CHAPITRE XII
< Par ses fruits, par ses fleurs, par son beau vêtement, L'arbre est de nos jardins le plus bel ornement : Pour mieux plaire à nos yeux, combien il prend de formes ! i
Delille, Les Jardins.
Bien que mon jardin ne contienne pas de spécimens extraordinaires d'arbres forestiers, on trouve dans le district qui m'entoure des arbres qui, par leur grandeur et leur beauté, sont presque sans rivaux en Europe. On peut citer tout d'abord de gigantesques ormes ayant plusieurs siècles , dans leurs branches supérieures les corbeaux aiment à faire leur nid et à leur ombre les bestiaux aiment à s'abriter contre le soleil brûlant de midi. Dans le parc qui avoisine Wallington House, se trouve surtout un groupe d'arbres magnifiques que je ne peux contempler sans délices; chaque fois que je reviens du continent, je me dis que, nulle part, je n'ai rencontré de si beaux arbres £t je suis toujours frappé du contraste qui existe entre eux et les pyg* mées que j'ai vus partout.
Les racines de l'orme courent près de la surface à de grandes distances; non-seulement elles épuisent le sol, mais elles forment des rejetons qui deviennent bientôt d'autres arbres si on les laisse faire. Je les empêche de pénétrer chez moi en creusant une tranchée d'environ
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trois pieds de profondeur, ce qui me permet de couper toutes les ra* cines qui se dirigent vers mon jardin.
Il y a beaucoup de variétés d'ormes ; ceux que Ton trouve dans les environs de Wallington paraissent appartenir principalement, sinon entièrement, à la vraie espèce anglaise (fig. 933). Anciennement, l'orme paraît avoir été Tarbre favori dans les environs de Londres, on ne le plante plus guère aujourd'hui, parce que, dans ces dernières années, il en est mort de grandes quantités; dans les parcs de Londres, on Ta presque partout remplacé par des platanes. L'Orme pleureur, variété de Porme écossais (£//m«^ montana)^ a de grandes feuilles et des branches horizontales dont l'extrémité retombe; c'est un arbre précieux pour abriter un siège et j'en ai planté un dans ce but, à l'entrée du vallon des fougères. La planche 21 qui représente une vue prise au clair de lune, montre quel est l'effet d'un gros orme sur le paysage; on y distingue tout particulièrement un vieil arbre du parc de Beddington.
Le Peuplier noir d'Italie [Populiis monilifera (jSg. 934) niérite de se placer auprès de l'orme. C'est un des arbres qui poussent le plus rapi-
Fig. 933. — Orme. Fig. 93 î-. — Peuplier noir d'Italie. Fig. q34 a. — Peuplier
de Lombardie.
dément; il est fort utile quand on veut cacher un endroit désagréable à la vue. De très grands arbres de cette espèce croissent sur la rive méridionale de la rivière et ils abritent aujourd'hui la partie sud-ouest de
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mon jardin. Je n'aime pas beaucoup le Peuplier noir d'Italie, à cause de ses longues branches trop séparées les unes des autres; néanmoins, c'est un arbre fort utile, à cause de sa croissance rapide, quand on veut dissimuler un bâtiment quelconque ; il est vrai qu'il a encore un défaut, c'est que ses feuilles ne se développent que très tard au printemps.
Un ou deux peupliers de Lombardie [Popiilus fastigata^ fig. 934 a) varient agréablement le paysage. Les branches de cet arbre sont droites, aussi atteint-il une grande hauteur sans beaucoup de largeur. On en remarque dans la vue du moulin (planche 14), qui dépassent en hauteur tous les autres arbres ; un autre joue le rôle principal dans la planche 1 6. Ce dernier arbre, qui avait trente-deux mètres de hauteur, a été renversé par un coup de vent depuis que ce dessin a été fait. Ces arbres, sont sans doute fort beaux quand ils sont au milieu d'autres, et c'est un abus que de les planter en rangées, car leur forme raide est alors désagréable à l'œil. On les multiplie facilement au moyen de boutures.
