‹ Mon jardinChapitre 23 sur 99 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

MES CHASSIS ET MES SERRES

La quantité de végétation que Ton peut obtenir dans une serre est strictement proportionnelle à l'étendue de la surface de verre exposée à la lumière. Aussi, quand on veut, sous notre climat, cultiver des plantes originaires de pays plus chauds,ou que Ton veut faire arriver nos plantes indigènes à une maturité précoce, il faut établir des serres considérables.

On peut obtenir d'excellents résultats avec des châssis ayant 8 pieds sur 4 que Ton peut grouper pour plus de commodité par 2, par 3 et même par 4 (fig. 80). La construction de ces châssis est très simple ; on enfonce dans le sol à chaque coin un pieu très fort, et sur ces pieux

Fig. 80.

Fig. 81.

on cloue des planches destinées à former les parois ; on recouvre le tout d'un cadre de bois supportant les vitres.

Avant de faire le châssis, il faut calculer le niveau des eaux pour ne pas creuser au-dessous de ce niveau. On creuse alors et on rejette les terres sur les côtés du châssis, de façon qu'ils se trouvent enterrés, pour ainsi dire, ce qui est le meilleur moyen de conserver à l'intérieur une température uniforme. Il suffit d'un paitlasson placé sur le châssis

Googh

MES CHASSIS ET MES SERRES Sg

pour préserver de la gelée, pendant les hivers les plus froids, un grand nombre de plantes, les azalées, par exemple.

On conserve dans ces châssis, pendant l'hiver, les choux-fleurs et les laitues que Ton repique au commencement du printemps. Au printemps, on y place des fraisiers qui donnent une récolte abondante au mois de mai. On remplace alors les fraisiers par des tomates. On y cultive aussi des melons et des concombres. En hiver, on y conserve les plantes délicates telles que les géraniums et les fuchsias.

J'ai dans mon jardin i ,600 pieds superficiels de châssis ; j'ai, en outre, 3 ou 4 châssis (fig. 81 ) ayant 8 pieds sur 6, fort utiles pour protéger les jeunes fougères qui craignent autant les rayons direas du soleil que les vents glacés ; on les expose directement au nord ou à Test.

Pendant la dernière saison, j'ai expérimenté un nouveau châssis qui contient un réservoir d'eau chaude ; j'en ai essayé un autre chauffé par un seul tuyau, mais le chauffage de ce dernier mérite une description toute particulière.

Je possède dans mon jardin une autre construction en verre qui n'est, en réalité, qu'un grand châssis, mais construit de façon que le jardinier puisse y entrer. Nous lui avons donné le nom de la maison du PAUVRE HOMME (fig. 82), parce qu'elle coûte fort bon marché et qu'elle

Fig. 82. — Maison du Pauvre Homme.

rend d'immenses services. Pour construire une maison du pauvre nomme, on creuse dans le sol un trou ayant 2 pieds 1/2 de largeur sur 2 pieds 1/2 de profondeur. Si le niveau des eaux le permet, on peut

6o MON JARDIN

abaisser Tintérieur de deux pieds de plus; la maison se trouve alors presque à fleur de terre. On établit une toiture de verre sur ce trou et on assure la ventilation en ayant soin de monter une des planches de l'arrière sur des gonds.

Ma maison du pauvre homme a 48 pieds de long, le toit de verre a 10 pieds de large; la porte se trouve à Tune des extrémités (fig. 83).

Fig. 83. — Entrée de la Maison du Pauvre Homme.

Quand je ferai construire une autre maison semblable et que j'aurai à ma disposition des terres en quantité suffisante pour adosser le derrière, je porterai la largeur à 1 2 pieds. Les vignes plantées dans cette espèce de serre donnent en grande abondance des raisins excellents, depuis juillet jusqu'en novembre. En hiver, on remplit la maison de géraniums, d'azalées et de camélias dont les fleurs délicieuses durent jusqu'à ce que le retour du printemps amène les fleurs en plein air.

