LA VENTILATION DES SERRES
J'ai longuement étudié les principes de la ventilation ou du changement d'air dans les serres de mon jardin, car la santé des plantes dépend en grande partie des soins que Ton y apporte. Je m^appuie d'abord sur les propriétés de la diffusion, en vertu de laquelle un gaz, en contact avec un second gaz, se répand rapidement à travers ce dernier. Une bouteille remplie d'acide carbonique et fermée par une baudruche nous offre un excellent exemple de ce fait ; bien que ce gaz soit beaucoup plus lourd que Pair, il se répand en quelques heures, contrairement à toutes les lois de la gravitation. Les intervalles qui séparent les vitres, les petits trous qui se trouvent dans le bois, jouent dans les serres un rôle important, en ce que Pair vicié s^ échappe à travers.
Outre la diffusion, il faut se préoccuper de la différence de densité qui existe entre Pair chaud et Pair froid. L'air chaud est léger. Pair froid est lourd. Si Pon introduit de Pair froid au niveau du plancher de la serre, il s'échauffe, devient léger, monte au plafond et s'échappe par toutes les ouvertures qu'il trouve sur son chemin. Au point de vue théorique, cela est parfait, mais l'application devient fort difficile dans la pratique, car les plantes, comme tous les êtres organisés d'ailleurs, supportent difficilement Pair en mouvement quand ils sont en repos.
Comme je viens de le dire, dès que Pair qui se trouve dans une seiTe est refi-oidi en partie, il s'alourdit et retombe; quand on le chauffe, il devient léger et monte. Pendant une froide nuit d'hiver, les tuyaux sont portés à 100^(37** 7 centigr.), la surface extérieure du verre indique, au contraire, quelques degrés seulement au-dessous de zéro. En conséquence, Pair qui touche les tuyaux se dilate et monte rapidement; Pair qui touche les vitres se refroidit, devient plus dense et retombe sur le plancher de la serre. Ce courant descendant d'air froid est parfaitement appréciable aux sens pendant une nuit de gelée.
Ce poids considérable de l'air froid implique qu'en règle générale, on doit appliquer une grande partie de la chaleur dans un endroit
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aussi bas que possible. Dans une serre assez longue où l'on peut produire un excès de chaleur à une extrémité, Pair chaud s'élève, circule le long de la toiture, retombe et vient retrouver la source de chaleur qui le dilate à nouveau.
Aussi, en prenant ses dispositions pour le chauffage d'une serre, l'ingénieur doit étudier avec soin toutes les surfaces refroidissantes, car il peut être sûr que l'air froid retombera sur le sol, aussi certamement que le ferait un boulet placé dans la même situation.
Dans la serre où je cultive les concombres et les melons (fig. 92), je dispose les choses de façon que l'air, à son entrée, se trouve immédiatement en contact avec les tuyaux d'eau chaude. Cet arrangement me permet d'exercer, pour ainsi dire, une pression sur l'air qui remplit la serre, et d'expulser l'air vicié qui s'échappe par toutes les crevasses; c'est en outre un plan excellent par les grands froids.
Il est essentiel, chaque fois qu'on s'occupe de ventilation et de chauffage, de s'arranger pour conserver à Tair une certaine humidité; mes évaporateurs sont fort utiles en ce qu'ils déterminent ce degré hygrométrique. Quand on chauffe l'air, on le sèche en même temps, il est donc indispensable d'ajouter de la vapeur d'eau ; j'obtiens ce résultat dans mon jardin en disposant de place en place des réservoirs d'eau ouverts à l'air libre.
Par une nuit froide, Tair surchauffé par les tuyaux s'élève jusqu'à la toiture. Il dépose ses vapeurs aqueuses sur le verre et par conséquent S3 dessèche. Cet air retombe, se surchauffe à nouveau et devient assez sec pour détruire des milliers de plantes. J'évite cet inconvénient en chargeant l'air d'une certaine quantité d'humidité calculée avec soin sur les besoins de chaque plante.
Flg 91.
Serre pour la culture des concombres.
