LE VALLON DES FOUGÈRES
n'était pas revêtu de couleurs aussi brillantes que Tune de ces fleurs. » Une plantation d'airelle, sur le versant qui descend vers le ruisseau, reporte Tesprit aux splendides scènes de Zermatt et des hautes Alpes, où ces plantes se plaisent tant.
Nous quittons le vallon en nous étonnant qu'en un si petit espace, en si peu de temps, nos yeux et nos oreilles aient pu éprouver de tels enchantements. Pour arriver aux bords du lac, nous traversons un diamp de roses. Une allée, brisée çà et là par quelques arbres, pour rompre la monotonie, contourne le lac en faisant mille détours et nous œnduit à la serre des arbres fruitiers. Le long de cette allée, de six pieds en six pieds, s'élèvent de splendides buissons de roses distants de deux pieds de l'allée. Entre l'allée et ces buissons, des plates-bandes pleines d'œillets, de mufliers, et d'une foule d'autres fleurs ; derrière les rosiers, des couches de légumes et de fraisiers.
Une plantation intercepte la vue, l'allée fait un coude, et nous nous trouvons soudain auprès de la maison du Pauvre homme, et aussi auprès du berceau établi sous le saule au bord de l'eau ; une perspective toute nouvelle s'ouvre devant nous (PI. XXII). Là se croisent bien des allées : l'une conduit à la serre, l'autre à la maison du Pauvre homme, une troisième à l'avenue des poiriers, une quatrième au jeu de croquet , enfin l'allée que nous quittons continue à suivre les bordsdu lac jusqu'aux limites apparentes du jardin. Mais c'est encore là une déception, car, au bout de quelques pas, un détour inattendu nous conduit dans un petit jardin très pittoresque, orné d'un kiosque tout couvert de roses; sur un monticule se trouve un berceau et, un peu plus loin, la serre des fougères, dans laquelle on entre par un chemin encaissé ; de la porte de cette serre on a une vue délicieuse sur le parc de Beddington. Cette vue est délicieuse surtout en hiver, alors que les arbres couverts de neige offrent un contraste frappant avec le printemps éternel de la serre.
En sortant de ce jardin on entre dans l'avenue des poiriers, où l'on
peut voir en passant mes deux cents variétés de poires. Cette avenue
conduit au vallon des fougères (PI. X) dont j'ai déjà parlé, puis nous
arrivons près des plantes alpines (fig. 41 ). Le terrain en cet endroit a
Smee. Mon Jardin. 3
été disposé de façon à imiter des montagnes et des vallées, de sorte que Ton peut donner à chaque plante l'exposition qu'elle préfère. Un peu
Fig. 41 — Plantes alpines.
plus loin on atteint le terrain mis à part pour le jeu de croquet ( PI. XI).
rm^^wjiCet endroit a été choisi à cause de Tombre que pro- ^jettent quelques beaux tilleuls dans Paprès-midi, heure à laquelle on se livre ordinairement à ce délassement. Tout auprès, se trouve un kiosque couvert de chaume (PI. XII), où Ton sert des rafraîchissements quand quelques amis veulent bien venir visiter mon
^:^fil Auprès du terrain réservé aux plantes alpines, se
trouve un pont pittoresque ; là on peut admirer de splendides spécimens d^Arundo donax et de beaux roseaux indigènes (PI. XIII); le fond du tableau est formé par un massif de digitale.
La digitale et la belladonne vont côte à côte, Emblèmes de Torgueil et du châtiment. » Scott.
On revient par l'avenue des pommiers et on voit, en passant, mes châssis où s'exécute presque tout le travail de l'horticulteur. On arrive au bord du lac, d'où l'on a une vue charmante sur la fabrique de papier occupée par M. Manico (PI. XIV) ; de là aussi. Ton voit les pièges à anguille, puis on traverse sur un pont l'extrémité du lac et on a devant soi un speaacle tout différent (PI. XV). L'eau venant du
Qoo^^
H Cd D C/ ce
CiJ
QiOo^z
Page 34. Planche X'III.
PQNT PITTORESQUE,
LxJ
eu
CQ < bu
Qoo^z
moulin se jette dans la rivière en faisant une cascade à laquelle j^ai donné le nom de la cascade de Cristal (fig. 42). L'eau bondit sur un
Fig. 42 — La Cascade de cristal.
rebord d'ardoise recouvert de mousse ; on dirait une nappe de cristal plutôt qu'une nappe d'eau. Cet effet particulier provient de la présence de la craie dissoute dans l'acide carbonique et de l'absence de toute particule solide. Après de longs voyages sur le continent, je revois toujours cette petite cascade avec un nouvel enthousiasme, car je ne lui connais pas de rivale. Malheureusement elle est située à l'extrémité même de mon jardin et je ne peux l'entourer comme elle le mérite.
En revenant, on peut admirer de superbes arbres dans la propriété de VVallington, arbres tout aussi beaux qu'aucun de ceux que j'ai pu voir en Europe. Du bord méridional du lac, la vue s'étend sur le jardin entier (PI. XVI} ; de l'extrémité du lac on a aussi une vue admirable sur le parc (PI. XVII) ; mais bientôt tout cela n'existera plus, car les entrepreneurs de bâtiments sont dans le voisinage et ils ont déjà modifié le cours de la rivière.
Quand je désire changer quelque chose au plan de mon jardin, je commence par porter, sur du papier quadrillé, les dimensions exactes du terrain sur lequel porteront ces modifications. Cela fait, je trace ce que je désire, et mon jardinier exécute le dessin sous ma direction.
Mon jardin, bien que de dimensions fort modérées, présente une
grande variété de scènes. Deux endroits séparés par un espace de quelques pieds différent du tout au tout. Le vrai principe à suivre pour construire un jardin est de se pénétrer de Taspect du paysage et des objets naturels les plus frappants. Sans doute, il faut de grands efforts d'imagination pour produire des tableaux variés; mais, quiconque a le goût du beau, peut facilement faire exécuter les scènes qu'il conçoit; sans doute aussi cela coûte quelques soins, mais n'est-on pas ensuite amplement récompensé par la jouissance que procure la contemplation de scènes aussi pittoresques et aussi délicieuses?
• Mais avant de toucher au sol, avant de songer à le cultiver, il faut étudier le cours si variable des saisons ; il faut se pénétrer de la nature du climat, savoir quels sont les vents qui soufflent le plus souvent, s'enquérir, enfin, des cultures les plus aptes à réussir dans le terrain que l'on a à sa disposition et de celles qu'il est inutile d'essayer, i — Dryden.
E.^ iie dû Carshalton.
Cd
ex:
eu
Vue près de Croydon .