Il y a à Mitcham un arbre très pittoresque, connu sous le nom du t Gros arbre ». C'est un peuplier noir {Poptilus nigra) qui fleurit plus tard que le peuplier blanc, et qui porte de grosses excroissances -sur le tronc (fig. 935).
Fig. 935. - Vieux rcuplîcr ncir. Fig. qIS a, - Tremble. Fig.936. -Peuplier blanc.
On trouve le Tremble (fig. 935 a) beaucoup plus souvent en Ecosse qu'en Angleterre. Cet arbre abonde sur les bords du Loch Katrine.
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Il y a, dans le voisinage de mon jardin, des peupliers blancs {Populus alba^ fig. 936) qui forment une admirable décoration. La feuille de ce peuplier est verte sur la face supérieure, blanche et duveteuse sur la face inférieure. Rien de charmant comme de voir ces feuilles agitées par la brise. Le tronc blanc de cet arbre fait toujours un très bel effet. Un beau peuplier blanc pousse à quelques pas de mon jardin, mais il a été dernièrement fort abîmé, parce que l'inspecteur des ponts et chaussées de notre district a ordonné de couper toutes les branches qui s'étendaient au-dessus de la route. Au commencement du printemps, cet arbre produit tant de duvet que le sol en est couvert, aussi les jardiniers n'aiment guère son voisinage. On ne saurait trop admirer le peuplier blanc quand il est isolé, car sa forme est tout particulièrement gracieuse; il fait aussi un très bel effet quand il est entouré d'autres arbres, à condition que ces derniers soient choisis avec soin. Il y a une variété nommée acerifolia qui est extrêmement belle.
Je possède deux peupliers [Populus balsimifera)^ dont les bourgeons sécrètent une sorte de gomme qui répand une odeur très forte et très saine. J'ai, en outre, un peuplier pleureur, variété sans grande importance, mais qui fait très bien au milieu des petits arbres ou des arbrisseaux; c'est, de tous les arbres forestiers, celui qui se couvre le premier de feuilles.
On trouve dans notre district de magnifiques marronniers d'Inde {^sculus hippocastanum, Hg. c^ij). Bien que l'avenue des marronniers à Hampton Court soit justement admirée comme une des plus belles de l'Europe, cependant la beauté de chaque arbre, pris individuellement, n'est pas très grande parce qu'on les a plantés trop près' les uns des autres. Un marronnier en fleurs est un des plus admirables spectacles que puisse présenter le règne végétal. Le marronnier prend ordinairement la forme Fig. 937.-. Marronnier d'Iode ^'xinQ gigautcsquc pyramide*, quelquefois les branches retombent, ce qui donne à l'arbre une grande élégance. Au
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printemps, le marronnier se couvre de fleurs ou plutôt de grappes de fleurs dont chacune est extrêmement belle. Il y a, dans les jardins de Kensington quelques marronniers d'une beauté surprenante; cependant, je donne la préférence à ceux du parc de Beddington; malheureusementon en a coupé un grand nombre pendant ces dix dernières années. Le fruit de cet arbre magnifique ne peut servir à Talimentation de rhomme; les daims sont si friands du marron d'Inde qu'ils se dressent sur leurs pattes de derrière pour tâcher d'en attraper, mais tous les autres animaux trouvent ce fruit trop amer.
J'ai un ou deux marronniers d'Inde rose {jEscuIus rubicunda) originaire de l'Amérique septentrionale ; cette espèce pousse plus lentement et a des proportions moins considérables que le marronnier commun. Le marronnier rose doit se planter isolément, au milieu d'une grande pelouse si faire se peut ; on doit laisser retomber ses branches jusque sur le sol, car c'est dans ces conditions que ses fleurs roses contrastent le mieux avec son brillant feuillage. Il y a aussi un marronnier jaune; je le cultive, mais il n'est pas très beau; je ne saurais donc le recommander qu'à ceux qui ont beaucoup de place et qui veulent une grande variété d'essences.