Le moyen le plus simple pour obtenir la chaleur artificielle est d*em-
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ployer du fumier. Le fumier sortant de nos étables est arrosé d eau et retourné plusieurs fois, pour permettre au soufre et aux autres produits grossiers de s'évaporer. Si Ton peut se procurer des feuilles mortes, il faut les mélanger au fumier, parce qu'elles modèrent la chaleur et la font durer plus longtemps ; aussi employons-nous ce mélange pour nos pommes de terre hâtives. Quand on prépare un châssis, on laisse passer les premiers effets de cette grande chaleur du fumier avant d'y rien planter. Quelquefois aussi, on emploie des matières en fermentation pour forcer les vignes au commencement du printemps, mais j'avoue que je n'ai jamais employé moi-même ce système.
On se sert aussi de vieux tan pour faire pousser les ananas. Cette substance développe beaucoup trop facilement la croissance du champignon du tan, aussi je ne l'emploie que dans les cas indispensables.
Dans tous les systèmes de chauffage, quel que soit le combustible dont on se serve, charbon de terre, coke, bois, huile ou pétrole, la dialeur développée est exactement proportionnelle à la quantité de matière consumée. Tout ce que l'ingénieur peut faire, c'est de régulariser Tapplication de cette chaleur ; il ne peut en effet engendrer de la chaleur sans une combustion quelconque.
Les Romains connaissaient déjà le système du chauffage des chambres avec des bouches de chaleur ; à quelques centaines de mètres de mon jardin, ce système était appliqué il y a près de 2,000 ans. On transportait alors la chaleur fournie par un poêle, au moyen de conduits en briques. Je n'ai pas adopté ce système, car la science moderne nous a enseigné qu'il vaut mieux construire un fourneau destiné à engendrer de la dialeur, puis transmettre cette chaleur à de l'eau que nous pouvons feire circuler où nous voulons. Dans tous les systèmes basés sur la circulation de l'eau chaude, la chaudière est le point essentiel . Le principe qui doit présider à la construction de cette chaudière, est qu'il faut présenter au feu une surface de métal assez considérable pour que toute la chaleur soit transmise à l'eau. Il faut aussi que le fourneau scit assez grand pour contenir une charge de combustible suffisante au moins pour 1 2 heures. Toutes les chaudières destinées à l'horticulture doivent être très simples. Quand on veut avoir un chauffage modéré, une simple chaudière circulaire
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remplit le but. Si le chauffage doit être plus considérable, la chaudière en forme de selle à cheval (fig. 98) est excellente ; si j'avais un grand nombre de bâtiments à chauffer, j'adopterais la chaudière de la Cornouailles. Il existe, d'ailleurs, d'innombrables modèles de chaudières tubulaires ; mais presque toutes sont fort compliquées, et comme telles repoussées par la plupart des horticulteurs. Quant à moi, je n'ai jamais voulu m'en servir.
Fig. 93.
Fig. 94.
Fig. 95.
Dans tous les cas, quelle que soit la chaudière employée, un tuyau amène l'eau froide à la base de la chaudière. L'eau s'échauffe, se dilate, monte au sommet et s'échappe par un second tuyau (fig. 94). Dans mon jardin on emploie Teau chaude de deux façons : au milieu soit en la faisant circuler dans les tuyaux selon la méthode ordinaire, soit (fig. gb) en conduisant les tuyaux dans une citerne pleine d'eau. L'eau chaude s'élève immédiatement à la surface de la citerne et l'eau froide retourne à la chaudière. Ce dernier système a été, je crois, appliqué pour la première fois dans mon jardin, et il est, sans contredit, le meilleur pourla culture des orchidées et des ananas. J'emploie deux chaudières : l'une en forme de fer à cheval, qui chauffe la serre à fougères contenant 3oo pieds de tuyaux de 4 pouces de diamètre (10 centim.), la serre à boutures ayant un réservoir d'environ 200 gallons d'eau (900 litres), et la maison du pauvre homme avec 3oo pieds de tuyaux de 3 pouces de diamètre
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(7 cenrim. 5). La seconde chaudière chauffe la serre aux concombres aj'ant un réservoir contenant environ 200 gallons, la serre aux vignes contenant 600 pieds de tuyaux de 4 pouces de diamètre et une petite serre à ananas ayant environ 40 pieds de tuyaux de 4 pouces.