La maison est éclairée exclusivement par le toit ; on obtient ainsi un maximum de lumière avec un minimum de surface refroidissante. Les murs étant en terre, l'air se conserve toujours dans de bonnes conditions hygrométriques ; aussi obtient-on une magnifique végétation avec la plus petite quantité possible de chaleur artificielle-, ma maison n'a que deux conduits d'eau chaude, et je puis même y faire pousser beaucoup de plantes sans aucune chaleur. Quiconque aime les plantes, quiconque surtout aime à les voir pousser, devrait se procurer une maison du pauvre homme, car il n'y a aucune méthode qui puisse donner plus de plaisir à si peu de frais.

Googh

MES CHASSIS ET MES SERRES

Si la maison du pauvre homme est une nécessité, la serre à arbres fruitiers est un luxe. Ma serre à arbres fruitiers (fig. 84) est littéralement

Fig. 8i. — Serre des arbres fruitiers.

un abri de verre sous lequel on conserve les arbres fruitiers depuis mars jusqu^en novembre. Cette serre a environ 80 pieds de long sur 1 5 de large; elle s'étend du nord au sud, de sorte que les rayons du soleil y pénètrent le matin du côté oriental et dans Paprès-midi du côté occidental. Cette serre n'est pas placée dans un lieu suffisamment découvert; il y a, en effet, à environ i5o pieds, des arbres qui interceptent, le matin, les rayons du soleil. Or, il est très important que les premiers et les derniers rayons du soleil tombent sur la serre, si l'on veut des fruits parfumés.

L'aération de cette serre est assurée au moyen de ventilateurs placés au sommet. Si je l'avais construite sans m'occuper de la dépense, Je l'aurais disposée de manière qu'on pût la découvrir complètement en été et ne la fermer que pendant les nuits froides et les temps orageux.

Cette serre ne protège en rien les plantes contre les froids de l'hiver ; il gèle, en effet, aussi fort à Tintérieur qu'en plein air. Il y a même un fait assez curieux à observer : les racines des arbres, n'étant pas recouvertes par la neige, gèlent beaucoup plus facilement qu'au dehors.

Il faut construire ces serres assez solidement pour qu'elles résistent aux tempêtes ; autrement on pourrait les établir sur le modèle d'une grange. Le modèle que j'ai adopté est conmiode ; mais peut-être vaudrait-il mieux que chaque partie recouverte de verre fut un peu plus longue, huit pieds, par exemple, au lieu de sept.

Hivers est l'inventeur de la serre à arbres fruitiers ; il mérite la reconnaissance des pomologistes non-seulement pour son invention, mais aussi pour le zèle qu'il a mis à la faire adopter. On en a construit sur divers plans. Hivers emploie une toiture de verre supportée par deux cloisons en bois ; sans contredit, ce modèle est très utile pour celui qui cultive beaucoup d'arbres pour les vendre. Je préfère copier tout simplement un hangar surmonté d'un toit de verre, car c'est beaucoup plus solide. Ma serre consiste en un toit de verre incliné, supporté par des colonnes ; les côtés inclinés sur les colonnes sont aussi en verre.

La partie inclinée de la toiture a 7 pieds de long ; les côtés ont aussi chacun 7 pieds, ce qui fait 28 pieds de verre d'un côté à l'autre ; la porte a 6 pieds 6 pouces de hauteur. Peut-être eût-il mieux valu que le verre eût 32 pieds de longueur. A l'extrémité de la serre à arbres fruitiers, se trouve un autre petit abri de verre dont on se sert depuis le printemps jusqu'à l'autonme pour y placer les plantes à fleurs et les fougères ; cette petite serre offre en été un coup d'œil délicieux. Là, fleurissent les lys, les fuchsias, les géraniums, les azalées et autres fleurs analogues. Il n'y a pas d'appareil de chauffage pour la serre aux fruits, car il serait beaucoup trop dispendieux de chauffer ces véritables bâtiments de verre. Je suis arrivé cependant à préserver de la gelée le petit abri qui se trouve à l'extrémité de la serre, en plaçant des lampes sous un réservoir rempli d'eau. Ce système réussit à une seule condition, c'est qu'on recouvre en même temps la serre de paillassons.