De mon jardin on peut apercevoir d'admirables tilleuls dans le parc de Beddington. Le Tilleul {Tillia europœa^ fig. 938) a enthousiasmé les poètes allemands. La forme exquise de quelques-uns des spécimens du parc contribue beaucoup à la décoration des environs de mon jardin. 11 y avait là autrefois une magnifique avenue de tilleuls, mais beaucoup ont disparu depuis que le maçon a envahi ce lieu charmant.
Rien d'élégant en hiver comme de voir les branches du tilleul se dessiner sur un ciel bleu. En été, l'odeur de la fleur est délicieuse. Deux magnifiques tilleuls poussent ^'^" 938.-tiiicu1. dans une cour de la Banque d'Angleterre, devant les croisées du salon, dans ce qui était anciennement un cimetière. Les paillassons
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dont 'nous nous servons pour recouvrir nos plantes en hiver, sont faits en Russie avec Técorce intérieure du tilleul; les jardiniers, dans l'ouest de l'Europe, emploient aussi des morceaux de cette écorce pour attacher leurs plantes. Virgile dit qu'il lui répugne de voir les guirlandes liées avec Técorc^ intérieure du tilleul : « Displicent nexœ philyrâ coronœ. » Hérodote dit : « Les devins de la Scythie prennent aussi réxorce du tilleul qu'ils divisent en trois parties et qu'ils enroulent autour de leurs doigts ; puis ils la déroulent et exercent Part de la divination. »
Les pucerons qui vivent sur le tilleul produisent tant de miel qu'ils préparent des aliments pour des milliers d'abeilles, de guêpes, de fourmis et d'autres créatures vivantes. En résumé, on pourrait s'écrier avec Landor: 9 Qui donc a jamais eu le cœur de couper un tilleul? »
Il y a une variété à tronc rouge, qui a aussi une grande beauté. J'en possédais un très beau plant qu'un ancien jardinier — il ne partageait cenainement pas les sentiments de Landor — coupa un jour, à ma grande colère, pour en faire un tuteur. Quand je lui reprochai d'avoir coupé mon arbre, il s'excusa en disant qu'il ne savait pas que c'était un bel arbre, ce qui prouve que les yeux sont souvent inutiles, à moins qu'ils ne soient accompagnés par l'intelligence.
Je ne possède qu'un seul chêne [Quercus robur) dans mon jardin. Il y en a quelques-uns dans le champ voisin, et quelques vieux chênes rabougris poussent au bord de la rivière à une petite distance. Le chêne ne se trouve pas en quantité suffisante dans mon distria pour avoir la moindre importance, j'ai donc fait dessiner le dernier chêne de la forêt de Birnam dont parle Shakespeare (fig. 939).
Je possède un ou deux petits chênes verts {Quercus II ex). Ces arbres poussent lentement et restent longtemps à l'état d'arbrisseau; le Rév. M. Bridges en a un magnifique spécimen dans son jardin (fig. gSS). Je n'ai pas de Chêne-Liége {Quercus Suber)^ et je n'en connais pas dans les environs; cette espèce pousse très bien à Fulham. Ni le chêne de Fulham, ni le chêne de Turquie avec ses glands moussus, ni le magnifique chêne américain avec ses larges feuilles, qui en automne devien-
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nent écarlates, ne jouent aucun rôle dans le paysage que j'aperçois de chez moi.
Fig. 939. — Dernier Châne de la for£t de Birnam. Fig. 940. — Chêne de Turquie à Fniham
frappé par la foudre.