Dans le courant de Tété dernier, j'ai employé une chaudière portative pour chauffer une fosse à melons (fig. 96); le terreau M est placé sur des planches B surmontant un réservoir T ; le courant d'air arrive à la
Fig. 96.
surface de Teau dans une chambre d'où il s^élève pour chauffer la partie supérieure de la fosse recouverte par le vitrage L.
Dans les appareils ordinaires, on fait passer Peau par le tuyau supérieur et elle revient à la chaudière par un tuyau inférieur, comme on le voit, fig. 94. On a proposé de faire passer Peau sortant de la chaudière d'abord par le tuyau inférieur, puis par le tuyau supérieur, car elle redescend rapidement au fond de la chaudière (fig. 97). Ce système a été expérimenté à Deptford, et je l'emploierais très certainement, s'il
F»«. 97. Fig.* 98.
n'était pas si difficile, dans mon jardin, de placer les fourneaux à un niveau suffisamment bas^ Dans ma serre à ananas, je suis obligé de faire circuler Peau au-des-
sous du niveau de la chaudière ; j'y arrive en faisant passer Teau dans un tuyau ouvert, puis je la ramène au niveau voulu (fig. 98). Mais c^est là un système qu'il ne faut employer que dans un cas d'absolue nécessité ; en effet, le principe du chauffage par Peau chaude est de faire monter continuellement Peau tant qu'elle garde une chaleur suffisante, puis d'établir une pente pour qu'elle revienne promptement à la chaudière.
On place ordinairement une petite citerne à la partie supérieure des tuyaux. Dans mon jardin et avec mon système de chauffage, j'ai des citernes qui contiennent des centaines de gallons d'eau de façon que le jardinier ait toujours à sa disposition une quantité d'eau chaude suffisante pour arroser ses plantes.
Jusqu'à présent, tous les systèmes de chauffage à l'eau comprenaient deux tuyaux, l'un pour emporter l'eau de la chaudière, l'autre pour la ramener refroidie. J'ai eu l'idée d'employer un seul tuyau ayant une certaine inclinaison. L'eau partant de la chaudière, circule le long de la partie supérieure du tuyau et revient par la partie inférieure; j'ai donc deux courants traversant en même temps le même tuyau dans deux dircaions opposées (fig. 99). La circulation est rapide, et je puis vraiment recom-
mander ce système partout où un seul tuyau suffit pour le chauffage des serres.
Quand il s'agit de chauffer une serre, il faut toujours s'arranger de façon à avoir un excès de surface de chauffe, et placer les tuyaux dans une position telle que l'air froid se trouve immédiatement en contaa avec eux. J'ai donné un soin tout particulier à la distribution du calorique dans ma serre à fougères, et je me suis arrangé de façon à obtenir à une extrémité une surface de chauffe plus grande. Toutefois, en règle
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générale, quand il s'agit de grandes serres, il faut donner aux tuyaux une disposition qui permette d'obtenir partout de la chaleur. Mes appareils de chauffage sont beaucoup plus complets que ceux î' employés à l'époque d'Evelyn, qui écrivait : « Si la saison est très I froide, ce que vous pouvez reconnaître quand un linge mouillé gèle dans votre serre, il faut y allumer du charbon. » J'ai fait des expériences avec des lampes à pétrole pour empêcher mes serres de geler. Ce système peut réussir, mais, quand on Tadopte, on doit placer ces lampes sous un réservoir plein d'eau, de façon à rendre l'air humide.
Je crains toujours un accident pendant les nuits très froides, j'ai
donc fait fabriquer de grosses chandelles à deux mèches (fig. i oo),
que je garde précieusement pour m'en servir en cas d'accident. Il
peut se faire qu'on n'ait pas l'occasion de les employer pendant
des années, néanmoins, il faut toujours avoir quelque moyen de
combattre le froid en cas d'accident aux appareils de chauffage.
Fig. 100. Le Spectator fait observer quelque part qu'un jardin potager
offre un plus beau spectacle que la plus belle orangerie ou que la serre
la plus charmante ; mais il ne partage pas l'avis du poète qui s'écrie :
I Quiconque aime un jardin aime aussi une serre. Là, sans se préoccuper d'un cUmat moins propice, alors que Taquilon mugit de toutes parts, que la neige tombe à gros flocons, on respire les parfuips de toutes les Aeurs des pays chauds, i