La serre à fruits est fort utile partout où il n'y a pas d'espaliers. Une seule fois la récolte a manqué, en j 869 ; mais je dois ajouter qu'elle avait manqué dans toute l'Angleterre . Ces serres ont un inconvénient, elles exigent beaucoup de travail pour l'arrosage des arbres et la ventilation; la quantité d'eau à donner à chaque arbre pour obtenir des fruits savoureux est un sujet de préoccupation constante. Partout où il y a des espaliers, on peut se procurer une plus grande quantité de fruits en donnant aux arbres des soins aussi sérieux ; ces fruits, mûris en plein air, ont, sans contredit, plus de saveur et se conservent mieux que ceux qui mûrissent dans les serres.

On trouve une serre semblable dans le jardin de la Société d'horti-

MES CHASSIS ET MES SERRES

culture. Mais là, on a établi des rails qui conduisent de la serre à Texterieur; les côtés de la serre sont disposés de façon à s'ouvrir ; chaque arbre est porté sur un chariot, de sorte qu'on peut en un instant transporter tous les arbres au dehors et profiter du moindre rayon de soleil.

Quittons les châssis et les abris de verre et passons à ma serre à fougères (fig. 85) qui a environ 80 pieds de longueur. La surface revêtue

F:g. 85. — Serre à fougères.

de verre est exposée au nord, et toute la serre étant assez profondément enterrée, on dirait un long châssis. La porte (fig. 86) est située du côté sud, de telle sorte que tout le côté septentrional présente une surface de verre continue. La clôture méridionale se compose de planches recouvertes de feutre bitumé, mauvais conduaeur de la chaleur et qui constitue, par conséquent, une grande protection contre le ^'^' ^^' " ^""^^ ^^ ** •^^ ^ ^°"8èn». froid. Quand j'ai mieux compris la valeur de la lumière dans la culture des fougères, j'ai fait percer quelques ouvertures du côté sud ; mais en même temps, j'ai fait planter des arbres devant ces ouvertures, de manière qu'en été leurs feuilles interceptent les rayons trop brûlants du soleil. En hiver, au contraire, des torrents de lumière pénètrent dans la serre.

Un ruisseau circule dans cette serre; au milieu, il forme un petit étang. Or, bien que cette serre ne soit, en somme, qu'une simple toi-

ture de verre supportée par des piliers, c'est un lieu enchanteur. La planche XIX en représente une vue faite par M. Robertson. Cette vue est prise de la porte ; le petit oiseau qu'on voit au premier plan est l'un de ces pauvres oiseaux gelés pris pendant les grands froids de Phi ver; il est venu embellir ma serre de sa présence et Ta débarrassée de tous les insectes. Mais, dès que le temps est devenu plus beau, Pingrat a profité de la première ouverture pour se sauver.

J'avais l'intention de cultiver, dans cette serre, des fougères de toutes les parties du monde, pour qu'on pût les embrasser toutes d'un seul coup d'oeil. Il me fallait donc une serre dont la température variât depuis celle des régions tropicales jusqu'à celle des climats tempérés. Il est fort difficile de réaliser un projet semblable, quand, surtout, il faut se garer des courants d'air. J'ai obtenu ce résultat en surélevant le sol, et en plaçant quelques tuyaux d'eau chaude de plus à l'endroit que je désirais surchauffer; mais il fallait aussi empêcher la chaleur de se répandre dans toute la serre, j'y ai réussi en interposant de distance en distance de véritables cloisons de plantes grimpantes. En hiver, la transition entre ce palais enchanté, plein de fleurs et de fougères, et la neige et le givre qui couvrent la campagne, produit un contraste admirable. La planche XIX donne une faible idée de la beauté de l'intérieur de la serre et du spectacle qui vous saisit dès que vous avez passé le seuil. Il va sans dire que ces effets sont étudiés; mais quelle est la sensation la plus délicieuse : Imaginer et réaliser le tableau ou le contempler plus tard ? Qui pourrait le dire ?

Pour construire le toit de celte serre, je me suis servi de planches de sapin, que j'ai fait scier en trois dans le sens de la longueur. Chacune de ces parties a constitué une pouttelle que j'ai fait évider sur le côté pour recevoir le verre. Je n'ai même pas fait raboter ces poutrelles, mais, avant de placer les vitres, on a eu soin de leur donner trois couches de peinture. C'est là un point essentiel, car le mastic adhère beaucoup mieux . Avant de me servir de la serre, j'ai fait donner deux nouvelles couches de peinture ; il faut, en effet, éviter autant que possible de repeindre une serre pleine de plantes.

eu

u où

Ex.