La figure 940 représente les effets de la foudre sur un chêne de Turquie pendant un orage qui eut lieu au printemps de 1 87 1 . La décharge électrique descendit le long de l'arbre et passa de là à la palissade de fer à la base de laquelle elle fit un trou dans le sol. L'électricité paraît avoir circulé sous Técorce et, en passant de Tarbre à la palissade, elle détacha complètement une partie de Técorce et en projeta même un morceau sur le sol. Je suis curieux de voir quel effet une si terrible blessure aura sur la vitalité de l'arbre et je le surveillerai avec beaucoup d'intérêt. J'ai vu les effets de beaucoup de décharges électriques semblables sur des arbres, et les blessures que je viens d'indiquer peuvent être considérées comme une moyenne des dommages ordinairement causés. On peut en tirer un enseignement, c'est de ne jamais se tenir sous un arbre pendant un orage.
0.1 associe toujours le Saule avec le bord des rivières et les endroits humides; j'ai vu, cependant, beaucoup de gens qui cultivent Tosier, me dire que le meilleur ne pousse pas dans les endroits humides. Il y a de nombreuses espèces de saule, depuis le petit saule rabougri qui croît au sommet des montagnes d'Ecosse et que je cultive parmi mes plantes alpines, jusqu'à l'immense Salix alba^ qui croît vigoureusement sur le bord de nos rivières. Virgile a remarqué
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les effets de la situation sur les différentes espèces d'arbres, et ses remarques prouvent qu'une observation correae de la nature, une fois faite, se transmet de génération en génération :
f Nec vero terrae ferre omnes omnia possunt. Fluminibus salices, crassisque paludibus alni Nascuntur, stériles saxosis montibus omi ; Litora myrtetis laetissima ; denîque apertos Bacchus amat colles, Aquilonem et firîgora taxi, i
Virgile, Géorgiques.
Je possède plusieurs espèces de saule. Le Saule blanc {Salix alba^ fîg. 941 ) est le plus important, en ce qu'il forme un arbre forestier et pousse très vite. En été, quand le soleil brille et que la brise agite ses feuilles, la blancheur argentée de leur face inférieure fait un charmant contraste avec le feuillage vert sombre du pin. Le feuillage de l'olivier que l'on cultive dans le sud de la France et de l'Italie ressemble quelque peu par sa couleur à celui du saule blanc, mais ce dernier arbre est de beaucoup le plus gracieux. Le saule se propage rapidement ; on n'a, pour le multiplier, qu'à en planter un petit morceau dans le .sol. Aussi est-il quelquefois assez embarrassant, car il pousse souvent où on ne voudrait pas le voir.
Le Saule pleureur [Salix babylonica) est un arbre très élégant; chose assez singulière. Je n'en ai jamais possédé un seiil, et il n'y en a pas beaucoup dans le voisinage. Les feuilles du saule pleureur se développent au commencement du printemps et sont souvent atteintes par la gelée. Il y a une espèce américaine de saules pleureurs dont le feuillage un peu plus sombre est beaucoup plus beau ; en outre, cette espèce pousse plus lentement, et je ne saurais trop la recommander pour la décoration des pelouses. J'en possède quelques spécimens^ mais malheureusement le manque d'espace Fig. 941. - Saule blanc. j^i^ ioTci de les planter trop près les uns des autres. Pour cultiver cette espèce avec avantage, il faut la greffer sur
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un arbre vigoureux. Je possède plusieurs autres espèces de la nombreuse famille des saules. La plus intéressante de toutes est peut-être celle dont les branches servent de palmes le jour des Rameaux.
