CHAPITRE IV
« Quare agite o, proprios generatim discite cultus, Agricolœ, fructusque feros moUite colendo; Neu segnes jaceant terrœ. n — Virgile.
Tout Jardinier désireux de pratiquer son art avec succès doit tenir compte de certains principes physiologiques. Les plantes qu'il cultive sont composées de cellules; chaque plante provient d'une cellule ou d'une série de cellules préexistantes. Aussi, l'homme n'a-t-il pas le pouvoir de faire une plante en se servant d'éléments primordiaux ; en admettant même que l'on connaisse exactement les substances élémentaires qui composent une plante, personne ne pourrait en construire une de toutes pièces.
Quelques personnes croient, je le sais, que, dans certaines circonstances favorables, on peut créer une plante avec des matières inorganiques, mais cette croyance repose sur des phénomènes inexpliqués, affectant les classes inférieures de végétaux, et ces spéculations sont bien plus basées sur l'imagination que sur les faits.
On remarque chez toutes les plantes cultivées, sans exception, une telle unité de but, une telle unité d'obéissance à certaines lois fixes, que certains esprits ont été amenés à penser qu'il existe une seule plante souche, que le temps et les circonstances ont modifiée de façon à produire d'abord des variétés considérées aujourd'hui comme des espèces.
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Pun qui coule dans le vallon, et un second qui vient d'une direction opposée; on traverse ce ruisseau en passant sur des pierres disposées à cet efifet dans son lit. Un sentier faisant de nombreux détours, montant et descendant sans cesse, serpente dans le vallon. Après avoir traversé le ruisseau une seconde fois, on entre dans un champ de roses qui borde le lac.
Au-dessous d'un grand saule, j'ai fait disposer un berceau pour m'abriter contre les rayons du soleil; les rossignols, les fauvettes et les roitelets aiment cet endroit; leur chant se mariant au murmure étemel du ruisseau, forme un concert qui calme délicieusement le système nerveux agité par les excitations d^une journée passée dans la ville. Les branches inférieures du saule ont été abaissées pour former cette tonnelle; sur ces branches grimpent les roses, le chèvrefeuille et la clématite. On pourrait s'écrier, avec Shakspeare :
• C'est un véritable dais de sombre chèvrefeuille, De délicieuses roses musquées et d'églandne. >
Il est impossible à l'écrivain de trouver des mots pour décrire le vallon des fougères; un peintre pourrait-il le faire avec ses pinceaux? Ce vallon a été disposé de façon à étonner Tœil et à confondre l'esprit; on a si bien réussi que les visiteurs m'ont fait observer souvent que c'était là un lieu qu'une imagination poétique pouvait concevoir dans ses rêves, mais qui n^existait certainement pas dans la nature ! A quelque endroit que l'on se place, de quelque côté que l'on tourne les yeux, on a toujours devant soi un spectacle, nouveau. La planche VIII représente le vallon dans la direaion du berceau. Cette vue a été peinte par M. Robertson, qui en a fait une seconde prise du gué à l'extrémité du vallon en regardant au travers d'une ombre épaisse (pi. IX), un point central éclairé par le soleil :
« Un rayon de soleil au milieu de Tombre. » — Spemser*
Le ruisseau se jette dans le lac au dessous de l'endroit où s'écoule le trop plein-, les truites aiment ce ruisseau et quand on les trouble, elles vont, craintives, se cacher dans un coin du lac. Partout les ruis-
seaux sont émaillés de pierres recouvertes d'insectes et de mousses. Ne pourrait-on pas vraiment s^écrier avec le poëte :
c Quelle douce musique fait entendre ce ruisseau quand il enlace ses pierres aux vives couleurs, quand il caresse amoureusement quelque glaïeul qu'il rattrape dans sa course vagabonde, alors qu'il va, en se jouant, se jeter après de nombreux détours dans le sauvage Océan. » ^ Shakspeare.
Mais si les eaux de ce vallon offrent de si charmants spectacles, que dire de la terre? Là, ce sont de gigantesques osmundas se dressant raides et majestueuses; ici, un fouillis de fougères, les unes véritables plumes vivantes tant elles sont légères et gracieuses, les autres étendant orgueilleusement leur feuillage recourbé; d'autres toutes pointillées d'or. On se retourne et le spectacle change comme par enchantement : là, ce sont les fougères alpines, ou celles des marais; celles-là plus modestes aiment à croître à l'ombre du chêne et du hêtre . Cette plante qui pousse si vigoureusement, c'est le Cystopteris; à côté voici VAdiantum trichomanes et VAdiantum nigrum, mais il faut Tœil d'un connaisseur pour découvrir les Woodsias et les tougères de Killamey.
Dans une partie du vallon, j'ai essayé de cultiver des mousses. Pourrais-je mieux les décrire qu'en employant les paroles de Tennyson :
• Ici s'entassent les mousses si fraîches; le lierre rampe pour venir les embrasser, et les fleurs aux feuilles gracieuses laissent tomber une larme dans le torrent, et le pavot assoupi incline la tête du haut d'un rocher. » — Tennyson.
Le gazon du Parnasse décore cet endroit délicieux des mousses de toutes sortes, le Cloud Berry septentrional et le Rubus arcttcus embellissent la scène par leur présence. De toutes parts fleurissent les Adiantum d'Amérique, et, dans un petit étang, on voit deshydrocharides, des nénufars et d'autres plantes aquatiques. En sortant du vallon, nous traversons des petites montagnes, si petites que des enfants pourraient en faire des jouets, mais là brille le muflier des Alpes, les charmantes gentianes, les primulas et d'autres plantes alpines; au sommet de toutes les pierres se trouvent des joubarbes, et à leur base, toutes les variétés d'orchidées terrestres. Ici, le « lis des champs » étale ses belles fleurs en automne; il est si beau, que « Salomon dans toute sa gloire
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