DE LA MULTIPLICATION DES PLANTES
caractères particuliers, et en continuant cette sélection, le jardinier obtient des déviations du type originel, connues sous le nom de fleurs du fleuriste ou de fruits du jardinier.
On s'est demandé si la sélection seule est suffisante pour produire de nouvelles plantes, ou s'il vaut mieux féconder une plante avec le pollen d'une autre plante. M. Ri vers a essayé ce dernier système pour améliorer nos pêches et nos poires; il croise un individu ayant de bonnes qualités avec un autre individu ayant les qualités que Ton veut obtenir. D'autre part, les horticulteurs m'affirment qu'il vaut mieux s'en tenir à la simple semence de bonnes graines et à la sélection des meilleurs plants. Dans l'état aauel de la science, quand on désire créer de nouvelles variétés, il vaut mieux essayer les deux méthodes. Les meilleures variétés de nos fruits sont certainement des produits naturels.
Quelquefois, les plantes de haute qualité, ayant fait Tobjet d'une sélection, se propagent au moyen de graines; on peut citer, par exemple, nos meilleures variétés de pois et de fèves. Plus souvent, il faut multiplier la plante originelle ; or, cette multiplication n^a pas de limites, puisqu'il est à peu près certain que la délicieuse poire de Jargonnelle a été cultivée par les Romains et nous a été transmise par une série de propagations.
Dans mon jardin, on pratique différentes méthodes pour la multiplication de la plante-mère, afin de conserver aux espèces tous leurs caraaères, que ce soient des défauts ou des qualités. Tout d'abord on multiplie par surgeons, car beaucoup d'arbres tels que l'orme, le prunier et le cognassier, se reproduisent par leurs racines. Il suffit d'isoler un de ces petits arbres (fig. io3 A) de la souche, pour obtenir un autre arbre appartenant à la même variété. Quand les surgeons ne se produisent pas spontanément, on prend une branche, on la courbe et on l'enterre. Au bout de quelque temps, cette marcotte produit des racines et on la sépare alors de l'arbre. Nous pratiquons surtout des marcottes par incision, c'est-à-dire que l'on fend la branche dans son milieu, à l'endroit où elle est enterrée (fig. 104). On emploie fréquemment, sur le continent, un procédé qui ressemble
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beaucoup à la marcotte et que j^ai quelquefois employé aussi; c^est la circonvallation ou marcotte par strangulation (fig. io5). Ce procédé
Fig. io3. — Surgeon.
Fig, io6. — Marcotte.
consiste à entourer d'un pot rempli de terre, une branche d'un arbre vivant ; on arrose continuellement Jusqu'à la formation de racines, et bientôt cette branche devient un second arbre. J'entoure ordi-
Fig. io5. Marcotte par strangulation.
"Fig. io6.
Multiplication par racines.
nai rement la branche d'un fil de fer que je serre fortement au-dessous du pot, puis je coupe graduellement la tige; ces deux opérations facilitent singulièrement la production des racines.
J'ai dernièrement essayé d'autres méthodes de circonvallation. Je prends un tube de gutta-percha d'environ huit pouces de long, je le fends du haut en bas et je le place autour de la branche; puis je ferme la coupure avec un fer chaud -, je ferme aussi le fond de la même façon. Je remplis alors l'intérieur de fibres de noix de coco que je conserve très humides ; au bout de quelque temps, il se produit une quantité de
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