Hérodote dit en parlant des Scythes : « Ils ont parmi eux un grand nombre d'individus qui pratiquent Tart de la divination ; dans ce but, ils emploient de la façon suivante un certain nombre de petites branches de saule. On leur apporte de véritables fagots de ces branches; ils les délient et déposent les branches une par une sur le sol à une certaine distance les unes des autres. Cela fait, ils prétendent révéler l'avenir, et tout en le faisant, ils ramassent leurs baguettes de saule et les rattachent en tas. Ce mode de divination est héréditaire chez eux. »
On se sert quelquefois du saule pour les haies; Scaling recommande dans ce but le Salix Kerksii. Ce saule a le bois amer et le gibier n'y touche pas. On en cultive plusieurs espèces pour faire les objets en osier, tels que le S. triandra; mais les variétés du 5. purpurea sont les plus estimées dans ce but. Les variétés du saule semblent être innombrables; le duc de Bedford, par exemple, en cultive plus de trois cent cinquante espèces dans son parc de Wobum Abbey. La multiplication du saule se fait facilement au moyen de boutures, et même pour quelques espèces en se contentant de planter de grosses branches.
L'Aune [Alnus glutinosa^ (fig. 942) est un autre arbre remarquable qui se plaît sur le bord des rivières; il pousse dans l'eau ou sur les bords immédiats de Teau, dans les endroits marécageux. Quelques auteurs prétendent que Taune crée lui-même un marécage. J'emploie beaucoup l'aune au bord de ma rivière pour cacher les bâtiments de la fabrique de papier. Dans le parc qui se trouve auprès de mon jardin,il y a de fort beaux spécimens de cet arbre.
Le Frêne commun (Fraxinus excelsior)
., , ... Fig. 942.— Aune.
pousse SI rapidement dans mon jardm, que
j'en suis arrivé à le considérer presque comme une mauvaise herbe.
En effet, des jeunes pousses sortent continuellement de terre par-
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tout où on n'en a pas besoin, et si Ton n'a pas soin de les couper, elles se développent si rapidement qu'elles étouffent les arbrisseaux environnants. Le frêne a des branches singulièrement rudes; c'est un arbre imposant quand il prend le développement qu'on lui voit dans les vallées de TÉcosse. Il y a une variété de frêne à branches retombantes, qui est fort utile quand on veut se procurer un abri artificiel. J'en ai fait- placer un dans l'endroit où se trouve le jeu de croquet et j'ai fait disposer un banc autour de son tronc ; j'en ai un autre auprès du pont de Wallington, il forme un véritable berceau qui nous protège contre les rayons brûlants du soleil pendant l'été. On en a planté un grand nombre dans les jardins zoologiques de Londres pour abriter les visiteurs et un peu aussi pour les animaux. Le frêne pousse rapidement quand le terrain est bon; dans les terrains secs, il pousse lentement, à moins qu'on ne lui donne de l'engrais.
Le Frêne des montagnes [Pyrus Aucuparia) appartient à un genre tout différent et constitue un des plus beaux ornements des montagnes; il ne réussit pas très bien chez moi. Sa grande qualité consiste dans sa
rusticité; les grappes de baies écarlates (fig. 943) qui le couvrent en automne, ajoutent singulièrement à sa beauté. Cet arbre est un des plus grands ornements des montagnes d'Ecosse; il était anciennement, dans ce pays, l'objet d'une curieuse superstition. On faisait des colliers avec les baies du Frêne et on les attachait autour du cou des enfants pour les
Fig. 943. -Frêne des montagnes, préserver du maUVais SOrt.
Je me suis occupé de savoir cette année en Ecosse, si cette superstition existe encore; un montagnard répondit à mes questions, que le maître d'école l'avait chassée. Une semblable superstition existe encore aujourd'hui à Naples où des gens bien élevés, occupant une haute position, portent des charmes en corail rouge.
