le résultat de ses observations (PI. IV) prouve que les différentes couches s'inclinent rapidement dans la direction des Culvers, propriété de M. Gassiot et vers le parc de Shepley, résidence de M. Tylor.
Au sud, la craie paraît à la surface et s'élève à une hauteur de plus de 85o pieds. La craie se présente sous deux aspects bien distinas : la craie supérieure contenant des silex, la craie inférieure qui n'en contient pas. Les silex forment des lits horizontaux s'étendant pendant des milles entiers ; çà et là, ces lits sont coupés par des fentes plus ou moins perpendiculaires, ressemblant aux filons des mines de la Cornouailles, parfois presque invisibles, qui atteignent souvent aussi un pied de largeur. Ces fissures tout comme les lits de silex, s'étendent fort loin, et il se trouve parfois que la couche de silex se disloque à l'endroit de la fissure, c'est-à-dire qu'elle est plus élevée d'un côté de la fente que
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de Tautre, comme on peut s^en assurer à Sutton. Ces fissures sont les rivières de la craîe ; si, en creusant un puits, on tombe sur une d'elles, on est certain d'avoir beaucoup d'eau; si, au contraire, on reste dans la craie solide, on en obtient fort peu. L'existence de ces fissures a donc une haute importance pour Thumanité.
L'eau provenant de ces fissures est aussi limpide que du cristal de roche et chargée d'acide carbonique. Elle conserve la température de 52*> F. ( I L°,i c), température chaude en hiver et qui nous semble délicieusement fraîche en été. Cette eau contient assez de matières salines et de matières calcaires pour constituer une boisson excellente. J'indiquerai tout à l'heure que la rivière Wandle, source d'inestimable prospérité pour notre district, sort de l'une de ces fissures.
On sait aujourd'hui que la craie s'est déposée dans les profondeurs d'un océan. Chimiquement parlant, la craie n'est que du carbonate de chaux. C'est une substance amorphe et, en se servant des microscopes les plus parfaits, il est impossible de découvrir chez elle aucune trace de structure cristalline. C'est là un fait très curieux, car la craie déposée par le procédé de Clark se présente toujours à l'état cristallin.
La craie semble formée principalement de débris d'animaux inférieurs; un dépôt de craie se fait actuellement au fond de l'Océan Atlantique et de la mer Méditerranée; la découverte de cette formation est, sans contredit, l'une des plus intéressantes de la science moderne. Des foraminifères en quantité innombrable habitent ces mers (fig. 22)-, ils meurent et tombent au fond. Or, il est aujourd'hui prouvé que les débris de ces animaux constituent un dépôt de craie qui, peut-être un jour, apparaîtra à la surface de notre globe. Outre les foraminifères, les coraux contribuent aussi à la formation des dépôts de craie.
A ma prière, M. Groves, qui a une si grande expérience des objets microscopiques, a bien voulu examiner la craie de notre distria pour déterminer les foraminifères qu'elle contient. Il a découvert que les dépressions des silex en fournissent le plus grand nombre, et la plupart des coquilles de foraminifères sont assez bien conservées. Il a trouvé de nombreuses formes appartenant à la série des Rotaline ( i, fig. 21), de nombreuses autres dérivant des textuluria (2), des polymorphina
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Page 12. Planche V,
(3), des iagena (4), des globigerina (5); les nodosaria (6) sont représentés par plusieurs variétés magnifiques. Enfin, il a aussi trouvé d^autres formes de foraminifères ressemblant beaucoup à de petites ammonites et à des nautilus (7).
Fig. ai. Foraminifères (anciens) .
Fig. 22. Foraminifères (récents).
I. Planorbulina Ungeriana. 4. Rotalia Beccarii. 3. Trilochulina tricarinata.