MES CHASSIS ET MES SERRES

La serre des fougères et la maison du pauvre homme, placées l'une auprès de l'autre, sont chauffées par )a même chaudière, ainsi qu'une autre serre fort petite où l'on élève des boutures. Cette dernière contient un lai^e réservoir mis en communication directe avec la chaudière. J'ai donc à ma disposition une quantité considérable d'eau chaude ; le jardinier peut ainsi arroser ses plantes sans se servir d'eau froide, ce qui pourrait les faire souffrir. Il faut remplir le réservoir une ou deux fois par semaine, selon la quantité d'eau que l'on a employée à l'arrosage.

Je possède, dans une autre partie du jardin, un second groupe de serres. Là se trouve une serre pour les vignes, divisée en deux parties. Dans l'une de ces parties, la toiture est disposée en deux portées ; cette serre ressemble, en somme, à une moitié de la serre à arbres fruitiers appuyée contre un mur (fig. 87).

La seconde partie de cette serre n'a qu'une simple toiture de verre, comme celle des fougères, mais elle Fig. 87. - Serre à vignes. est exposée au sud-ouest au lieu de

l'être au nord-ouest. La ventilation s'obtient par des ouvertures ménagées auprès de la toiture. Je parviens à y conserver du raisin jusqu'au mois de février. Lin peu plus loin,se trouve une serre pour la culture des concombres ; elle est exposée au sud, de façon à recevoir tous les rayons du soleil; j'y cultive aussi quelques ananas.

Toutes mes serres sont aussi simples que possible, et, dans la pratique, je ne saurais trop recommander cette simplicité. Pour le même prix, en effet, on peut les faire beaucoup plus grandes ; je recommande aussi de les enfoncer autant que possible dans le sol, car on évite ainsi bien des dépenses de combustible.

Quand les serres font partie d'une maison d'habitation, qu'elles continuent un salon, par exemple, il va sans dire qu'elles rentrent dans le domaine de l'architeae. Mais il est certain que, dans ce cas, la culture des plantes devient une considération toute secondaire ; je crois même

Sznee. Mon Jardin, 5

pouvoir aller jusqu'à dire que Ton ne doit guère y placer que des plantes pouvant être cultivées en plein air.

Ward nous a appris à construire des serres fort petites pour y placer des plantes délicates et pour transporter quelques plantes à de grandes distances. Une serre de Ward n'est, après tout, qu'un couvercle de verre placé sur un vase contenant un terrain approprié à la plante. Dans mon jardin, je me contente de placer une cloche de verre sur la délicieuse fougère de Tunbridge. Dans mon salon, je cultive une Todœa superba dans un vase de porcelaine recouvert d'un abri de verre.

Pour cultiver des plantes avec succès dans une serre de Ward, il faut apporter là plus grande attention à la qualité du sol, à la chaleur, à la lumière et au degré d'humidité de l'air. Il faut en ouvrir la porte de temps en temps pour renouveler l'air, arroser avec précaution et ne jamais exposer la serre aux rayons du soleil. Quiconque, d'ailleurs, se pénètre de la philosophie de l'horticulture, réussit à élever dans la serre de Ward les plantes qui aiment une atmosphère humide.

On a construit dernièrement des vases carrés en faïence (fig. 88), fort utiles quand on les enterre complètement, car la chaleur de la terre protège les plantes délicates. Pour protéger les plantes, au commencement du printemps, les Français se servent de simples cloches en verre (fig. 89). En Angleterre, on préfère un appareil carré, revêtu de carreaux (fig. 90); dans l'ouest de l'Angleterre, les maraîchers emploient exclusivement une sorte de cloche octogonale (fig. 91). J'ai essayé ce dernier modèle dans mon jardin, et j'en suis très satisfait.

Fig. 88. Fig. 89. Fig. 90. Fig. 91.

Un jardinier, à la disposition duquel on met les châssis et les serres dont je fais usage dans mon jardin, doit, s'il a quelque talent, obtenir de magnifiques résultats.

Qoo^^

Page 1