De même que l'Aune et le Saule nous font penser naturellement à l'eau, de même le Hêtre {Fagus sylvatica) nous rappelle instinctivement un terrain sec. Je pourrais citer de nombreux exemples, pris dans
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mon voisinage, à Tappui de cette opinion. Cependant, bien qu'il soit démontré que le hêtre se plaît dans les endroits secs, il n'en pousse pas moins dans le voisinage immédiat de mon jardin et dans un endroit où les racines de l'arbre se trouvent à un pied ou deux du niveau de l'eau. Un bosquet de hêtres présente un magnifique spectacle et cet arbre ajoute beaucoup à la beauté du paysage dans les environs de mon jardin. Le hêtre se muhiplie facilement par semis. Il pousse rapidement, atteint une grande taille, prend une forme très belle et se couvre de feuilles magnifiques vert brillant. L'écorce lisse de cet arbre tente beaucoup les paysans qui y inscrivent leur nom dans la pensée que l'inscription devient plus grande à mesure que l'arbre pousse. La coutume est ancienne, car Virgile nous raconte que, de son temps, les amants en faisaient autant, dans l'espoir que leur amour se développerait autant que l'arbre.
Dans la commune voisine, sur un hêtre, dans l'ancien parc de lord Derby, on peut encore aujourd'hui voir l'inscription J. B. 1778; elle a été faite par le malheureux Général Burgoyne qui a construit une panie de la maison, il y a près de cent ans.
On dit qu'on a trouvé le Hêtre cuivré {Fagus sylvatica purpurea^ fig. 944) dans une forêt en Allemagne; c'est une variété très remar-
Fig. 94,|. — Hêtre cuivré. Fig. 944- <»• — Hêtre FIg. 945. — Bouleau.
retombant.
quable et qui fait beaucoup d'etfet au milieu d'autres arbres. On peut
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43o MON JARDIN
donc en planter quelques-uns avec beaucoup d'avantages ; immédiatement en dehors de mon jardin, il y en a trois que j'admire beaucoup. Un hêtre cuivré isolé est sans doute fort beau, mais cet arbre ne se plaît pas dans toutes les situations. Si la terre lui convient, il pousse très rapidement ; ainsi, par exemple, M. Beadnell, à Tottenham, fut obligé de faire couper un magnifique spécimen qui croissait près de sa maison et qui s'était développé à tel point qu'il lui ôtait Tair et la lumière. Les spécimens bien colorés se multiplient par la greffe.
Je possède aussi une variété très singulière appelée le hêtre retombant; si un des rameaux principaux de Parbre est artificiellement étendu, de façon qu^il fasse un angle droit ^vec le tronc, les branches poussent en se dirigeant vers la terre. Il est bon d'avoir, dans un endroit bien choisi, un arbre de cette espèce. Les hêtres, d'ailleurs, offrent de nombreuses variétés.
La Bouleau (fig. 943) est une de nos espèces les plus rustiques ; ces arbres poussent bien dans les endroits les plus secs et ne semblent pas trop se déplaire dans les endroits humides. Ainsi, par exemple, au sud de mon jardin, ils poussent sur une couche de sable; au nord, ils occupent un endroit humide et marécageux. Pour voir cet arbre dans toute sa perfeaion, il faut aller aux Trossachs ou dans d'autres parties montagneuses de l'Ecosse; l'écorce blanche du bouleau, ses formes si élégantes, font un contraste étonnant avec la bruyère pourpre qui l'entoure, avec le sombre pin écossais, et le frêne des montagnes couvert de ses baies écarlates ; c'est là un spectacle qui m'a toujours ravi et je ne saurais trop recommander d'aller en Ecosse, ne fût-ce que pour le contempler. Il y a deux variétés de bouleau qui croissent naturellement: le Betula alba, à l'écorce lisse, et le Betula alba pendula^ à l'écorce noueuse et rude. Il y a une troisième variété que l'on dit préférable pour la culture dans les jardins.
On a donné au Sycomore {Acer pseudo platanus)\Q nom de Pseudo- Platane, ce qui est regrettable parce que cela établit une confusion entre lui et le Platane. Cet arbre se plaît dans» mon jardin sur les bords du lac, mais je ne l'admire pas beaucoup, surtout parce que ses grandes feuilles sont souvent attaquées en automne par un
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puceron et qu elles se couvrent alors de larges taches noires. La célèbre forêt de Birnam en Écossç ne contient plus que deux de ses arbres primitifs, un chêne dont j'ai déjà parlé, et un magnifique sycomore que représente la fig. 946. Le sycomore a une qualité, c'est de se couvrir de feuilles de bonne heure et Fig. 946. - Le dernier Sycomore de u torêt de de se reproduire facilement par
semis . Il appartient a la même famille que TErable à sucre, et on dit qu'on peut aussi extraire du sucre de sa sève, mais je n'ai jamais essayé. Il y a beaucoup d'autres espèces d'érables que je ne cultive pas, cependant l'Erable varié du Japon et l'Erable d'Amérique, dont les feuilles deviennent écarlates en automne, sont de fort beaux arbres.
On confond quelquefois le Platane (fig. 947) avec le sycomore, mais c'est un arbre tout différend qui appartient à un autre genre (Platanus).
Le platane est un arbre magnifique. On en connaît deux espèces , le P. orientalis et le P. occidentalis ; toutes deux se ressemblent beaucoup , mais l'une est originaire d'Europe ou de l'Asie orientale, et l'autre est originaire d'Amérique. Le fruit, qui ne ressemble en
r * I • j Fig. 947 « — Platane.
aucune façon a celui du
sycomore, est globulaire et gracieusement supporté au bout d'une
longue tige. Le platane est aujourd'hui l'arbre à la mode; on remploie
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beaucoup dans les parcs de Londres pour remplacer les ormes qui meurent si rapidement; il abonde dans tous les squares. On peut en voir un magnifique spécimen ^ dans Cheapside , au coin de Wood Street ; un platane splendide, appartenant à Tespèce P. occidentalisa se trouve dans le voisinage immédiat de mon jardin; un autre, appartenant à Tespèce P. orientalis^ orne une propriété dans le village de Carshalton auprès de la rivière. On distingue l'espèce orientale de l'espèce occidentale par les dentelures plus profondes des feuilles de la première. Le platane est sans contredit l'essence qu'il faut choisir si Ton veut un arbre de larges dimensions, mais il a le grand désavantage de ne se couvrir de feuilles que vers la fin du printemps.
J'ai cultivé V Ailanthus glandulosa qui a de grandes feuilles entourées de neuf ou onze folioles. On a essayé d'élever le Bombyx cynthia sur cet arbre, mais je crois que, jusqu'à présent, on n'a pas réussi em Angleterre.
Le faux ébénier, par la beauté de ses fleurs retombant en grappes jaunes si brillantes qu'on les aperçoit d'un bout à l'autre du jardin, est sans contredit un des plus beaux arbres d'ornement. Je l'aime tant que j'en ai au moins cinquante plants. Quand on le plante auprès d'une épine écarlate et d'une rose de Gueldre, on obtient, surtout si l'on a pu ajouter un néflier au groupe, une combinaison de couleurs admirables. J'ai planté ces quelques arbres en groupe dans une petite île du lac; quand la saison est favorable et qu'ils fleurissent tous en même temps, j'obtiens un tableau qu'il me serait impossible de décrire.
On en connaît deux espèces, le Cytisus Laburnunt et le Cytisus Labumunt alpinum; ce dernier fleurit plus tard que le premier; on peut donc, par un heureux choix, se procurer des fleurs pendant très longtemps. Il y a une variété connue sous le nom de Waterer, dont les grappes de fleurs atteignent un pied et demi de long (fig. 948); je possède un spécimen de cet arbre. Le faux ébénier fait un effet magnifique dans la passe de la tête noire en Suisse, où je Tai vu en fleur au mois de juin. Cet arbre est commun en Ecosse. Bien que nos jardins soient ordinairement ornés de ces belles grappes de fleurs, il arrive quelquefois cependant qu'elles sont toutes détruites par une
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